La Bataille d'Urfa

La légende des Paladins et des Prophéties oubliées
 
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 Ma Croisade.

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MessageSujet: Re: Ma Croisade.   Mar 3 Jan - 14:51

Une ombre trônait sur le champ de bataille, un port de roi et une tenue familière. Patiente, immobile, elle attendait la venue inexorable de son jeune et impétueux adversaire. « Qu’ils sont facilement prévisibles quand ils sont jeunes » pensa t-elle. Ses mains appuyées sur son imposante masse et sa haute stature renvoyait l’image d’une de ces statues épiques à la fois sombres et charismatiques. Le temps et l’âge avaient creusé et sculpté ses traits à la fois paradoxalement fins et grossiers, le rendant d’avantage plus mystérieux... Son arme elle aussi reflétait cet antagonisme, un côté arborait plusieurs rangées de pointes tristement et méthodiquement alignées au bout desquelles gisait encore du sang séché, vestige de combats et de victimes oubliés. La seconde moitié se révélait quant à elle lisse et d’aspect moins agressif que l’autre.
Une légère brise se leva, frêle et glaciale telle un soupire plaintif. De minces poussières noires furent arrachées à la terre morte le temps d’un bref envol, pour mourir une nouvelle fois sur le sol stérile. Le funeste guerrier ouvrit alors les yeux puis tournant lentement la tête de côté sans se retourner, salua le cavalier qui venait dans son dos.


Retardé par un banc de cadavres ambulants le jeune combattant arriva enfin au rendez-vous habituel. Le fait que ces affrontements soient devenus réguliers et de simples formalités le dérangeait au plus haut point. Cela l’éloignait de son objectif qui était au-delà d’une simple victoire, le sort d’une âme. Il descendit de cheval pour attacher ce dernier un peu en retrait. L’imposant destrier nerveux en ces lieux et présence ennemie, fut calmé par une friandise. Le combattant se présenta ensuite face à son adversaire, une main sur le pommeau de sa lame. Ils ne se parlèrent pas, ne se regardèrent pas, jusqu’à ce que le coulissement d’une lame qu’on extirpe de son fourreau les ramène à la situation présente, inéluctable.
Le petit paladin salua son désormais vieil adversaire qui se contenta de soupirer d’un air cynique. Cet homme corrompu était plus fort et plus expérimenté que lui. Une fois seulement il parvînt à prendre le dessus, mais uniquement par un coup de chance. Se lancer dans un combat qu’on sait déjà perdu d’avance n’est pas aisé, ni motivant. Certains parlent même de folie, d’autre de Courage. Mais renoncer, abandonner et fuir était hors de question. Alors malgré tout il s’entêtait à vouloir essayer de le ramener encore et encore, dérouillée après dérouillée... Il gardait Foi, détermination et espoir, ce que son adversaire appellerait rêveries et illusions. Mais sa ferveur, un aveuglement si pur et si profond faisait qu’il revenait chaque fois à la charge, malgré les obstacles, les échecs, contre vents et marées il continuait...


Ils chargèrent en même temps, brandissant fermement leurs armes respectives. Le son de leur assaut résonna en ces lieux auparavant tristement silencieux. Chaque pas, chaque foulée lourde et puissamment appuyée faisait gronder la terre martelée et piétinée. Ils allaient vite, très vite… trop vite. Aucun des deux ne montrait une intention ou une peur quelconque d’éviter le choc. Ils allaient se percuter de face à pleine vitesse et ils en étaient conscients. La distance entre eux se réduisait à une vitesse démesurée pour être finalement aussi infime que les chances d’éviter ce clash, ils pouvaient désormais se regarder dans le blanc de l’œil...
Le temps changea, la plaine sembla se figer, retenir son souffle. Les secondes devinrent des minutes, les minutes des heures entières... Le martèlement du sol cessa brutalement, laissant place à un silence implacable et inquiétant qui sembla durer des heures. Deux cris mêlés retentirent, et soudain le fracas effroyable et métallique de leur collision résonna, faisant s’envoler un essaim d’ailes de cuir à une lieue de l’endroit où deux silhouettes s’observaient voûtées et sonnées par l’impact. Chacun avait été ébranlé par le choc, mais ils s’accrochaient encore à leur arme. Le sombre guerrier attaqua le premier, manquant de peu d’arracher la tête du spadassin. Celui ci retrouvant non sans peine équilibre et stabilité tenta de contre attaquer, commençant par une feinte de corps, suivie aussitôt d’un coup latéral ample afin d’obliger son adversaire à parer de côté, pour finir par un coup de poing au visage laissé sans protection par la parade forcée. Il fit mouche. Le guerrier le regarda d’un air figé et interdit comme s’il venait de voir quelque chose à quoi il ne s’attendait pas. Il se jeta avec férocité sur le combattant qui tenta de parer en faisant barrage avec son arme. L’imposante masse s’abattit violemment sur la lame...qui en fut brisée.
Compagne de toutes les batailles, cette arme humble et fidèle l'avait suivi partout, sur tous les fronts, de ses premières armes en tant qu'aspirants à ce jour. Ce n'est seulement qu’alors qu'ils parlèrent…


"Où as-tu appris cet enchaînement?" Dit-il le mettant à terre
"Qu’est ce que ça peut te faire .. ?" répondit le spadassin
"Réponds. Quel instructeur t'as appris ça?" Demanda t-il fermement battant le jeune citoyen
"Je vais te.." essaya t-il de rétorquer.
"J'insiste... " Dit-il le piétinant.
"Crève..." répondit le spadassin
"Tu es pénible..." Redoublant ses coups
"Mon oncle." lâcha t-il crachant un filet de sang
"Ainsi... Mais tu es trop peu doué pour avoir un tel instructeur !? " Dit-il pensif et troublé de cette révélation inattendue
"Parce que je n'ai pas d'instructeur, n'en ai jamais eu, mis à part mon oncle quand j'étais gosse." avoua le spadassin
"Tu es toujours un enfant." Déclara t-il
"Et tu es parvenu à ton rang sans instructeur? Pas mal..mais si tu n'apprends pas si tu ne progresses pas avec un maître, tu es mort.." Ajouta le guerrier avant de partir.


Puis, avant d’être définitivement hors d’attente pour le combattant qui se relevait juste en contemplant son arme brisée il déclara enfin :
"Trouve toi une arme digne d'un combattant et de ta force. Trouve toi un maître, sinon jamais tu ne pourras me battre ni me ramener et finir ta quête.
Et mon nom est.... Orhan au fait. Adieu gamin.."




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MessageSujet: Re: Ma Croisade.   Mar 3 Jan - 14:51

Le règne de la nuit allait bientôt s’achever son déclin inévitable et cyclique était imminent. Bientôt les ombres se retireraient, repoussées, chassées par une lumière faible et éphémère qui irait mourir quelques lieues plus loin absorbée et digérée par les ténèbres éternels de Kali. Sur les remparts, dans les tours les sentinelles se faisaient relever après une nuit de garde, pour aller aussitôt se reposer. Les protecteurs venus ici avaient leurs habitudes et une organisation plus qu’efficace et appréciée ; car bon nombre de combattant aurait rechigné a prendre leur place toutes ces heures. Ils restaient ici plus longtemps que les combattants. Etait-ce leur discipline et leur droiture exacerbées ? Leur ferveur ? Les combattants il est vrai restaient moins longtemps en ces lieux, mis à part une poignée. Beaucoup partaient au combat et n’en revenaient pas ; une partie mourrait, l’autre à genou aux pieds du neuvième. Les autres rentraient chez eux, ayant la nausée de ce pays qui n’avait à offrir que ses horreurs, ou tout simplement le mal du pays et d’autres champs de bataille. La plupart en revenait changé, voyant le monde et les choses différemment. Ces terres avaient rempli leur besogne…


Les rares anciens, les vétérans, étaient ici doublement écoutés et respectés quelque soit leur rang, et étaient élevés au rang de vénérables en raison de leur force et de leur expérience qui leur permirent de survivre. Ils n’étaient plus qu’une poignée, dont la moitié du côté de Brorne. « Ils se battent moins bien mais ils encaissent les bougres » comme le disent ceux de Kroryn. Même ici les petites rivalités subsistent, mais surtout elles rappellent inconsciemment qu’il existe un monde en dehors de cet enfer. Et c’est une source d’espoir non négligeable.
Caïn faisait partie des rares survivants, une figure de proue charismatique du fortin. Combattant, et surtout doyen du fort, le vieux lion comme on le surnommait avait vu défiler bon nombre de guerriers en ces murs venus chercher la gloire et le prestige. Il en vit beaucoup mourir, d’autre se brûler les ailes voir servir l’ennemi qu’ils combattaient. Mais il assista aussi à quelques naissances de héros, ses souvenirs les plus épiques et les plus beaux, mais si rares... Avec le temps et les années son intuition s’était affinée, lui permettant de jauger ceux qui venaient combattre ici ; un don totalement empirique qui suscitait le respect et l’écoute de tous ceux présents ici. Quelques-uns uns le redoutaient, sans doute avaient-ils des choses à cacher, cet endroit est Kali après tout…
Les nouvelles têtes quant à elles n’ont pas autant d’égards.. Chaque nouvel arrivant est mis à l’écart par les autochtones qui par suspicions et méfiance le rabaissent, le testent. C’est sans doute la loi du pays qui veut cela, personne ne vient ici sans raisons, et ceux qu’on croit alliés sont parfois prompts à trahir. Cela dure un temps, jusqu’à ce qu’il fasse ses preuves, alors seulement la petite communauté l’acceptera. Tels sont les rites et coutumes de ce fort, instaurés bien avant que Caïn n’y combatte.


Une rumeur parcoura le fort, se répandant dans ces murs comme un écho. Le brouhaha s’élevait des écuries jusqu’aux tours, ébranlant chaque pierre. Sur les remparts, dans les corridors, partout on murmurait, on informait de ce qui venait de se produire. Et au centre de ce grondement sourd et des regards se tenait un jeune guerrier en armure. De stature haute, l’allure fière, ses couleurs prêtaient allégeance à Kroryn. Aucun signe de caste, ce n’était qu’un non-citoyen dont on ignorait encore le nom et les raisons... Toute l’attention était portée sur lui, chacun le détaillait comme une pièce de viande. Sur un rempart trônait Caïn qui le fixait avec attention, sans sourcilier ni montrer d’émotion quelconque. Puis brutalement, tout le monde retourna en même temps à ses occupations, délaissant l’aspirant devenu perplexe devant ce manège. Il ne comprenait pas vraiment pourquoi tout le monde lui tournait le dos si brutalement sans mot dire, ni pourquoi ceux qu’il croisait tandis qu’il se rendait aux écuries l’ignoraient. Il attacha sa monture à côté d’un destrier karien qu’il observa avec envie. Regardant à gauche, puis à droite, il s’appuya sur le piquet et tenta d’enfourcher la bête, pour essayer... Mais celle-ci ne semblait pas l’entendre ainsi, et désarçonna son apprenti cavalier en se cambrant brutalement. La chute fut rude, due au poids de son armure et son équipement. Sonné, il ne percevait plus que la croupe de la monture et son souffle nerveux, et une voix dont il ignorait la provenance qui lui dit :
« Tu monteras un tel destrier quand tu auras prouvé ta valeur. Si tu es assez intrépide et courageux, si tu ne te déshonore pas ainsi que la Caste, et si tu survis, alors peut-être en chevaucheras-tu un... »

En relevant la tête, il aperçut les traits d’un jeune spadassin…
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MessageSujet: Re: Ma Croisade.   Mar 3 Jan - 14:52

Kali...





« Hâte-toi d’aller le frapper au corps ! »

Ces mots s’élevèrent au-dessus des gémissements et des plaintes. Comme en de nombreux lieux ce pays avaient vomit ses atrocités, ces morts qui à nouveau marchaient parmi les rares vivants. Des boyaux de la terre surgissaient sans cesse ces funestes soldats, ces pions damnés qui se ruaient aussitôt sur leurs ennemis désignés. Et au milieu de ce spectacle hélas si fréquent, deux guerriers se démenaient, peu à peu submergés puis encerclés par ce flux macabre et croissant. L’un d’entre eux s’efforçait de retenir le plus d’abominations possible, faisant de son corps et sa lame barrage afin de permettre à son compagnon de rejoindre une bute légèrement en surplomb du champ de bataille où trônait le magicien nécrosé qui avaient arraché ces pauvres diables à leurs tourments.. Le jeune guerrier s’élança vers le mage et sans aucune hésitation se jeta sur lui, parvenant ainsi à le plaquer au sol et interrompre son manège morbide. La marée de morts ambulants commença à faiblir pour finir par se tarir sous les coups d’épée du combattant. Quant au vaillant aspirant il bourrait frénétiquement son adversaire de coups, imprégnant le tracé de ses semelles sur la chair putride de celui-ci. Le Spadassin arrivant à ses côtés se contenta d’une claque derrière la tête de son aspirant, qui cessa de frapper un ennemi à terre et déjà vaincu. Un coup d’épée le rendit définitivement aux mains avides et glaciales de la mort... L’aspirant avait compris la réaction et les principes du combattant, qui semblait satisfait de son compagnon sans toutefois le montrer, comme à son habitude. En seulement trois jours ce nouveau fidèle avait plus que montré sa foi et sa bravoure, impressionnant tacitement ses pairs ravis d’avoir entre les mains un tel potentiel qui ne demandait qu’à être forgé. En ce jour il s’était buté à vouloir suivre le spadassin dans une de ses expéditions solitaires. Le citoyen refusa de le mettre en danger mais l’aspirant le suivit à son insu, ne se révélant que lorsque la bataille précédente éclata. Nul ne savait trop d’où il venait, qui il était, mais peu importait. Il avait des tripes à revendre, assurait en combat et apprenait rapidement. Personne ne lui demandait plus. Le Spadassin jusqu’alors demeurait septique, ayant trop vu d’aspirants mal tourner ou décevoir trop de fois, mais force était de constater que celui-ci avait quelque chose…


~~~~~~~~~~~~~~~~

~~~~~~~~~~~~~~~~


Mais alors qu’il divaguait à analyser son impétueux et prometteur compagnon, un grondement se fit entendre. La terre trembla brutalement, arrachant le citoyen à ses pensées. L’horrible réalité des lieux reprenait ses droits. Le sol vibra une fois encore... plus fort. Les deux humains entendirent alors un souffle rauque et inquiétant, quelque chose venait. Les armes brandies, se tenant dos à dos, et scrutant les alentours ils guettaient une arrivée imminente... Une patte puissante et griffée éventra le sol sous une violente poussée, une ombre les survola masquant le peu de lumière des lieux pour s’écraser dans un nuage de cendres. Secoués par le choc qui leur fit perdre équilibre, ils regardèrent impuissants et tétanisés la chose se relever et prendre forme... pour voir finalement se redresser devant eux un enfant de Kalimsshar ! La bête immonde se tenait devant eux dans toute sa grandeur et son horreur, majestueuse et cauchemardesque à la fois. Ses yeux luisants brillaient d’une lueur inquiétante tandis que son haleine putride venait fouetter les narines des deux humains dont le sang venait de se glacer. Son corps imposant et putride semblait n’être qu’à demi palpable, tant les ombres et l’ailé paraissaient communier. Il déplia soudainement ses ailes provoquant une bourrasque ponctuelle qui fit tressaillir le cœur du petit paladin tendu à l’extrême et prêt à sursauter au moindre événement. Le dragon laissa ensuite échapper un râle sourd alors qu’il s’immobilisa sans pour autant les quitter du regard, arborant un rictus carnassier. Ce pays leur offrait ce qu’il avait de plus terrifiant, et l’apparent flegme de l’ailé qui les fixait ne faisant que renforcer l’angoisse de la situation. Le citoyen observa la bête de cauchemar, s’attardant sur ses écailles, ses griffes qui éventraient la terre, sa gueule... Il jeta un bref coup d’œil à l‘aspirant derrière lui, puis se mit devant ce dernier, faisant barrage de son corps. Il n’avait aucune chance, du premier coup de patte l’ailé réduirait son écu en charpie, au second ce serait son armure, et au troisième à condition qu’il survive jusque là ce serait au tour de son corps... Il n’avait jamais vu un enfant du neuvième d’une telle taille, pas même lors de la nuit sans augure où l’un d’eux l’avait pourtant maudit. Mais même si ses tripes se nouaient et se renouaient encore, il ne pouvait pas abandonner son compagnon dont le chemin ne faisait que commencer. L’ailé se redressa une fois encore soufflant d’un air irrité vers cet homme si impétueux. Le spadassin serra fort son arme, murmurant une prière et des remerciements à Kroryn pour son enseignement et sa bonté. Il fixait l’horreur qui le toisait en retour, il voyait parfaitement cet éclat de cruauté dans ces deux opales verdâtres, il voyait presque les noires intentions qui l’habitaient, mais il ne vit pas derrière lui s’abattre le pommeau autrefois allié de l’arme de son compagnon…
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MessageSujet: Re: Ma Croisade.   Mar 3 Jan - 14:52

Les ténèbres...




Si froids si sombres, si confortables et accueillants et dont les bras demeurent à jamais ouverts et prompts à étreindre quiconque s’y aventurerait, bercé par leurs douces et funestes mélopées. Il n’y a ni soucis, ni souffrances, ni passé ou avenir, rien que le néant. Une prison si aimante et attirante qu’il est presque impossible de s’en extirper. Son esprit égaré errait désormais en ces lieux, sans savoir pourquoi ni comment ; des souvenirs épars et sans liens s’entrechoquaient sans toutefois recoller les pièces de ce mystère. Mais bientôt il sentit qu’on l’arrachait peu à peu à son errance, qu’on le ramenait de force vers la lumière, vers la réalité... Lentement, inexorablement il se sentait glisser hors de ce confortable néant, pour peu à peu reprendre conscience au faire et à mesure que ses sens se réveillaient. Le premier indice fut le claquement d’une langue de cuir suivit d’un bruit de chaînes entrechoquées... Ses yeux s’ouvrirent alors, distinguant d’abord de manière floue et confuse un plafond, ou un sol peut-être bien... Un autre claquement se fit entendre alors qu’il s’apprêtait à sombrer, lui barrant ainsi la route vers le repos d’un néant velouté. Le second signe fut un engourdissement au niveau de la poitrine, suivi d’une morsure glacée qui sembla lécher ses chairs mises à nu. L’engourdissement se précisa peu à peu devenant aigu, devenant douleur, puis souffrance. Ce n’est seulement qu’à cet instant qu’il se réveilla complètement aussi brutalement que s’il venait de faire un cauchemar, à ceci près que le cauchemar était la réalité...


Il trouva enfin ses repères et l’usage de ses sens, bien malgré lui car la douleur au torse s’amplifiait encore. Il voyait désormais plus distinctement le sol de pierre sur lequel venaient mourir quelques gouttes de sang, son sang qui ruisselait depuis sa poitrine lacérée et tannée. Machinalement il voulut poser sa main sur sa blessure mais fut entravé. A nouveau il entendit le bruit de chaînes. Il tenta de tirer dessus usant de ses maigres forces restantes mais échoua, ses entraves étaient trop solides, le forçant à rester maintenu debout. Il sentait dans son dos la pierre glacée et humide du mur, sa mousse visqueuse Il entendait non loin le crépitement d’un feu, sans doute une flamme qui dévorait le bois sec d’une torche secouée et agitée par les courants d’air et les mouvements de son porteur. Il releva péniblement la tête distinguant d’abord une langue de cuir sur le sol, puis celui qui la maniait, celui qui l’avait fouetté pour le réveiller. Le Combattant grogna de colère vis à vis de son bourreau qui sans sourcilier assena un nouveau coup de fouet sur sa poitrine, et le cuir vint à nouveau brûler puis ouvrir la peau déjà tannée par ce traitement. Mais une voix s’éleva et arrêta son bras, une voix pas inconnue...Le bourreau fit un pas de côté pour laisser place à un guerrier arborant une armure familière, son armure ! Devant le spadassin prisonnier se tenait l’aspirant félon vêtu de son armure de citoyen, un sourire de satisfaction sur le visage. Vraisemblablement ce dernier avait bien réussi ses manipulations, se faire passer pour un simple aspirant combattant, parvenant même à tromper la vigilance du Spadassin. Mais dans quel but et pourquoi l’avoir gardé prisonnier ? Et qui était-il réellement, comment cet aspirant sans charisme parvenait à être aussi obéi par ceux qui semblaient être ses sous-fifres ? Et surtout, où se trouvait-il..?


~~~~~~~~~~~~~~

~~~~~~~~~~~~~~


Mais il n’obtint aucune de ces réponses, le traître tourna les talons emportant sa clique dans son sillage, refermant une porte sertie de barreaux. Une cellule.. des chaînes des barreaux, de longs couloirs lugubres éclairés par quelques torches accrochées. En face d’autres geôles, où d’autres ombres prisonnières erraient dans un bruit de chaînes. Un léger clapotis résonnait en ces corridors de pierres souillées, masqué de temps à autre par le couinement d’un rat et de la vermine qui proliférait dans la pourriture et les immondices. L’endroit puait la mort et l’urine, à croire qu’un cadavre faisandé gisait à côté ; ce qui n’était hélas pas faux en réalité. Les murs de pierres étaient recouverts de mousse et de sang séché et devenu noir, témoin de tortures passées. Des autres cellules provenaient grognements et soupirs bruyants, trahissant quelques prisonniers non humains. Le Spadassin scruta les alentours peu rassurants, et vit dans la geôle d’en face de lui une silhouette se rapprocher et se détacher des ombres pour peu à peu prendre une forme humaine. L’homme le fixa longuement dans les yeux, passant ses larges avants-bras à travers les barreaux et s’appuyant sur le verrou de sa cellule. Deux imposants bracelets métalliques ceinturaient ses poignets, reliés à de lourdes chaînes. Son visage mi éclairé par les faibles torches et à demi masqué par les barreaux était imperceptible pour le citoyen, mais il sentait le regard de cet étranger sur lui ; il l’observait, il le dévisageait et le jaugeait... Les autres ombres se rapprochèrent elles aussi de leurs barreaux, créatures inconnues, humains, abominations qui tendaient les mains vers de la chair fraîche, tous enchaînés et prisonniers. Ils regardaient tous ce nouvel arrivant attaché et maintenu pitoyablement par ses liens, certains chuchotaient à leur voisin de cellule, d’autres grognaient de manière agressive.


Soudain les grognements et les murmures cessèrent brutalement dès que le cliquetis d’une serrure se fit entendre, chacun retourna au fond de sa cellule, tapis dans les ombres. Le bourreau rouvrit la geôle du spadassin et y entra avec un autre homme qui tenait un fer encore incandescent. Les deux tortionnaires échangèrent quelques paroles puis le bourreau fit un signe de tête à son assistant désignant le citoyen. Tandis que le bourreau frappa au foie d’un coup vif et puissant pour distraire et éviter qu’il ne se débatte, l’autre posa puis maintint le métal brûlant sur la plaie du torse afin de la cautériser, non sans atroces souffrances. Un bruit trop souvent entendu en ces lieux s’éleva en même temps qu’une odeur de chair fumée. La blessure ne saignait plus, mais les lèvres du combattant qui furent serrées jusqu’au sang pour ne pas crier si. Les deux geôliers se retirèrent ensuite pour éviter de rester à portée de tout coup de pied ou mouvement de représailles. Ils repartirent en ricanant, renfermant à nouveau la porte le laissant seul à nouveau, suspendu par ses chaînes. Les autres locataires se rapprochèrent une fois encore, reprenant leurs discussions une fois les deux gardes partis. Alors la silhouette en face prit la parole et tous se turent :

« Tâche de prendre des forces, sinon tu mourras trop rapidement demain dans l’arène. »




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MessageSujet: Re: Ma Croisade.   Mar 3 Jan - 14:53

Tandis que la foule gronde...




Un seau d’eau glaciale et puante l’arracha a nouveau aux songes. Réveillé en sursaut, il vit devant lui le garde reposer le récipient tandis qu’un autre s’affairait à détacher ses liens. L’esprit encore embrumé et confus il ne comprenait pas ce qui se déroulait dans sa cellule ni les bruits et l’agitation qu’il percevait tout autour de lui. Les autres geôles se vidaient elles aussi, et leurs occupants dirigés de force vers une des deux sorties du long couloir qui sillonnait cette prison. De l’autre extrémité parvenait une mince lueur étranglée par des ténèbres impérialistes, ainsi qu’un brouhaha qui venait de plus en plus clair au faire et à mesure qu’il reprenait pied dans la réalité, tandis que ses chaînes lui étaient ôtées. Une fois libéré il s’affala sur le geôlier qui le repoussa violemment et aussi facilement qu’un fétu de paille. L’autre jeta vers le citoyen un tas de guenilles déchirées, maculées de merde et de sang.
Un vombrissement résonna encore une fois, se répandant dans les murs de pierre ; naissant d’abord comme un murmure pour devenir rumeur puis enfin clameur. Le spadassin regarda autour de lui, semblant suivre le bruit qui faisait vibrer la roche et cherchant sa source. Le brouhaha sourd ébranlait la roche comme un frisson qui sillonne l’échine, et dont la provenance semblait être au-delà de ce frêle trait lumineux. Une foule…


Il s’habilla rapidement, sans vraiment conserver de dignité pour être ensuite conduit à l’autre porte avec les autres prisonniers. En cheminant à travers le couloir il entendit s’exclamer la foule dehors, puissante et rageuse comme une mer implacable un jour de tempête. Il vit aussi d’autres occupants de ces geôles, des horreurs et des abominations, mis en cage comme de simples animaux. Il arriva enfin dans une grande salle où se trouvaient les autres humains. Une grande et large table trônait en son centre sur laquelle gisaient quantité d’armes et pièces d’armures diverses. La plupart étaient vétustes, émoussées ou perforées devenues plus symboliques qu’efficaces. Chacun se servait avidement, les meilleures pièces étant très convoitées, mais étrangement aucun différent ou bagarre n’éclata jusqu’à ce qu’il voulut se saisir d’une épée pourtant vieille et rouillée. C’est alors qu’une main puissante lui agrippa l’avant bras et lui arracha vivement la lame. Une silhouette de colosse surgit au bout de cette main pour finalement laisser apparaître un imposant guerrier torse nu ; borgne et le corps recouvert de cicatrices dignes d’un vétéran, dont la plupart semblait encore récente. Les autres hommes le dévisagèrent froidement, faisant naître une tension plus que palpable. L’affrontement semblait inévitable... Mais d’un claquement de fouet un garde rappela tout le monde à l’ordre, les autres guerriers se détournèrent et recommencèrent à s’équiper. Le spadassin fuit conduit à l’écart par le geôlier, rejoignant un autre groupe de prisonniers, mais différents. Ceux là n’étaient ni musclés ni des guerriers vus leur stature, tant ils lui semblaient frêles et gras. Des archers, des mages peut-être... en réalité ces personnes venaient presque tous d’une caravane de commerçants en provenance d’Hassran la maudite. En chemin leurs éclaireurs signala une ombre dans le ciel se révélant être un ailé qui fendit sur eux, tuant deux cavaliers et emportant le troisième et sa monture dans sa gueule en un seul piqué. Peu après surgit un groupe d’hommes armés qui après avoir pillé leurs marchandises les vendit comme esclaves à Mashak. Ce pays est sans pitié, encore moins avec ses résidents…


Des pas métalliques attirèrent l’attention des personnes présentes qui se retournèrent aussitôt. Les gardes se redressèrent puis se rebiffèrent, offrant une moisson de coup de fouet au hasard.. Se pavanant dans sa désormais nouvelle armure d’apparat, l’aspirant félon, ou plutôt le propriétaire des lieux venait inspecter ses pions, escortés de deux gardes imposants. Il compta, puis recompta plusieurs fois d’affilé les hommes les divisant puis les regroupant pour ensuite les rediviser au comptage suivant comme de simples têtes de bétail. Puis il désigna un groupe parmi lequel se trouvait le spadassin et déclara avec dédain : « ceux là pour l’offrande, les autres ensuite.. » Certains parmi les « élus » se figèrent, leur visage devint blême et leur cœur martelait leur poitrine comme s’il menaçait de leur perforer le thorax. Quelques-uns tournaient en rond la tête prise en étau par des ongles au point de faire ruisseler de minces ruisselets de sang sur leur crâne. Pendant leur errance ils marmonnaient tout haut et de façon confuse, tentant de se persuader en répétant en boucle que tout ceci n’était qu’un cauchemar. D’autres hurlaient de terreur et voulurent retourner se terrer dans leur cellule, mais leur ‘’requête’’ n’eut que pour seule réponse la bastonnade... Quant aux autres, contraints voir résignés, ils s’assirent dans un recoin et se recroquevillèrent tels des enfants terrorisés. Ne restait debout plus qu’un groupuscule interdit et désemparé de ces réactions plus inquiétantes les unes que les autres. Des regards furent échangés, chacun cherchant une étincelle de réponse et de réconfort chez ses compagnons de fortunes, en vain.


Une lance tenue à l’horizontale vint cogner leur dos une première fois, puis une seconde, plus sèche leur indiquant d’avancer. Les couards, les pleurnichards furent relevés de force et escortés à coup de botte avec les autres en direction de la lumière, d’où provenaient les cris. Ils furent ainsi conduits à l’extérieur, empruntant une volée de marches souillées de tâches bordeaux et brunies, sous le regard un instant lourd des autres prisonniers qui finissaient de s’armer. Quittant peu à peu les ténèbres épais des sous-sols pour s’aveugler au faire et à mesure qu’ils quittaient les boyaux de la terre, les hommes se retrouvèrent au centre d’une large étendue de sable et de terre, ceinturée de murs épais avec au dessus et tout autour des gradins de fortune sur lesquels s’agitait la populace. A l’opposé de l’entrée se trouvait une loge où siégeait « le traître », vautré dans un trône honteusement orné. Ce dernier leva le bras pour saluer la foule qui répondit en l’acclamant, puis il désigna le groupe d’hommes qu’il avait choisi pour son offrande. La foule se figea un moment, la plupart se rassirent dans un mutisme total jurant avec leur attitude précédente... Un à un ils regardèrent vers les cieux, se désintéressant des prisonniers plantés en plein milieu de l’arène. Impuissants et désorientés, les esclaves regardèrent eux aussi dans la même direction que le public, ignorant pertinemment de quoi il retournait. Ce fut l’un des marchands corrompus qui donna l’alerte quand il crut reconnaître en approche dans les cieux une ombre, une silhouette qu’il aurait tant aimé ne plus revoir... Car petit à petit la silhouette devint plus précise, et l’assemblée se figea d’horreur quand tous reconnurent un dragon de l’ombre. Un silence morbide et solennel régnait dans les gradins, alors qu’au centre c’était la panique. Les hommes cédèrent à la panique et s’éparpillèrent cherchant une issue, mais grilles et portes étaient bien verrouillées et les murs trop hauts. Et l’Ailé se rapprochait toujours de plus en plus tandis que la foule retenait son souffle en attendant le moment inéluctable de…


On aurait dit un météore s’écrasant sur l’arène tant l’impact fut violent, faisant trembler le sol des gradins aux souterrains. La populace secouée et ébranlée n’avait eu que le temps de voir cette immense masse noire et cauchemardesque fondre sur ceux qu’on lui offrait en pâture avant que le choc n‘entraîne la confusion générale. Peu à peu et au faire et à mesure qu’ils recouvraient leurs esprits, ils revinrent au spectacle gracieusement offert par le maître des lieux ; l’Offrande. Dans son piqué l’Ailé avait fauché deux hommes avec sa gueule dont un de ces commerçants, pour ensuite se saisir de trois autres humains qu’il maintenait sous ses pattes immondes pendant qu’il finissant de mastiquer ses premières victimes -qui n’avaient même pas eu le temps de hurler- dans un atroce bruit de chair et d’os qu’on écrase et cisaille.. Seuls trois échappèrent à cet assaut dévastateur, réfugiés aux antipodes de la position du dragon. Celui-ci dévora ensuite ceux prisonniers sous sa patte droite. Ceux là ne moururent pas sur le coup, ils souffrirent atrocement, sentant leurs membres déchiquetés et amenés vers une gueule impitoyable et affamée. Et leurs hurlements de douleurs glacèrent l’échine de chaque individu présent, même les plus habitués de ces scènes...
Derrière la large porte en fer qui donnait sur le couloir aux cellules, les autres prisonniers baissèrent la tête devant ce spectacle qui à chaque fois leur donnait la nausée. Egoïstement tous étaient soulagés et ravis de leur misérable condition, car c’était toujours moins pire que finir comme eux, en offrande… Puis, l’un d’entre eux attira l’attention sur une silhouette vers la patte gauche du Dragon qui finissait de mâcher les restes de ses victimes. Un des hommes s’acharnait à vouloir extirper sa jambe prisonnière de l’étreinte draconique. Le visage marqué par la douleur il tirait de toutes ses forces au point que certains dans le public qui ne manquait rien de la scène parièrent tout bas sur son issu, mais furent rabroués par le reste de la populace, car il ne devait régner aucun bruit pendant l’offrande... La foule assistait ainsi silencieuse et muette comme la mort au combat que cet homme jadis Spadassin menait pour survivre. Ses efforts furent récompensés, il parvint à extirper sa jambe couverte de bleus et de plaies, au grand damne de la foule. Il recula lentement visant à s’éloigner de l’Ailé qui gardait toujours la tête tournée sur la droite pour finalement se retrouver dans son dos plus ou moins hors de portée.


Il allait rejoindre les autres rescapés quand un murmure lui fit faire demi-tour, une main tendue désespérément vers lui l’appelait. Cet homme était sans nul doute un corrompu, mais naïvement il revint sur ses pas et saisit cette main. Il tenta de le tirer et l’extraire, mais une griffe avait été plantée profondément dans son mollet, empêchant tout espoir de fuite, à moins d’amputer la jambe au genou. Mais tout a coup l’Ailé venant de finir de dévorer ce qu’il avait capturé de sa patte droite amena celle de gauche à sa gueule, raclant le corps du malheureux contre le sol avant de le déchiqueter lentement. Ses cris furent horribles et son supplice trop long... Repus, l’enfant du neuvième ne lui avait seulement arraché que les jambes et le bas ventre. Mortellement blessé, il se vida de son sang et de ses viscères dans lente agonie, trop lente devant un dragon désintéressé de ses restes et une foule avide. L’ailé regarda aux alentours les rares survivants, puis le maître des lieux avant de s’envoler. Une fois parti, la foule éclata et acclama leur hôte qui leur avait offert ce spectacle et la sécurité. Car c’est ainsi que Mashak se préserve des dragons de l’ombre qui n’hésitent pas à fondre sur un village ou une ville pour se nourrir. C’est ainsi qu’a lieu régulièrement ‘’l’Offrande’’ où la ville sacrifie quelques malheureux pour préserver sa sécurité, le tout orchestré par un habile manipulateur qui assoit ainsi jour après jour sa domination sur la populace. D’un geste dédaigneux, il ordonna qu’on sorte de l’arène les rescapés, tandis qu’on faisait entrer les gladiateurs sous les vivats de la foule désormais déchaînée. Les lourdes portes se refermèrent derrière le spadassin et ses compagnons d’infortune et ils furent reconduits à leurs cellules. A l’opposé le grondement sourd de l‘assemblée accompagnait d’une clameur chaque geste et attaque des gladiateurs, à tel point qu’une oreille expérimentée pouvait déterminer quand un coup était porté et quand l’un d’entre eux venait à trépasser.. On remit à nouveau des barreaux devant la vue du citoyen qui fut presque soulagé de retrouver sa geôle puante. Chacun regagna son trou sans qu’un mot ne soit prononcé, certains avaient le visage blême après avoir vu pareille horreur et n’aspiraient qu’à dormir espérant se réveiller le lendemain ailleurs, loin... Le spadassin resta près de la porte de sa cellule, tentant de tirer ou déplacer quelque barreau, en vain. Il appuya la tête contre le fer et ferma les yeux, écoutant et devinant ce qui se passait sur le sable de l’arène, ce qui se passerait demain…
Enfin, avant de partir le garde leur glissa : « Reposez-vous, demain c’sera vous qui y s’rez.. »



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MessageSujet: Re: Ma Croisade.   Mar 3 Jan - 14:53

Le lendemain…




Les gardes revinrent chercher les prisonniers afin de les conduire dans la grande salle où ils seraient séparés en groupes. Un groupe finirait dévoré au centre en offrande, l’autre moitié irait ensuite s’entretuer, sous les yeux réjouis mais jamais repus de la foule. La majeure partie des esclaves était déjà réveillée par le grondement du public amoncelé dans les gradins au-dessus d’eux.
Serrant les barreaux de leurs geôles ils s’observaient en silence. Aucun ne savait contre qui ou quoi il aurait à se battre et mourir, mais tous savaient qu’ils seraient conduits dans la fosse et qu’ils n’en reviendraient probablement pas. Seules les créatures et les abominations parquées se manifestaient bruyamment, grognant, gémissant, rugissant.. Elles avaient été déplacées vers les cages au fond du couloir, juste avant la grande salle aux armes. Cette manipulation coûta la vie à deux gardes et trois esclaves, qui servirent d’appât, car quel meilleur moyen d’attirer ces monstres qu’une proie facile ? Quant aux gardes, ils apprirent à leurs dépends et bien trop tard qu’il ne fallait pas laisser traîner leurs membres à portée de mandibule. Au moins les animaux furent-ils nourris…


Les geôliers ouvrirent enfin la cellule du spadassin pour ensuite le conduire sans ménagement dans le couloir puis la grande salle où se trouvaient les autres. Une partie s’équipait et s’armait comme l’autre fois, les plus anciens et les plus forts vraisemblablement. L’autre partie errait terrorisée. Une main gantée se posa alors sur son épaule et le poussa vers la table où gisaient les armes et les pièces d’armure. Il ne restait plus qu’une petite lame rouillée et émoussée dont il se saisit avidement. Le maître des lieux vint comme à son habitude faire ses choix et préparer les festivités imminentes. Un petit groupe fut mis à l’écart, pour l’offrande... Les autres furent divisés en sous-groupes auxquels on attribua un ordre de passage. Le citoyen resta près de l’armurerie tandis que les autres observaient tout près de la grille l’offrande du jour. Il ne voulait pas voir, il ne voulait pas entendre cette infâme exécution, mais malgré toute l’agitation de ses compagnons d’infortune et le bruit qu’il provoquait lui-même dans ce but, il entendit très nettement l’atterrissage brutal puis les premiers hurlements de douleur qui percèrent le brouhaha de la populace. La foule explosa quand l’ailé fut parti, réclamant encore du sang telle un nourrisson jamais rassasié.


Un cri interpella l’ancien spadassin qui ne comprit guère sur le coup. Compréhension qui se fit à l’aide de quelques coups de fouets le poussant à passer la grille et pénétrer à son tour dans l’arène... Pour la deuxième fois il entra au cœur de ce sanctuaire de mort et d’horreurs. La foule le hua aussitôt, l’insultant et tentant de le joindre à l’aide de projectiles variés. Le maître des lieux se leva de son trône et approcha du balcon de sa loge. Il désigna sans mot dire l’humain qui fut à nouveau hué. Il montra ensuite la porte en face de celle qu’il avait passée et la populace se figea dans un silence presque solennel. Le petit paladin se mit intuitivement en garde, armé de sa pitoyable lame et dépourvu de toute armure, ignorant pour encore de précieuses secondes contre qui ou quoi il aurait à combattre. Et les portes s’ouvrirent à ce moment. Dans les ténèbres qu’elles abritaient se tenait son prochain ennemi qui pour le moment ne s’était pas manifesté jusqu’à ce qu’un cri étrange en ressorte. Une ombre vraisemblablement non humaine se dessina peu à peu au faire et à mesure qu’elle avançait, et une mandibule fut révélée lorsque le seuil des hautes portes fut franchi. Une mante faucheuse…


Le petit paladin pâlit à la vue de cet adversaire inattendu, peu rassuré de n’avoir aucune sorte de bouclier pour parer un éventuel bond. Il en avait jadis affronté quand il faisait ses classes en escortant les convois de marchands ou les voyageurs, mais jamais dans une telle configuration. L’animal était à présent à distance de bond pendant que le spadassin cherchait un moyen d’esquiver cette attaque fulgurante. Mais l’animal n’en fit rien et continuait d’avancer péniblement, mandibules en avant. Sous le coup de la surprise le citoyen n’avait pas remarqué que la mante éprouvait tant de peine à se mobiliser et qu’il lui manquait une patte. Ainsi estropiée, elle était dans l’incapacité de bondir mais n’était pas inoffensive pour autant, ses mandibules acérées demeuraient toujours plus que redoutables. Mais le citoyen voyant ceci s’enhardit et se prépara à livrer bataille, délivré d’avoir à subir un bond mortel. La mante avança vers lui et attaqua frénétiquement de ses pattes antérieures, mais de façon désordonnée et chaotique. Le citoyen se surprit à esquiver et à se déplacer rapidement, n’étant plus surchargé d’une armure et d’armes comme à son habitude. Une chance quelque part, car les attaques de l’animal visaient toutes les points vitaux et la cadence frénétique l’aurait empêché de se dégager s’il portait sa lourde armure. Mais sa récente liberté de mouvement lui permit d’esquiver une attaque portée par les mandibules et de contrer par un violent coup d’épée qui amputa la mante d’une patte postérieure. La créature s’agita sous la souffrance permettant au spadassin d’enchaîner plusieurs coups qui la mirent à terre. La foule se leva alors et hurla furieusement. Le maître des jeux se releva à son tour et fit signe aux gardes de venir chercher le prisonnier pour le reconduire dans sa cellule. Mais avant que les geôliers n’arrivent, le citoyen donna encore trois coups de sa lame dans la carcasse encore vivante de la mante faucheuse. Il abîma spontanément les mandibules et le corps afin qu’aucun profit ne soit amassé de la vente de la dépouille et des produits manufacturés qui en auraient été tirés, narguant ainsi l’organisateur de toutes ces horreurs.


On le reconduit fermement à sa cellule devant les yeux froids des autres prisonniers et à nouveau des barreaux se dressèrent devant lui. Puis une silhouette familière approcha, le propriétaire de tout cet enfer en personne. Il dévisagea le spadassin cherchant à mettre un nom sur cet insolent combattant. Un homme qui lui emboîtait le pas vint murmurer à l’oreille de son maître et lui souffla la réponse. Il sourit en fixant son prisonnier qui lui rendait un regard empli de haine. Avant de repartir dans sa loge luxueuse il se retourna et rebaptisa le spadassin d’un nom qui serait désormais le sien et ce jusqu’à ce qu’il meure en cette arène.

« Désormais on te nommera Drelnas, à partir de ce moment et jusqu’à ce que ton sang abreuve le sable de mon arène. Le peuple sera ravi de voir mourir et se faire corrompre un de ceux qui suivent les Paladins... »

Et on le laissa seul avec sa colère et sa crainte. Car plus le temps passait en ce pays maudit, plus les chances de succomber à la Fatalité grandissaient. Le temps, jouait contre lui




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MessageSujet: Re: Ma Croisade.   Mar 3 Jan - 14:54

Le même jour, la nuit…



Une silhouette encapuchonnée sillonnait le long corridor, ne laissant échapper que de minces bruissements de tissus froissés par ses déplacements. Discrète, mais cherchant à se faire tacitement remarquer elle éveilla et réveilla la curiosité des prisonniers qui un à un quittèrent leurs couches en grommelant. Quelques-uns uns préférèrent ignorer l’être qui se tenait au milieu de leurs geôles, soucieux de se reposer avant de combattre le lendemain, ou bien se fichant totalement de son énième visite. Certains étaient déjà accoudés contre leurs barreaux, attentifs aux paroles désormais imminentes de cet homme. Le spadassin fut réveillé par cette activité nocturne, et regarda d’un air perplexe et méfiant la prêche à laquelle il assistait. L’homme arpentait le couloir passant devant chacune des cellules tout en parlant d’une voix calme et claire. Même les créatures au bout du corridor avaient cessé de gémir laissant un silence glacé tandis que résonnaient les paroles empoisonnées..
« Esclaves, entendez-moi. Comme vous le savez demain vous irez à nouveau combattre et sûrement périr sur le sable de cette arène. Mais vous pourrez y survivre si vous saisissez votre chance.. Notre hôte offre au peuple de ce pays ce qu’il attend, et ce qu’il attend de vous. Ne vous leurrez pas, seuls les plus durs et les plus cruels d’entre vous survivront ! »

L’homme s’arrêta au niveau de la cellule du spadassin et s’adressa au prisonnier de la geôle d’en face, le colosse qui avait dévisagé le petit paladin à son réveil dans la prison.
« Et toi, ô Yolan, toi le plus ancien de tous ici. Tu t’obstines encore à repousser ce que ce pays t’offre à bras ouverts en te comportant encore comme le Protecteur que tu étais. Il te suffirait de si peu pour devenir grandiose, il te faudrait simplement être réaliste et lucide. Ne vois-tu pas.., ne voyez-vous pas que c’est folie de chercher en vain à résister ? Vous ne pouvez lutter indéfiniment contre la Fatalité car vous êtes en son berceau. Et bientôt vous en serez les servants, que vous le vouliez ou non.. Plus tôt vous l’accepterez, plus tôt vous en apprécierez les avantages et augmenterez vos chances de survie..
Qu’est ce que vous espérez ? Qu’on viendra vous sauver ici ..? Renoncez à vos illusions et vos idéaux, vos amis, votre famille, vos maîtres… tous vous ont abandonné. »


L’homme fit encore quelques pas puis revint devant la cellule du spadassin et déclara froidement.
« Tu n’y échapperas pas non plus, le temps et la mort feront leur office. »

Et il repartit laissant derrière lui une brise glacée et un goût amer. Les prisonniers retournèrent lentement finir leur nuit, les pensées rongées par ces paroles sournoises mais vraies hélas. Tous savaient qu’il n’y aurait pas de miracles et peu à peu l‘espoir de revoir un jour les terres qui les avaient vus naître s’effilochait au point de ne plus être qu’un frêle et timide murmure… Durant la nuit, masqué par les ronflements, les bruits de chaînes et autres, un homme murmura une prière au seigneur du Feu faisant vibrer la flamme de la Foi pour le moment conservée dans cet océan de ténèbres qui s’affairait méticuleusement à dévorer cette once de lumière insolente
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MessageSujet: Re: Ma Croisade.   Mar 3 Jan - 14:54

Le lendemain matin…



Les premiers spectateurs n’étaient pas encore arrivées que déjà coulait le sang... Tandis que les esclaves avaient été amenés dans la grande salle pour s’y équiper, l’un d’eux osa la folie d’essayer de fuir. Hélas les fouets et les poignards coupèrent les ailes du fuyard et l’abattirent en plein envol. Son sang ruissela sur la pierre noire et glacée, abreuvant la vermine opportuniste et le pays d’un malheur de plus. Beaucoup ne prêtèrent pas attention à cette exécution, la plupart s’en désintéressèrent promptement et avec froideur, les autres ne s’y intéressèrent même pas. Seuls deux esclaves firent preuve d’empathie. Le premier, jadis protecteur dans la XXV° légion qu’on avait rebaptisé « Yolan », et le second arrivé récemment renommé « Drelnas ». Mais la compassion est une offense en ce pays, une insulte qui ne pouvait rester impunie. Ce fut à nouveau le fouet qui répondit à cet appel de ‘’justice’’ et lacéra la peau des deux criminels jusqu’à ce qu’ils retournent finir de s’équiper. En chemin le regard du bourreau croisa celui de Drelnas empli de haine et de défi. Les deux hommes s’observèrent et se figèrent jusqu’à ce l’ex-spadassin ne soit rappelé à l’ordre, fouet aidant.
Et, tapis dans un recoin deux yeux observaient la scène. Cette provocation n’échappa pas au maître des jeux qui esquissa un rictus ayant trouvé là un habile moyen de divertir tout en asseyant d’avantage sa poigne de fer sur Mashak.

Les esclaves furent une nouvelle fois séparés en petits groupes. Les premiers partirent au centre pour l’offrande, et n’en revinrent pas. L’autre vague alla s’entretuer et seule la moitié retrouva le cachot. Ne restait plus qu’une poignée dont Drelnas, destinée à divers duels et combats ; bêtes, animaux, abominations voir ennemis humains. Tandis que le spadassin attendait son tour il sentait sur lui les regards lourds des autres geôliers qui gloussaient de bon cœur dans son dos. Cela n’augurait rien de bon…
Une main puissante le poussa violemment vers l’avant, son tour était venu. Il quitta à nouveau les couloirs sombres et humides pour pénétrer dans au cœur de l’arène, hué par la populace. Une rumeur se répandit parmi le publique, murmure porté par le vent et les mots comme une herbe démoniaque pour finalement mourir dans un fracas…
« Drelnas ! A mort !!! »

Puis les larges portes métalliques qui faisaient face au combattant s’ouvrirent lentement dans un lent et puissant grincement ferreux. La foule se tut alors accompagnant l’ouverture d’un épais silence, si bien qu’on entendait plus qu’une mélodie de fond joué par une brise lente et plaintive accompagnée de notes cuivrées interprétées par les portes.
Et quand enfin les deux lourds battants furent complètement ouverts on ne distinguait qu’une entrée de couloir obscur qui allait aussitôt se noyer dans les ténèbres opaques. C’est alors qu’un bruit de pas résonna, d’abord discret et tacite ; lointain pour peu à peu monter en crescendo et finalement disparaître quand une silhouette s’extirpa des ténèbres et se figea à l’entrée. Le public acclama le nouveau venu, puis reprit son lynchage verbal. La foule avait une rare soif de mort ce jour là…

L’homme était vêtu d’une armure de cuir cloutée et arborait un fouet sur lequel gisaient encore quelques traces de sang à peine séché. Cet adversaire n’était autre que le bourreau de tout à l’heure, un ‘’présent’’ direct du maître des lieux qui voyait là un habile moyen de corruption et de terreur. Il comptait ainsi se servir de la haine de Drelnas pour le piéger et le mener à sa perte tout en montrant sa puissance et celle de ses hommes et ainsi asseoir un peu plus sa tyrannie. D’un signe de la main il ordonna que commence l’exécution sous les vivats de la foule. C’est alors qu’un homme sortit de l’ombre, l’échine courbée et le verbe flatteur. Habillé de nobles étoffes il s’entretînt avec le maître des lieux vis à vis d’un souci d’argent, vraisemblablement ses ‘’loyaux’’ serviteurs s’étaient eux-mêmes payés et avaient préféré fuir. D’un signe de tête il appela trois hommes qu’il chargea aussitôt sur l’affaire avec consigne de rapporter son argent et les doigts des coupables. Durant leur brève conversation le maître des jeux ne prêta pas attention aux cris et sifflements de la foule qui semblait de plus en plus déçue et mécontente. Quand enfin il revint au spectacle, il eut la désagréable surprise de voir son homme à terre, et à ses côtés Drelnas qui tenait sa lame sous sa gorge…

La foule s’était levée et telle une marée furieuse clamait sa colère dans un puissant grondement. Le peuple réclamait la mort et encourageait l’ancien spadassin à tuer son adversaire déjà vaincu.
Il regarda alors la foule hurlante et insultante, des visages de femmes et d’hommes divers des jeunes dans le lot même. .ce pays n’a aucune pitié.
Il fixa ensuite le bourreau réduit à la condition de victime cette fois, il vit cet homme cruel et sans pitié, le mal qu’il avait fait par le passé et celui qu’il contribuerait à faire sans sourcilier, et dont il serait sans doute le premier ‘’bénéficiaire’’..
Il scruta à nouveau la populace rageuse, sa demande de mise à mort, la gloire qu’il recevrait en retour, son acte serait aussitôt pardonné voir aimé.
Il observa une nouvelle fois l’homme devant lui puis leva très haut son arme. La foule se tut, un sourire sur la majeure partie des lèvres dont celles du maître des jeux attendant la fin du geste…Il abattit alors brutalement sa semelle contre la main de l’ancien geôlier et lui brisa les os dans un torrent de douleur.
« Ceci est pour tes crimes en attendant la hache de l’Inquisition.. » déclara t-il sobrement. La foule acclama d’abord le geste brutal puis une partie éclata de rire à ces mots, l’autre l’insulta copieusement…

C’est alors qu’il hurla de colère et jeta sa lame contre le sable souillé de l’arène dans un silence d’indignation. La foule n’en revint pas, ni même le bourreau et les autres prisonniers.
« Kroryn ait pitié de vos carcasses corrompues.. » lâcha t-il.

Il quitta l’arène dans la surprise et l’incompréhension la plus totale et rejoignit sa cellule sans dire un mot. En chemin il croisa le regard de Yolan qui posa juste une main sur son épaule en murmurant :
« Fais attention… »





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MessageSujet: Re: Ma Croisade.   Mar 3 Jan - 14:54

La nuit….



Les torches des couloirs s’étaient consumées tandis que les prisonniers dormaient d’un sommeil aussi profond que leur détresse. Et au milieu de ce semblant de quiétude se mouvait une ombre, discrète et féline. Le pas léger et gracieux elle ne laissait derrière elle qu’un léger bruit d’étoffe froissée accompagné d’une brise froide, douce comme une caresse volée. Finalement après quelques errances elle s’arrêta devant une des geôles et fit signe à un homme resté au bout du couloir. Le geôlier rompit alors ce ballet ténébreux de son pas lourd et métallique et ouvrit la cellule en échange d’une poignée de pièces dorées. L’occupant sursauta et se rebiffa pensant qu’on venait le torturer ou le tuer pendant son sommeil. Mais un coup de semelle placé à temps le sonna et l’empêcha de riposter. Le garde en profita alors pour le renchaîner au mur, puis quitta la cellule une fois l’ombre encapuchonnée en sécurité.


« Allons, réveille-toi.. Drelnas.. » Prononça doucement la silhouette penchée sur le corps à demi conscient du spadassin. La voix était douce et charmeuse, celle d’une jolie femme sans doute. Alors qu’il reprenait pied dans la réalité il vit la silhouette devant lui relever sa capuche pour laisser apparaître à la lueur de la nuit les traits d’une magnifique jeune femme. Elle plongea son regard dans le sien et le fixa de ces deux sublimes opales couleur améthyste. Drelnas se sentit alors porté par un agréable courant fait de charme et de volupté, s’abandonnant totalement à cette douceur inespérée et inattendue. Sa main tiède vint frôler la joue du guerrier qui s’abandonna de plus en plus sous cette caresse réconfortante. Elle le prit sans ses bras et le pressa contre son sein rassurant durant de longues minutes..


« Scchhh…tu es en paix..c’est fini, tout est fini, amour.. » Murmura t-elle d’une voix suave et douce. Bercée par ses mots et sa douceur le spadassin ferma les yeux et dit tout bas d’une voix presque timide..
« Keema.. ? c’est bien toi ? »
« Oui.. » répondit la jeune femme caressant le front de Drelnas.
« Pourquoi… ? Pourquoi tout ça, toute cette folie ? » demanda t-il.
« C’était inévitable.. il était écrit que ça finirait ainsi. » répondit-elle doucement
« Ce n’est pas juste.. ça ne doit pas finit comme ça.. » dit-il.


Soudain l’étreinte cessa brusquement et sa tête se retrouva contre le sol glacé. Péniblement il se releva en s’aidant de ses chaînes et vit devant lui la sombre silhouette qui trônait vers l’entrée de la cellule. Elle fixait le bout du couloir qui donnait sur la grande herse devant l’arène. De minces rayons de Shar pénétraient dans les sous-sols, se faufilant à travers les barreaux de la herse, effleurant le visage de cette femme qui n’avait rien de sa compagne...
« Ils sont plus doux et chaleureux qu’on ne le pense, bien plus. Magnifiques et puissants, envoûtants sont les ténèbres. Que de blessures et de souffrances…Tantôt anciennes et refoulées, tantôt récentes. Tu sembles attirer le malheur, « Drelnas ». Tu l’attires sur ceux qui te sont proches et ce sont eux qui en subissent les affres. Tes amis qui meurent ou finissent corrompus ; comme toi bientôt. Ta famille et tes origines que tu caches au plus grand nombre. Ton…fils, mort par ta faute. Ta femme partie se faire tuer par ta faute. Même tes petits aspirants meurent par ta faute, tu ne les as pas assez guidés. J’aurais honte si j’étais ton maître. Et regarde-toi maintenant enchaîné, prisonnier... pitoyable et fragile. Ne vois-tu pas que c’est folie de luter et de résister ? Ne vois-tu pas que d’une manière ou d’une autre tu serviras cette obscurité que tu t’obstines à vouloir en vain combattre ? Tu es condamné, tu l’as toujours été, amour... Plus tôt tu nous serviras, plus tôt ton supplice cessera. » Dit-elle sur un ton plus mielleux à la fin.


Drelnas releva la tête et la fixa droit dans les yeux, mais s’en détourna quand il sentit son regard lire en lui. Elle sourit tendrement et fit quelques pas attendant qu’il daigne la regarder afin de poursuivre son petit jeu, mais il n’en fit rien. Elle l’observa parler tout bas, sans doute en train de délirer ou de tenter de nier la réalité. Doucement, d’une démarche féline elle s’approcha et lui releva la tête.
« ….et je jure de toujours vous servir ô mon Maître, seigneur des volcans, vous qui m’avez recueilli enfant, m’avez donné à boire et à manger ainsi qu’un but. J’ai juré et je jure de mettre mon épée à votre gloire et celle de votre caste en taillant moi-même la mienne par le fer et le sang selon vos vœux et vos interdits... Sur mon Honneur et... »


Une giffle aux ongles acérés interrompit la prière brutalement. Les membres crispés et le visage déformé par la colère elle le fixait et ses yeux jadis remplis de douceur laissèrent place à la haine. Elle quitta la cellule sans dire un mot, claquant la porte dans un fracas effroyable qui réveilla en sursaut les autres prisonniers. Elle fit toutefois demi-tour et lui dit froidement
« Demain tu y retourneras, et tu y retourneras jusqu’à ce que tu en crèves ! »


Seul à nouveau dans sa cellule, il murmura encore une prière, serrant les dents à en saigner. Il sentait de plus en plus les vrilles de l’ombre se frayer un chemin vers son cœur...Et cette femme venait de leur élargir la porte…Le temps faisait son œuvre peu à peu, comme un orfèvre macabre…



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MessageSujet: Re: Ma Croisade.   Mar 3 Jan - 14:55

Le lendemain au cœur de l’arène..




Ce combat là était le dernier de la journée, volontairement placé ainsi par le maître des jeux afin d’éviter d’attiser la grogne de la populace qui se faisait sentir depuis quelques jours. Non seulement cet esclave n’amusait plus la foule, pire il l’irritait en lui renvoyant obstinément une image hors de propos en ces lieux, mais il défiait l’autorité du maître des lieux qui ne pouvait se permettre de laisser son pouvoir chanceler au premier insolent venu. Il lui fallait absolument le tuer ou le soumettre au plus vite devant témoins. Mais un échec aurait de dangereuses répercutions si bien qu’il fût obligé de le mettre en dernier pour limiter les risques. La politique n’a jamais été un jeu aisé…


Drelnas pénétra dans l’arène dans un silence glacial, la foule le fixant froidement sans dire un mot dans le mépris le plus total. Certains habitués quittèrent même les lieux mécontents. Les autres restèrent par curiosité ou n’ayant rien d’autre à faire sans doute. Son adversaire du jour ne fut accueilli que par quelques applaudissements sans conviction. Pour ce combat le soudard disposait d’une longue et fine épée finement ouvragée et d’une armure de cuir de très bonne qualité ; vraisemblablement le maître des jeux tenait à ce qu’il ait le plus de chances de son côté. En face Drelnas n’avait que son habituelle lame rouillée, son armure en lambeau et ce qu’il lui restait encore d’un combattant.


Sans un mot, sans même un salut il chargea en direction de Drelnas arme au poing. Celui-demeura immobile comme à son habitude, prêt à encaisser et parer l’assaut pour ensuite contre attaquer librement en exploitant les failles qu’il parviendrait ou non à déceler. Les lames se croisèrent puis se figèrent. Les deux adversaires se faisaient face, leurs armes enlacées et usant de toutes leurs forces pour faire ployer l’autre dans ce duel de puissance. Fermement campés sur leurs appuis qui creusaient au faire et à mesure le sable chacun cherchait à repousser l’autre afin de prendre l’avantage sans succès pour le moment. C’est alors que le soudard bascula et fit un pas de côté faisant perdre l’équilibre à Drelnas emporté par sa force. Le mercenaire tenta dans le prolongement de son geste un coup circulaire qui fut paré de justesse, au détriment de l’arme de Drelnas qui se brisa. Tentant d’enchaîner aussitôt afin de profiter de cet avantage il pointa son arme en estoc vers l’esclave et le toucha au flanc. Fou de douleur et de rage, Drelnas sauta à la gorge de son ennemi comme un prédateur sur sa proie et le plaqua au sol. La foule se réveilla quelque peu et montra quelques signes d’intérêt devant la scène inattendue…


Etendu sur le sable le mercenaire tentait de faire lâcher prise à son bourreau dont les mains avaient solidement empoigné sa gorge. Sentant peu à peu l’air manquer, il se débattit encore et encore cherchant à se libérer de cette étreinte qui devenait mortelle au fil des secondes, mais en vain. Drelnas tenait fermement sa prise, le visage crispé et contracté ; empli de haine et de rage. L’homme de main tenta dans un geste désespéré de griffer et lacérer de ses ongles la blessure qu’il lui avait infligée au flanc. Il causa ainsi une tempête de douleur à son bourreau et hélas renforça sa rage.. Drelnas serra de plus belle, ses mains se crispèrent d’avantage sur la gorge de son ennemi. Le visage de celui-ci commençait à se déformer sous la douleur et l’étouffement, ses traits devinrent rougeâtres avant de bleuir légèrement. De larges veines qui parcouraient son front se dilatèrent et gonflèrent sous sa peau qui devenait froide et de l’écume sortait de sa bouche tandis que ses yeux commençaient à se révulser. La foule se leva lentement, en silence cette fois scrutant attentivement le déroulement inespéré du duel et surtout les réactions de celui qu’auparavant ils méprisaient. Le maître des jeux lui-même esquissa un sourire du haut de sa loge d’où il contemplait le spectacle un verre de vin à a main..
Drelnas continuait de serrer aussi fort qu’il le pouvait, aveuglé par une rage comme il en avait rarement connue. Il sentait peu à peu la vie de son ennemi s’échapper, lentement, inexorablement. Jamais il n’avait connu pareille sensation de pouvoir et de puissance qu’en cet instant où il s’acharnait sur un ennemi déjà vaincu et agonisant..


Mais quand il plongea son regard dans celui du mourrant, il y vit l’abyme.. Il y vit les ténèbres et leur noirceur, la mort et la souffrance, ce qu’il s’apprêtait à tuer et aussi à devenir.. Saisi par le doute il desserra sa prise quelque peu sous les yeux perplexes du public qui commença à se manifester et à gronder. La foule réclamait du sang, un mort et son tribut de souffrances quotidiennes. Elle attisa la colère sous-jacente de Drelnas qui resserra de nouveau sa prise, encouragé par la populace enthousiaste. Sa victime sombra dans le coma.. Quelques muses murmuraient aussi à son esprit, ces voix funestes qui susurrent aux oreilles des hommes et les poussent au crime et à la folie et qui embrasaient sa fureur. A croire que le destin s’était ligué contre celui qu’il était.. Et la foule hurlait, hurlait encore et encore..
« Drelnas !! Drelnas !! Drelnas !! » l’acclamait-elle

C’est alors qu’il fut une nouvelle fois assailli par le doute et sa poigne chancela légèrement. Quelque chose se produisit quand il entendit son nom acclamé par le peuple ; des doutes.. La foule aussitôt hua cette hésitation et hurlait à tue-tête :
« Tue-le !!!! Tue-le !! A mort !!!! »

Drelnas releva la tête et contempla la marée humaine qui se déchaînait autour de lui. La foule hurla de plus belle comme gronde le ciel en colère. Il jeta un regard sur son ennemi qui reprenait quelques couleurs mais toujours inconscient puis s’adressa au peuple :
« Vous voulez me voir le mettre à mort ? Vous voulez du sang et de la souffrance ? C’est pour ça que vous êtes là ? C’est pour ça que vous le craignez lui ???! » hurla t-il plein de rage.

La foule répondit d’abord par une clameur à ses questions mais se tut lorsqu’il évoqua le maître des jeux. Un silence gênant s’installa puis fut rompu aussi rapidement qu’il était né.
« A mort !!!! » répondit spontanément la populace comme une seule et même personne.

L’esclave dépité se tourna vers l’homme gisant à terre, s’en approcha et observa la foule. Celle-ci retint son souffle attendant impatiemment la mise à mort imminente. Il se saisit de l’arme de sa victime qui était tombée non loin et la pointa sur la poitrine du mercenaire, prêt à le transpercer avec.
« Tue-le ! Tue-le ! Tue-le ! Tue-le !! A mort !! Tue-le Drelnas! »


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Drelnas se tenait maintenant dos à la foule, l’arme prête à achever de sang froid son ennemi. Il baissa quelques instants la tête, puis la releva et enfin la baissa encore. Le public cessa ses encouragements, interpellé par ce curieux comportement. Dans les gradins chacun essayait de voir ce qu’il faisait, les mieux placés s’empressant de faire circuler toute nouvelle information. On le vit plusieurs fois baisser et secouer la tête pour finalement se la prendre entre les mains avant de stopper ce petit manège. C’est alors qu’il jeta l’arme au loin, épargnant du coup la vie de cet homme. Il se retourna lentement et déclara en serrant les dents d’une voix teintée de colère et de détermination...
« Merci à toi peuple de Kali pour m'avoir "aidé"...
Grâce à toi je n'ai pas oublié qui je suis... Je suis Khan !
Spadassin de la caste des Combattants, fidèle au Seigneur du Feu et pas celui de l'Ombre !!
Je suis Aspirant à la voie des Paladins de Kroryn, j'ai juré de combattre tout ce qui souille et avilit ce monde... c'est à dire vous !!
Vous ne me ferez jamais devenir comme vous autres, il faudra me tuer car jamais je ne me soumettrai ! J'ai la volonté et encore la force de me battre pour ce qui est juste, moi !»



La foule resta muette et interdite, déchirée entre surprise et indignation. Le combattant quant à lui quitta l’arène sans ajouter un mot et retourna vers les cellules dans la confusion la plus totale. Soudain la colère éclata dans les gradins et fut dirigée contre le maître des lieux qui brisa le verre qu’il tenait en sa main. Le public le tenait pour principal responsable de cet affront et exigeait réparation. La grogne gagna les abords de l’arène puis le village en entier. Les représailles de la garde du tyran furent sanglantes dans la nuit qui suivit afin d’enrayer tout embryon de révolte. Mais la graine avait déjà été semée, l’ironie voulut que ce soit un draconiste qui implanta le doute et la corruption aux fatalistes.
Certaines guerres ne se mènent pas par l'épée, mais parfois avec l'esprit et la volonté...


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MessageSujet: Re: Ma Croisade.   Mar 3 Jan - 14:56

Peu avant l’entrée dans l’arène…le calme avant la tempête..



Le silence régnait dans l’allée aux cellules, lourd et pesant comme le marteau du destin. Chacun était conscient qu’une fois de plus dans quelques minutes -peut-être moins- ils seraient conduits devant la foule et que la plupart n’en reviendraient pas.. Les secondes s’écoulaient trop vite telles un fil invisible qui leur glissait inexorablement entre les doigts. Certains tournaient en rond rongés par l’angoisse et la folie, d’autres tentaient de se reposer soit pour être en forme ou bien tenter de fuir dans leurs songes l’insoutenable et imminente réalité. Yolan se tenait comme à son habitude appuyé contre les barreaux de sa cellule, ses puissants avants-bras pendant au-dessus de la serrure, la tête baissée et le regard vitreux voir teinté de mélancolie.. Il releva quelque peu la tête et dirigea son attention vers la cellule d’en face où se trouvait l’« hérétique » comme l’appelaient ici les gardes et les autres esclaves. Celui-ci se tenait dans une posture similaire, le regard fixé en direction du sol et semblant absorbé par ses pensées…


« Que comptes-tu faire.. ? » demanda Yolan qui rompit le silence des lieux et capta par la même l’attention des gladiateurs les plus proches.
« Leur pourrir la vie à ma façon. » répondit-il t-il sans sourcilier.
« Tu es conscient qu’à ce jeu tu finiras tôt ou tard par perdre? Soit il fera appel à des guerriers plus puissants que toi, soit tu finiras exécuté une nuit dans ta cellule sans même avoir eu le temps de comprendre.. » déclara Yolan, approuvé par un brouhaha venant des auditeurs les plus proches.
«Alors à moi de faire en sorte que ma mort si elle arrive soit digne de ma caste et de figurer parmi les plus grands, au Hall des Héros. Et si dans la foulée je peux mettre un grand coup de pied dans ce village rongé par la dépravation et la corruption, crois moi je ne me gênerai pas ! Je n’ai plus rien à perdre maintenant...» dit-il en relevant la tête vers Yolan à la fin.
« Tu bafoues son emprise sur le peuple, il est dans l’obligation de te tuer ou te soumettre s’il veut retrouver le pouvoir total.. Il ne peut pas se permettre de laisser cette insolence impunie, ce serait source de révoltes. » répondit l’ancien protecteur.


C’est alors que des bruits de pas interrompirent la discussion. Les autres gladiateurs retournèrent au fond de leur cellule tandis que qu’ils s’observaient tous les deux. Une rangée de gardes pénétra dans le couloir et se plaça tout au long de celui-ci, devant les cellules. Puis, deux hommes lourdement chargés apparurent à leur tour, précédés du maître des lieux en personne qui s’arrêta devant son esclave insoumis. D’un geste sec il fit signe aux deux porteurs d’approcher puis à un garde à ses côtés pour qu’il déverrouille la cellule du renégat. Les porteurs déposèrent leurs marchandises dans un coin de la cellule sous l’indifférence totale de l’occupant qui fixait d’un air hargneux le maître des jeux qui prit la parole une fois ses hommes sortis et la porte vérouillée.
« Reprend tes affaires et ton équipement, Spadassin ! Et hâte-toi de te préparer pour combattre . » dit-il froidement désignant les affaires déposées dans sa cellule.


Puis les gardes firent sortir les autres gladiateurs pour le mener à la salle de préparation et ensuite dans l’arène. On laissa au spadassin le temps de s’équiper, il retrouva à sa grande surprise tout son équipement -or en moins bien sur- intégralement entretenu voir réparé pour certaines pièces comme son arme et son écu.. Méfiant, il tenta de déceler d’éventuels pièges ou enchantements mais ses connaissances en ce domaine ne lui permirent pas de trouver quoi que ce soit. Il rendossa alors son armure de combattant et empoigna ses armes, avec un léger sentiment de satisfaction et de renouveau. Puis il se dirigea vers l’entrée et la porte menant à l’arène où l’attendaient quatre hommes armés. A travers la herse il vit la foule venue étonnement nombreuse en ce jour. D’où il était il pouvait même entendre la frénésie des paris sur le prochain combat, le sien.. Et il n’était pas donné vainqueur vu sa côte.. Il resta à contempler à travers les grilles de la grande porte attendant son tour tout en se demandant..
« Qu’est ce qu’il prépare l’autre emplâtré.. ?. »




L’agitation s’amplifiait dans les gradins, les paris atteignirent des sommets et des rumeurs comme quoi même le maître des lieux avait lui-même parié une fortune sur l’issu du combat. De véritables fortunes allaient se jouer sur le combat du Spadassin qui lui ne jouait que sa survie. Quand tous les autres combats furent finis et que nombre d’hommes finirent leur triste vie sur le sable tiède de l’arène, le maître des jeux se leva de sa loge et harangua la foule. Parlant d’une voix forte aux intonations rhétoriques pour ameuter et faire réagir la populace il présenta le dernier combat de cette matinée sanglante comme un don une offrande au public tout en se posant en protecteur à l’écoute de son peuple afin de mieux les manipuler. La foule se laissa berner par les paroles sucrées et l’acclama comme tel. L’orateur fit ensuite taire la populace endoctrinée. D’un geste il désigna la grande porte qui s’ouvrit lentement pour laisser entrer le spadassin qui fut hué comme jamais par le public..


Mais le tyran figea encore une fois la foule d’un geste sec et reprit la parole. Mêlant subtilement métaphores et tournures épiques il annonça l’adversaire du jour, présenté comme le champion que le public réclamait depuis des jours. Un grincement métallique comparable au tonnerre retentit alors et les portes s’ouvrirent lentement. Les spectateurs retinrent leur souffle guettant impatiemment le moment où leur champion s’extirperait de ces ténèbres. Une silhouette apparut peu à peu et sembla se figer à l’entrée, encore à demi noyée dans les ombres. La foule se manifesta aussitôt par un puissant rugissement d’approbation en guise de salut. Le gladiateur fit alors quelques pas et s’avança au centre saluant très brièvement le maître des jeux qui lui répondit d’un signe de tête entendu. Les deux adversaire se faisant maintenant face et le combat désormais inévitable, pour le plus grand plaisir de la foule déchaînée.


L’homme semblait d’un âge mur et avait les traits fins, distingués. Il portait une armure de qualité excellente et dont la couleur évoquait irrémédiablement les Ordres noirs. Sa cotte de maille en pierre sombre semblait finement ouvragée et dans un état anormalement neuf qui en d’autres circonstances aurait suggéré l’inexpérience. Mais pas ici… Ce guerrier ne pouvait être un apprenti ou un guerrier passable, pas avec tous les risques que le tyran avait pris en le décrivant ni avec les sommes en jeu. Il y avait forcément quelque piège.. Sans mot dire il dégaina un imposant cimeterre à deux mains qu’il porta sans sourcilier ni peiner. L’arme en elle-même dégageait quelques vapes brumeuses et verdâtres faisant penser à un enchantement ou à du poison, voir les deux qui sait. Les doutes du spadassin se confirmaient un à un, cet adversaire là serait sans doute plus puissant que ce qu’il a déjà affronté.
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MessageSujet: Re: Ma Croisade.   Mar 3 Jan - 14:56



Le citoyen se positionna et saisissant sa large épée et son écu se mit en garde après avoir salué d’un signe de tête. Le gladiateur en fit autant et salua à son tour d’un revers de cimeterre tout en affichant un sourire confiant. Comme à son habitude le combattant se positionna en défense pour le premier assaut, prêt à encaisser et à parer l’attaque ennemie afin ensuite mieux contre attaquer. Mais fait surprenant le gladiateur fit exactement de même et attendit lui aussi. La foule impatiente gronda de frustration devant un combat qui tardait à s’engager. Le Spadassin fut alors obligé d’entamer les hostilités et après une feinte de corps tenta un coup transverse pour obliger son ennemi à le parer pour ensuite lancer une attaque en estoc. Mais cet enchaînement fut paré avec aisance et facilité par son adversaire qui décidément maniait son imposante arme comme si c’était un fétu.. Le gladiateur se repositionna en défense et attendit une fois encore. Plissant les yeux et grommelant le spadassin chargea à nouveau conscient qu’on se moquait de lui. Il s’appliqua à manier avec le plus de vélocité possible son imposante arme usant et se servant de son poids et de son élan pour enchaîner et surprendre son adversaire. Mais alors qu’il tournait sur lui-même emporté par son élan et dans le but d’enchaîner le coup suivant, il fut stoppé net par un coup placé en contre qui heureusement pour lui heurta son écu mais le fit vivement reculer. Le gladiateur esquissa un sourire et se repositionna. La foule quant à elle acclamait son nouveau héros qui semblait déjà surpasser de loin le citoyen insolent.


Le duel n’avait commencé que depuis quelques minutes et déjà le Spadassin semblait en fâcheuse posture. Le gladiateur en face de lui était d’une agilité surhumaine et pourtant n’avait fait que placer un seul contre sans encore avoir révélé ses vrais talents. Le spadassin donna soudain un coup de pied dans le sable qui fut projeté au visage du gladiateur en signe de défi. Son adversaire fronça quelque peu les sourcils visiblement peu habitué à ces manières ankariennes et y répondit de manière spontanée et fulgurante. Sa charge surprit même le public tant elle fut vive et brutale. Mais étrangement le gladiateur s’acharnait plus sur l’écu que sur le Spadassin en lui-même. Ce dernier était obligé de reculer et de reculer encore sous les enchaînements ennemis qui par leur vivacité et leur puissance le ballottaient comme un pantin sans volonté. Et, dans un dernier coup remontant et clôturant son attaque, le gladiateur arracha l’écu du bras du spadassin.. La foule apprécia la manœuvre et hurla de nouveau en guise d’encouragement. Puis le guerrier pointa son cimeterre en direction du Combattant médusé en signe de défi, toujours un sourire de victoire au visage. Le citoyen serra les dents et empoigna son arme à deux mains tout en chargeant vers son adversaire. Ce dernier évita l’attaque une fois de plus d’un simple déplacement de côté, mais profitant de manier son arme à deux mains, le Spadassin put d’un revers circulaire enchaîner son attaque. Sa lame érafla le bras du gladiateur et endommagea son armure. Sans le savoir il le blessa légèrement mais par contre ne vît pas l’épais liquide noirâtre qui coula légèrement de la blessure..


Le gladiateur vexé de cet affront riposta violemment. Nul ne sut dire quel coup il plaça pour jeter à terre le Spadassin car personne dans tout le public n’eut le temps de voir.. Personne… sauf un spectateur assis au milieu de la foule qui regardait calmement et attentivement le spectacle offert. Son attitude contrastait avec l’agitation ambiante et son charisme inquiétant avait chassé les spectateurs qui étaient assis trop proches, gênés par une sensation de malaise et d’angoisse. Le Spadassin rouvrit les yeux à terre, ayant la désagréable sensation d’avoir été piétiné par une caravane. Devant lui trônait le gladiateur qui planta son arme dans le sable et fit mine de continuer le combat à mains nues. Se relevant péniblement le Combattant sentit une douleur vivace lui brûler le flanc, au point qu’il en lâcha son arme. En effet son armure avait été transpercée à cet endroit et sans nul doute que le cimeterre qu’il soupçonnait d’être empoisonné y était pour quelque chose. Mais il n’eut pas le temps de maudire longtemps cette traîtrise car le gladiateur le frappa au visage le renvoyant une fois encore à terre. Son faible adversaire à terre le gladiateur salua et embrasa la foule satisfaite de ce traitement humiliant. Le maître des jeux lui-même applaudit cette scène du haut de sa loge. Mais quand il finit de se pavaner devant le public il eut la surprise de voir le Spadassin déjà debout, tenant d’une main son flan et de l’autre son arme. Puisant dans ses forces le Combattant chargea arme au poing.. mais fut contré aussitôt par une manchette fulgurante. Titubant et manquant de s’écrouler une fois de plus le Spadassin réussit à se maintenir en s’appuyant sur son arme. Il plissa brièvement les yeux sous la douleur qui se faisait de plus en plus lancinante et au faire et à mesure que ses forces lui échappaient. Ne tenant plus que grâce à son appuis et devant pareil ennemi il baissa la tête et se mit à murmurer… La foule aussitôt se mit à rire et à se moquer de cet acte. Le gladiateur demanda d’une voix forte et caverneuse :
« C’est ton Maître que tu implores pour qu’il t’aide ? Pour qu’il te sauve ? Personne ne viendra t’aider ! »
« Ignorant...tu sais pas que ça serait lâcheté de mendier une victoire..? J'implore mon Maître de me laisser combattre jusqu'à la fin...!! » répondit le Combattant en serrant les dents à en saigner.


La foule gronda de haine aux mots du spadassin et réclama sa mort. Certains se retournèrent contre le maître des jeux voyant une fois encore ce combattant le défier. Le gladiateur esquissa un rictus et s’élança vers le Spadassin. Ce dernier poussa un hurlement à la fois de douleur et de guerre tandis qu’il puisa dans ses toutes dernières réserves pour brandir son arme et lancer son attaque. La lame frôla le crâne du gladiateur qui après cette esquive le plaqua contre un des murs de l’arène. Le choc fut terrible et l’impact effrita une bonne partie du mur tandis que le spadassin laissa définitivement et malgré lui son empreinte en ces murs. Ayant été percuté aussi violemment que par la charge d’un snnenir il faillit perdre connaissance et lâcha son arme. Mais quelque chose retint sa chute, le gladiateur lui-même. Poursuivant impitoyablement son œuvre de destruction il commença à ruer sa victime de coups de poings. Ridicules pour une bonne partie de la foule, ces coups n’étaient toutefois pas si anodins que cela car un observateur assez proche aurait pu voir l’armure se déformer sous leur puissance. Le spadassin quant à lui n’était plus qu’un pion, une marionnette entre des mains cruelles et puissantes. Sa vie, ses forces lui échappaient inexorablement au fil des coups qu’il prenait.. Mais il ne s’évanouissait pas, ne fléchissait pas et continuait à tenter de résister, jusqu’au bout il se battrait.. Et la foule hurlait, hurlait encore devant ce spectacle.. La mort était proche, elle attendait patiemment car ce n’était plus qu’affaire de quelques coups bien placés.. Le gladiateur s’arrêta et contempla le visage en sang du spadassin agonisant. Et soudain, dans un ultime sursaut de colère et dans une dernière étincelle de force, le poing du spadassin se serra et il leva le poing, donnant un violent uppercut à son ennemi. Ce dernier recula d’un pas sous le choc tandis que la foule gronda de colère pour la première fois du combat. Voir cet insolent citoyen résister leur était de plus en plus intolérable, sa Foi et sa bravoure étant des offenses à leurs yeux.. Le gladiateur fixa avec curiosité ce mourrant entêté tout en se tenant la mâchoire brièvement douloureuse. Puis en guise de riposte il plaça un violent coup de poing au visage du combattant pris en étau entre le mur et le poing ennemi. Le Spadassin s’écroula, encore… mais ne se releva pas. Son adversaire se saisit alors de son cimeterre et le brandit bien haut sous les applaudissements et les encouragements de la foule…
Mais alors que la fin semblait proche et inévitable une voix s’éleva au-dessus de la clameur de la populace.
« Ce combat est truqué !! Ce guerrier est un Ailé !! Le maître des jeux a truqué le combat et les paris !!! »


Toutes les personnes se retournèrent vers le crieur qui n’était autre que le mystérieux spectateur silencieux et inquiétant. Le gladiateur lui-même fixa longuement le trouble fête et gronda de colère. Le public gronda aussi, une partie hua le crieur et ne prêta pas attention, une autre s’insurgea et des rixes éclatèrent de ci de là dans les gradins d’abord sans gravité ni importance mais le chaos grandit et se propagea. Les plus gros parieurs furent les premiers à envenimer cette graine de discorde, craignant pour leurs intérêts. L’anarchie se répandant comme un fléau le maître des jeux fut obligé de sonner le rappel de ses troupes pour calmer et freiner cet embryon de révolte. Les soudards du tyran ne firent pas de demi mesure et tuèrent moult spectateurs au hasard tentant la dissuasion. Mais au contraire cela envenima d’avantage les choses, la révolte gagna en dehors de l’arène et s’étendit au village entier. Tandis qu’au cœur de l’arène deux hommes s’affrontaient, le fameux gladiateur qui était bel et bien un enfant de Kalimsshar et pas des moindres puisque le même Ailé qui venait se régaler lors des « offrandes » et en face de lui le mystérieux spectateur qui n’était autre que l’un de ses frères venu en ces lieux convoiter le territoire et les âmes de son frère. Sous forme de spectateur il avait détourné à ses fins les vices des habitants et leur grogne elle-même attisée les jours précédents par le citoyen.
Aux sous-sols les gardes des cellules furent eux aussi obligés d’intervenir commettant l’erreur de laisser les esclaves sans surveillance. Ce fut Yolan qui le premier profita de cette opportunité pour donner libre recours à ses rêves de liberté. Il poussa les esclaves à la révolte et profitant de la confusion et du manque de gardes, ils formèrent une troupe qui eut tôt fait de se débarrasser des quelques mâtons qui restaient dans les sous-sols.


Mashak sombrait dans le chaos et les flammes tandis qu’hommes et dragons s’affrontaient pour leurs propres intérêts. Dans les ruelles, dans l’arène ou les gradins le sang était versé. Le Spadassin rouvrit les yeux et vit au loin les deux ailés s’affronter sous forme humaine avant de prendre leur forme draconique et poursuivre leur combat dans les cieux. Il vit aussi les meurtres dans les gradins et la débâcle de la garde du tyran qui ne pouvait enrayer cette rébellion. Et alors qu’il pensait finir sa vie dans ce spectacle de désolation il entendit et reconnut un visage familier ; Yolan. A demi conscient il sentit qu’on le souleva et qu’on le porta à nouveau jusque sous la terre. Il y rejoignit les autres esclaves qui s’y étaient regroupés. Yolan demanda aux autres de ne pas s’éparpiller et qu’on l’aide à transporter le spadassin vers une cellule précise, enfouie encore plus profondément parmi les ténèbres sous la terre. Le petit groupe suivit l’ancien protecteur dans un étroit corridor qui mena à un couloir sombre où ne siégeait qu’une seule cellule. Finalement, au bout de quelques efforts conjoints ils parvinrent à forcer la serrure et à l’ouvrir. Au fond semblait se trouver une silhouette humaine recroquevillée et rachitique qui bougea quelque peu quand Yolan entra dans la cellule.
« Sans cet homme de vertu je ne serai peut-être plus là ou du moins je ne serais plus celui que j 'étais et suis encore.
Venez Prodige, il faut partir maintenant.. »
dit-il.


La silhouette se déplia et finit par s’asseoir avant de se relever. A la faible lueur qui daignait bien s’enfoncer aussi profondément sous terre les esclaves purent distinguer tatouées sur le crâne de l’homme deux écailles, symboles de la puissance draconique. Certains retinrent leur souffle d’autres parurent perplexes face à cette rencontre plus qu’improbable en ces lieux. Mais le Prodige se détourna des personnes présentes pour s’avancer vers le corps allongé du spadassin. Il l’examina quelques instants et grimaça à la vue de la blessure empoisonnée avant d’apposer les mains sur son torse et de murmurer. Le spadassin fut secoué par un violent spasme alors que la vie revenait peu à peu circuler dans ses veines et son corps peu avant meurtri. Il ouvrit les yeux et voulut se relever mais le Prodige d’un geste de la main l’en empêcha lui ordonnant de rester couché quelques minutes au moins. Yolan posa la main sur l’épaule du Prodige en guise de remerciements puis s’adressa au groupe. Il les tenta de les convaincre de la nécessité de rester unis et de profiter du chaos pour sortir de la cité. Certains acceptèrent, d’autres pas et quittèrent l’endroit sur-le-champ. Il resta au final une dizaine d’hommes dont Yolan, le Prodige et le Spadassin qui désormais marchait avec quelques difficultés toutefois. Ils remontèrent vers la surface arme au poing en cas d’éventuelles rencontres hostiles. Ils parvinrent jusqu’à la grande salle d’équipement et trouvèrent la porte qui menait au-delà pour arriver dans les quartiers des gardes. Ils ne rencontrèrent aucun d’entre eux, apparemment trop occupés a calmer la révolte en dehors de la cité. Quelques couloirs plus loin ils sortirent finalement de l’arène pour se retrouver dans une ruelle en proie au chaos le plus total. Les femmes courraient et fuyaient, abandonnant même leurs enfants à la mort tandis que leurs maris s’entretuaient. Ils rencontrèrent un groupe de mercenaires au service du tyran peu après leur sortie et la bataille s’engagea. Mais ces soudards ne purent rien contre la soif de liberté de ces esclaves désormais libérés. Ils rencontrèrent de ci de là plusieurs poches de résistance ennemie mais passèrent à chaque fois au travers en perforant leurs rangs arme au poing pour finalement s’extraire de cette cité maudite rongée par le chaos qui s’étendait même jusqu’aux cieux où les ailés s’entretuaient.


Le groupe prit la direction des montagnes et décida de les longer pour arriver ensuite aux Crocs. Au bout de quelques lieux, le spadassin se retourna et jeta un regard vers Mashak d’où s’élevaient encore quelques fumées funestes. Il repensa un instant à tout ce qu’il avait enduré, physiquement et surtout psychiquement, toutes ces horreurs.. Mais peu importait, dans un jour il reverait Kar, le soleil, le ciel bleu et sa cité, il serait chez lui.. Cette aventure fut sans doute la plus éprouvante de toutes, mais il en avait survécu et en était ressorti certes blessé, mais avant tout grandi... En ce jour, le gladiateur connu comme Drelnas venait définitivement de mourir, et le Spadassin nommé Khan venait quant à lui de renaître…
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MessageSujet: Re: Ma Croisade.   Mar 3 Jan - 14:57

Après une longue et pénible marche le long des montagnes maudites..



Le groupe de rescapés stoppa son exode non loin du volcan de Khymera. Ils y trouvèrent un renfoncement dans la roche qui constituait une petite caverne d’environ dix mètres de profondeur. L’endroit paraissait un abri idéal, à condition qu’il ne fût pas habité par quelque horreur.. Ainsi le groupe composé alors de douze hommes s’avança prudemment dans ces ténèbres, sans torches. L’abri sûr, ils s’y installèrent afin de récupérer quelques forces perdues durant leur emprisonnement et leur marche. Yolan vînt s’asseoir aux côtés du spadassin sans qu’un mot ne fut prononcé, les autres ne parlèrent pas d’avantage non plus. Tous étaient épuisés de ce périple et surtout ils n’avaient rien mangé depuis plus d’un jour. Déjà la faim venait s’allier à la fatigue pour mieux les faire ployer. Elles s’insinuaient le long de chaque muscle, rendant chaque mouvement un effort héroïque et altéraient même leur esprit ;même réfléchir était devenu éreintant. .


Mais l’accalmie fut aussi fugace qu’un soupir car des pas provenant de l’extérieur alertèrent le groupe. Ils scutèrent la sortie toute arme brandie. C’est alors que se découpèrent devant la sortie – unique issue et source de luminosité – une poignée d’ombres déambulantes. Elles étaient cinq, peut-être six, ou bien le double.. Impossible d’évaluer la menace tant l’obscurité était opaque..
Les créatures se mêlèrent ensuite aux ombres en longeant les parois ; ainsi on ne pouvait plus distinguer leur silhouettes qui contrastaient auparavant avec le fond éclairé de la sortie. Les hommes saisis d’angoisse et de frustration s’agglutinèrent à l’aveuglette dans le fond de manière maladroite et chaotique..
Puis d’inquiétants gémissements résonnèrent de concert. Sans pouvoir discerner leurs ennemis, mais tout en percevant la menace, les compagnons sentirent un funeste frisson leur remonter le long de l’échine, cette peur viscérale que l’on ressent quand l’ombre de la mort pose ses griffes acérées sur ceux qui partent au combat.. Par ici quelques morceaux de roches se détachaient de la paroi trahissant une présence, suivi de très près par un râle macabre de l’autre coté quoi que plus proche. Et ils n’y voyaient toujours rien dans ce noir..


L’un d’eux flancha et quitta le groupe pour s’élancer vers la sortie. Ils virent sa silhouette s’éloigner peu à peu, jusqu’à ce qu’un bras émergeant des ombres ne le fauche en plein élan.. Aussitôt à terre d’autres formes apparurent et se jetèrent sauvagement sur lui dans un ballet morbide de silhouettes mélangées. Elles ne lui laissèrent aucune chance. Les hurlements du malheureux étaient à faire cristalliser le sang, et quand ils prirent fin dans un ultime râle d’où le dernier filet de vie s’échappait les compagnons devinrent fous. Ils se dispersèrent, se cognèrent voir même frappant désespérément des ennemis aussi implacables qu’intouchables. Et c’est alors qu’un atroce bruit de fond résonna dans la caverne, celui des chairs qu’on mastique et des os qu’on broie. Le chaos redoubla.. Aveugles jusqu’au dernier ils chargèrent la peur au ventre et les tripes nouées..


Certains tombèrent et s’entravèrent au bout de deux pas, d’autres frappèrent à l’aveuglette au moindre contact autre que celui de la roche. Mais quand ils percutèrent la première ligne ennemie le désordre empira. Tous se mélangèrent, créatures comme humains. Sans le savoir l’un des réfugiés embrocha un de ses comparses le prenant pour autre chose avant qu’un de ses véritables ennemis ne lui saute à la gorge. Le spadassin ne faisait pas exception et hésita plusieurs fois à embrocher ou non celui ou celle qu’il sentait se cogner contre lui. C’est alors que son épaule heurta quelque chose ou quelqu’un qui à peine effleuré bondit sur lui avec rage et vélocité. Sans qu’il ait pu riposter ou même comprendre il se trouvait déjà contre le sol en train de se faire étrangler par un prédateur invisible et impitoyable.. Il tenta de lutter de frapper là où il supposait la présence d’un visage mais rien.. Il ne pouvait même pas avertir ses compagnons trop occupés à tenter de sauver désespérément leurs propres carcasses. La folie et le chaos régnaient en maîtres sur ce lieu et l’ombre de la mort semblait avoir déployé ses funestes ailes au-dessus de chacun d’eux.


Et tandis que le spadassin sentait ces deux puissantes mains enserrer son cou et le priver d’air, une nouvelle silhouette se présenta à l’entrée de la caverne. Celle ci sembla regarder vers le fond, vers le chaos. Elle resta ainsi quelques instants, totalement immobile. Sa main gauche empoignait une torche aux flammes vives et éclatantes, quoique pas assez toutefois pour révéler ses traits. Et pendant ce temps la vie continuait de s’échapper du corps du spadassin..
Il tentait désespérément de faire lâcher prise à celui qui l’étouffait, luttant parallèlement pour garder les yeux ouverts, même s’il ne pouvait que contempler ce voile obscur et impénétrable qui se superposait à sa vue. Et alors que ses forces le quittaient et qu’il s’apprêtait à tourner de l’œil il crut voir un étrange ballet.. Cette noirceur opaque et omniprésente lui sembla un moment vaciller, puis onduler fugacement pour enfin disparaître brutalement. Il vit les ténèbres qui étaient devant ses yeux être violemment repoussés et projetés contre les parois, comme si la lumière était née en leur sein et les avait fait soudain imploser.. Quant à la seconde chose qu’il distingua nettement il en fut pétrifié de stupeur..


Assis sur lui, les mains auparavant crispées sur sa nuque se tenait Yolan, le visage transpercé de surprise et d’embryons de remords. A côté d’eux gisait une torche dont la luminosité inattendue offrait un salut inespéré aux réfugiés. Yolan desserra sa poigne tandis que la mystérieuse silhouette à l’entrée tourna les talons et s’en fut. Le spadassin chercha autour la provenance de cette torche providentielle mais ne vit rien. S’il avait été un peu plus rapide et possédant une vision à faire pâlir celle d’un rapace, il aurait pu voir au loin une silhouette s’en aller portant derrière elle l’ombre d’une masse mi-cloutée mi-lisse… Mais la main de Yolan le releva et le ramena à la réalité des lieux. Aidés de cette lumière salvatrice les survivants renversèrent le cours du combat et purent débusquer et identifier leurs agresseurs ; de « simples » Gallhuks qui désormais avaient perdu leur avantage de dissimulation. La vengeance fut aussi impitoyable que les abominations elles-mêmes. Au final, sur les douze rescapés seule la moitié avait survécu à ce piège, et ce grâce à cette aide mystérieuse.


Ne souhaitant pas s’attarder d’avantage ils reprirent leur route, n’accordant qu’à leurs défunts compagnons qu’un regard ainsi qu’une brève bénédiction. Au bout d’une demi journée harassante les forts ennemis étaient en vue. Prudemment ils choisirent de longer le plus possible les montagnes afin d’éviter de se faire repérer. Leur stratégie se révéla payante, il ne croisèrent que deux ennemis à la lisière de la plaine pétrifiée. C’étaient deux membres de la Légion des Ténèbres. Ils attaquèrent le groupe à vue et la riposte fut sanglante. La victoire revint au groupe mais elle fut amère car deux compagnons de plus tombèrent durant la bataille. Les survivants s’emparèrent ensuite des rations de leurs ennemis qu’ils prirent pour de simples « charognards » qui écumaient la zone en quête de faibles victimes. Cet apport nutritif était le bienvenu car désormais il leur fallait affronter la Plaine Pétrifiée, cet endroit redoutable et redouté pour sa faune et son Horreur qu’on ressent à chaque regard posé sur les vestiges macabres qu’elle offre sans pudeur à ceux assez braves ou fous pour la contempler. Cette étendue immense jonchée de cadavres pétrifiés et à demi-décharnés qui hurlent aujourd’hui encore leur agonie était leur chemin…


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MessageSujet: Re: Ma Croisade.   Mar 3 Jan - 14:58

Trois jours…



Trois jours éprouvant à la limite du cauchemar furent nécessaires avant que la sentinelle du fortin le plus à l’Est ne donne l’alerte en apercevant deux silhouettes en approche. La première ressemblait à un homme encore jeune portant une armure draconique et deux grandes armes dans son dos. Il semblait porter ou aider à marcher le second, plus âgé visiblement blessé. Ils étaient tous les deux couverts de sang, apparemment le leur et celui d’autres créatures qu’il serait préférable de ne point croiser. L’armure du plus jeune était en piteux état - à en faire saliver un forgeron ou au contraire en devenant sa hantise – et en grattant quelque peu sous la couche de sang séché on pouvait reconnaître son appartenance à la caste des Combattants. Mais ils ne reçurent pas un accueil triomphant, loin de là. Ils venaient sans aucun doute possible des terres de Kali et même s’ils semblaient y avoir souffert la loi des lieux en faisant au premier abord des ennemis. Aussitôt une première vague de jeunes combattants se précipita vers eux, et ne reconnurent pas le Spadassin en raison de leur récente arrivée. Pourtant ils rengainèrent leurs armes quand une voix forte et claire les y exhorta. Un homme se tenait à la porte l’allure droite et se tenant la barbe. Caïn, le vieux Caïn comme on l ‘appelait ici.
« Le jeunot là j’le connais. Tirez vous vous autres » dit-il à la meute avant se s’avancer vers les deux rescapés.
Toutefois Caïn haussa un sourcil quand il vit les traits de Yolan.
« Bah ça.. Lieutenant ? » demanda t-il perplexe.


Yolan releva la tête comme si une part de sa vie qu’on avait trop longtemps enfermée derrière un rideau de ténèbres venait de ressurgir, comme déterrée. Empli d’une douce chaleur faisant dans la foulée ressurgir moult souvenirs moins lugubres que ceux concernant sa captivité il sourit brièvement au vieux combattant. Un des protecteurs descendit des remparts et les rejoignit peu après.
« Lieutenant !! On vous croyait perdu ! » s’écria t-il. Puis d’un geste il ordonna à deux soldats de descendre pour l’aider à le porter. Le spadassin resta seul avec Caïn.
« Tu te décides à rentrer ? s’enquit le vieil homme. Bien. Va te laver tu empeste le mort, ensuite tu nous raconteras tout ça... Le temps que tu te décrasses spadassin je ramènerai un Prodige.. »
« Mes blessures guériront » répondit le jeune combattant.
« On s’en fiche de tes blessures mon garçon, tu me suis.. » rétorqua Caïn avant de partir aussitôt.


Le vieux Combattant avait raison et le Spadassin le savait pertinemment. Ils avaient passé beaucoup de temps dans ce pays maudit. Il y avait senti la corruption plus intense que jamais tentant de se frayer un chemin dans son esprit lors de sa captivité. Pendant le retour au faire et à mesure qu’ils s’éloignaient du cœur du pays il la sentit s’atténuer mais jamais elle ne disparut, restant sous jacente. Il attendait désormais avec hâte la venue de ce Prodige et savait ce qu’il aurait à faire par la suite avant de retourner à Ankar. Un séjour à durée indéterminée en Forêt Mère s’annonçait afin de remédier à d’éventuelles séquelles.




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MessageSujet: Re: Ma Croisade.   Mar 3 Jan - 14:58

Jour du Métal, la nuit de mon retour dans le monde civilisé.



J
e reprends ici mon journal après mon exil de Kali et les mésaventures de Mashak la maudite, conscient et désireux de vouloir laisser une trace. Je me prénomme Khan, mais ceci n’est pas mon vrai nom. Il y eut jadis de sombres évènements, et pour préserver l’honneur de ma famille j’ai changé celui-ci. Ces quelques lignes seront peut-être perdues ou bien sombreront dans le néant, toutefois j’espère naïvement que les miens auront la possibilité de les lire un jour.


Le récit de mes mésaventures fut raconté le soir même autour d’une veillée improvisée sur les remparts. Caïn, le Prodige qu’il avait amené et les curieux les plus proches s’étaient rassemblés poussés par la curiosité et l’attroupement. J’ai fait en sorte de leur raconter fidèlement ce j’avais vu et vécu durant cette épreuve, retranscrivant au mieux noms et lieux. J’en voyais qui hochaient par moment la tête en approbation d’autres qui murmuraient entre eux d’un air septique. Et dès que j’ai terminé les combattants se sont éloignés par petits groupes en discutant et en commentant entre eux leurs impressions sur la véracité et les faits racontés tandis que les protecteurs reprenaient leur tour de garde sans sourcilier. Le Prodige fut le dernier à s’en aller après m’avoir longuement fixé droit dans les yeux. Je ne sais pas ce qu’ils font ni quelle magie ils usent dans ces moments là, mais c’est souvent dans ces instants qu’ils percent les esprits à jour. Et j’avoue qu’à un moment j’ai eu peur qu’il m’annonce une sale nouvelle…
Il m’a simplement demandé ce que je comptais faire à présent. Etonné je lui ai répondu que je comptais retourner quelques jours dans un village isolé en forêt afin de me changer les idées et prendre des nouvelles ; j’y avais affronté deux araignées des ténèbres pendant un voyage où j’essayais de remettre dans le droit chemin un homme si désespéré qu’il allait se livrer en pâture à la Fatalité. Je me demande ce qu’il est devenu, j’espère que je n’ai pas échoué et que lui non plus.


Je suis parti le lendemain matin de bonne heure après avoir récupéré Assran qui était resté tout ce temps aux écuries ; un jour d’absence de plus et je crois qu’il ne m’aurait plus accepté comme cavalier. Au crépuscule de la deuxième journée de voyage j’ai enfin pu apercevoir à l’horizon les fumées qui s’élevaient des habitations tapies dans la forêt, je n’étais plus très loin mais je devais me hâter d’y parvenir avant la nuit. Finalement je suis arrivé à destination juste avant qu’ils referment les portes de la palissade pour la nuit. Elle avait changé, plus haute et plus large et le bois était travaillé avec soin même pour des morceaux de troncs enfoncés profondément dans la terre. Les deux gaillards qui s’affairaient à refermer les portes m ‘étaient inconnus, la dernière fois que j’étais venu il n’y avait que peu d’hommes, la plupart dévorés par le couple d’araignées. Leur accueil fut glacial et suspicieux, ce qui semble assez logique pour une arrivée impromptue en pleine nuit. Finalement une âme charitable m’autorisa à passer la nuit sur une botte de paille dans les écuries, ce qui me sembla fort confortable comparé au traitement reçu à Mashak.


Le lendemain matin, après un sommeil étonnement reposant et un lit’’ confortable`je me suis réveillé devant le spectacle banal et quotidien de la vie d’un village. Les chasseurs allaient et venaient par la porte désormais réouverte portant sur leur dos le gibier qui nourrirait la communauté. Non loin j’entendais le caquètement de la volaille et des autres animaux d’élevage tandis que résonnaient de façon discontinue des coups de marteau sur le métal. Les cris des gamins qui jouent, leurs mères qui leur passe un sermon tandis que deux paysans ricanent en travaillant la terre, le clapotis de l’eau qui goutte le long des toits et choit sur le sol.. Je regardais ces gens vivre en paix et vaquer à leurs occupations quotidiennes, ces petites choses dérisoires qui à cet instant me paraissaient à la fois belles et nouvelles. Et j’avoue que pendant un moment je les ai enviés. Mais une tape sur l’épaule m’arracha à ma contemplation et je découvris en faisant volte face les traits jovials d’un homme qui me souriait gracieusement. Je ne l’ai pas reconnu sur le moment, car je ne l’avais pas revu depuis longtemps et surtout que désormais il souriait et n’avait plus le teint livide, mais plutôt de celui de quelqu’un d’heureux. Ce n’était autre que Jolan, ce même Jolan que j’avais presque amené ici de force pour qu’il oublie ses idées et pulsions fatalistes.


Sans trop comment réagir ni être adepte des mondanités je me suis contenté d’un éternel hochement de tête cordial, qu’il me rendit d’ailleurs. Il m’a ensuite invité prestement à venir chez lui me restaurer et m’héberger. Il était si enjoué et guilleret que je n’ai même pas eu le temps de refuser poliment et que je me retrouvais déjà devant sa demeure. Une maison en bois visiblement récente avec une porte massive et bien travaillée. Sans doute y était-il pour beaucoup dans sa construction ainsi que les autres nouveaux bâtiments que j’avais aperçus en arrivant. Depuis mon arrivée j’allais de surprises en surprises et j’avais parfois peine à reconnaître ce paisible village que je connais bien. La population était plus nombreuse qu’à mon départ, les maisons plus importantes et les bâtiments et habitations rustiques avaient fait place à de nouvelles demeures accueillantes. Seuls quelques irréductibles anciens avaient souhaité conserver leur case traditionnelle, probablement chargée de souvenirs et d’histoires. Ma sympathie leur allait de leur côté j’aurais sans doute fait de même... Néanmoins même si j’avais amené Jolan dans ce lieu afin qu’il recommence sa vie je ne m’attendais pas à ce qu’il la réussisse à ce point. Profitant de l’absence d’un réel charpentier il put facilement s’intégrer à la vie de la communauté et son travail devenant peu à peu reconnu lui assura une vie à l’abri de la faim. D’ailleurs il devait se rendre dans la cité de Dungard au prochain augure du Métal m’a t-il confié. Apparemment il avait réussi à reconstruire sa vie sur les cendres de son ancienne, peu en était capable et je saluais cet exploit que peu réussissent, trop peu…


J’ai passé une nuit confortable, trop à mon goût au point que je n’ai presque pas fermé l’œil de la nuit et l’ai passée à mettre à jour mon journal comme en ce moment même. Je ne suis plus habitué au confort, je n’y ai jamais été habitué je crois. « A vie rude homme rude » disait mon Oncle... J’observe par la fenêtre l’Aube qui tarde et le village encore endormi ou presque. J’aperçois déjà quelques cheminées qui fument ainsi qu’une poignée d’ombres qui dansent autour d’une bougie devant les fenêtres à demi éclairées. La vie s’éveille peu à peu, paisiblement.
Peu après le premier repas de la journée j’ai remercié mon hôte et l’ai laissé retourner travailler tandis que je flânais et redécouvrais ce paisible village. J’ai marché un moment faisant le tour de chaque nouvelle structure que je ne connaissais pas ou m’attardant devant des scènes quotidiennes et banales mais qui pourtant avaient un parfum de sucre et de miel. Je me suis surpris à m’émerveiller devant des gamins qui jouaient ensembles, devant une femme faisant la cuisine pour sa famille ou bien un jouvenceau tentant de conquérir le cœur d’une donzelle. J’ai savouré ces petites choses bénines qui pourtant me faisaient le plus grand bien comme une grande bouffée d’air frais. Machinalement je portais encore mon armure et mes armes dans le dos et je sentais à leurs regards et à leurs attitudes toutefois respectueuses, une certaine gêne voir une inquiétude. Pour ceux qui se rappelaient de moi la dernière fois que j’étais venu ici j’avais combattu ce couple d’abominations qui décimait la population. Peut-être interprétaient-ils ma venue comme un mauvais signe, présage d’autres malheurs à venir...Et quelque part je culpabilisais d’être source de tourments à ma façon. Ainsi par respect pour eux j’ai troqué mon habituelle armure ainsi que mes armes contre une tunique de cuir et un pantalon de cuir et reprit mes errances pieds nus, sans armes ni armures.


Ces gens étaient des gens simples et braves. Ils ne se souciaient guère des luttes et des batailles qui se déroulent dans le monde, trop soucieux et préoccupés de vivre en paix et à l’abri de la famine. Leurs intérêts et leurs efforts ne vont pas dans le sens commun de ceux qui vivent dans les cités. Ils mènent une vie humble, faite de labeur et de prières. J’ai rarement vu autant de ferveur et de Foi chez un peuple à part ici, sans doute la petite communauté de Prodiges qui s’y était établie y est pour beaucoup. Etrange d’ailleurs, je n’en ai pas ou peu vu, je crois qu’il n’en reste qu’un. C’est regrettable qu’ils se fassent si rares. Leur voie et leur enseignement sont à mon avis le plus dur chemin tracé par les Grands Dragons ce qui explique leur rareté et leur importance. J’ai beaucoup appris à leur contact notamment auprès du vénérable Père Lo qui m’a accordé cette chance incroyable. Et depuis je leur accorde toujours un grand respect pour ce qu’ils sont et ce qu’ils accomplissent. Je me rappelle encore quand j’étais un aspirant insouciant et borné n’écoutant pas toujours leurs précieux conseils...Cette époque d’insouciance me paraît si lointaine hélas, moi qui ne suis pourtant pas un vieil homme. Sensation déconcertante que de se sentir à la fois si vieux et comme un enfant qui s’émerveille pour la première fois devant toutes ces petites choses. L’herbe humide sous mes pieds nus, la brise fraîche d’un matin qui s’installe...


Je me sens différent, je me sens reposé, en paix. Ma colère et ma rage semblent s’être apaisées dans ce havre de sérénité. L’instinct du guerrier s’endort dans cette tranquillité confortable et mes soucis s’estompent. Pas de morts, pas d’abominations, pas d’aspirants chaotiques ni casse pieds, ni d’ennemis qui ressurgissent du passé, juste le calme et la prière. Je ne sais pas quelle magie est à l’œuvre ici, je ne saurai la définir ou la décrire mais je suis forcé de constaté qu’il règne ici quelque chose d’apaisant pour l’âme.. C’est ici pour la première fois depuis trop longtemps que j’ai eu une vraie nuit de sommeil sans cauchemars.
Les journées j’offre mon aide et ma force aux paysans dans leur labeur, surpris de découvrir que je pouvais faire autre chose que tenir une arme et détruire ce que je touche. Je n’avais pas ressenti cette sensation depuis..mon fils... J’apprends beaucoup au contact de ces gens qui travaillent la terre nourricière. Ils ont une forme de savoir et de respect pour elle qu’ils se transmettent de famille en famille, c’est là leur bien le plus précieux. Ces choses là me sont étrangères.. J’ai enfoncé ma main dans la terre et en ai sorti une motte fraîche que j’ai malaxée entre mes doigts tout en m’interrogeant. Je songeais à tout ce que j’avais croisé et connu avant d’arriver ici et ce que j’ai appris depuis mon arrivée. Et tout en pensant, je fixais cette terre que je rendais malléable entre mes mains sales et usées. « La terre tâche moins que le sang hin ? » m’a demandé l’un des fermiers m’arrachant à mes réflexions. S’il savait combien il a raison... Pendant un moment j’ai envisagé ce qu’aurait pu être ma vie autrement. Et quand j’ai réalisé que je venais d’y penser j’ai compris que le mal avait été fait... Je me suis fait surprendre à douter, à rêver. Ou peut-être était-ce tapis en moi attendant le moment opportun... Quand j’étais jeune je rêvais de combattre pour rendre ce monde meilleur et ainsi qu’il n’y ait plus besoin de combattre si ce n’est pour le plaisir et l’entraînement. Quel naïf j’étais... Ce monde ne cessera jamais d’être dangereux ou en guerre et à chaque ennemi vaincu un autre le remplacera. Les héros tombent, les ordures elles se régénèrent.


Mais un regard par-dessus mon épaule m’arrache à mes pensées, des enfants et un adulte penchés derrière moi essayaient de déchiffrer les mots que j’inscris dans ce journal. Oui, c’est une vie simple et paisible ici... Je regarde ces enfants insouciants qui jouent et je comprends. D’abord par une étrange et familière sensation de chaleur qui envahit ma poitrine puis par des images et des mots. Mon instinct, ma Foi se réveillent et s’enflamment poussés par la volonté du guerrier, aussi froide et inflexible que l’acier forgé dans la fournaise.
Je comprends que si je veux qu’ils aient un monde meilleur où vivre à l’abri de la Corruption et des Guerres je dois remplir mon rôle. Je suis un guerrier, un Combattant je ne sais faire que ça, mais je le fais bien. J’étais venu ici panser mes plaies de l’âme suite à mon séjour en Kali mais je n’avais pas idées qu’elles étaient aussi anciennes et profondes. Mais ce temps là est révolu. Je ne sais pas si je changerai la face du monde à moi seul et rachèterai mon Nom, mais il ne sera pas dit que je n’essaierai pas, aussi fou et vaniteux que cela puisse paraître à certains.


Je me suis levé et allais me diriger vers le coffre où j’avais rangé mon équipement quand une main se posa sur mon épaule. Me retournant je vis les trois écailles tatouées sur le crâne du dernier Prodige du village qui me dit simplement.
« Maintenant que tu as compris, poursuis ton chemin ».
Je l’ai salué d’un profond hochement de tête me demandant si les Prodiges pouvaient communiquer par la pensée quelle que soit la distance, mais surtout ces mots m ‘avait conforté. C’est peut-être ça que j’étais venu chercher…
En reprenant mon équipement et revêtant mes armes je repensais à mon séjour ici. Le temps était venu de partir et de finir ce que j’avais commencé par le fer et le sang, mais cela me peinait de quitter cet endroit si paisible. J’y reviendrai sans doute, quand tout sera fini... j’espère.
Avant de partir j’ai remercié mes hôtes ainsi que les habitants dans leur ensemble puis j’ai franchi les portes du village sans me retourner emportant dans un petit sac une motte de terre en souvenir…


Mais il est déjà temps de tourner la page cher journal, toi témoin de ma croisade. Demain sera un autre jour, une autre bataille, une autre quête..

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MessageSujet: La Prophétie    Mar 3 Jan - 14:59


« Des déserts brûlants aux montagnes glacées,
Séparés à l’enfance par la main de la Fatalité,
L’un perdu dans le présent, l’autre dans le passé..
Ils erreront par le monde sans se retrouver,
Jusqu’à ce que la sueur et l’acier
Réunisse sous l’Etoile Bleue le sang dispersé
Et les conduise jusqu’à l’héritage brisé,
Afin que la vérité enfin soit révélée.. »





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MessageSujet: Re: Ma Croisade.   Mar 3 Jan - 14:59

La plaine pétrifiée…




Sur cette étendue désolée et maudite à jamais résonnent encore les cris et l’agonie de ceux qui sont morts lors de cette bataille légendaire. Parfois une brise funeste se lève et colporte avec elle ces témoignages, vestiges d’une horreur passée. Et au beau milieu de la désolation, au cœur de cette arène macabre, baignés par un nuage de cendres, s’affrontaient en duel deux ombres implacables avec pour seul langage celui du fer et du sang. Devant les yeux et les crânes pas encore totalement décharnés des morts combattaient un jeune citoyen et un homme plus âgé, et plus sombre aussi. Deux ennemis désormais anciens, liés par la mort et le combat qui s’étaient une fois de plus retrouvés en ce lieu maudit devenu le théâtre de leur destin. Nul ne sait depuis combien de temps masse et épée s’entrelaçaient ici dans ce ballet mortel, nul observateur ne pourra témoigner de la victoire de l’un ou la mort de l’autre. Mais tous deux ne sont pas ici pour ça, ils se sont retrouvés ici parce qu’ils en ont fait le choix. Que ce soit celui de racheter un homme en suivant sa voie ou bien de se raccrocher à celle qui fut la sienne il fut un temps…


Les deux ombres se figèrent, s’observant comme deux prédateurs à l ‘affût. La jeunesse contre l’expérience, l’épée contre la masse, le combat semblait un peu plus équitable que d’ordinaire. Tous deux haletaient cherchant souffle et énergie nouvelle parmi cet air empoisonné et putréfié. L’armure du citoyen était endommagée par endroits, signature d’un coup de masse d’arme attentionné qui elle avait perdu quelques-unes unes de ses pointes. Puis le plus jeune se repositionna en défense, bien encré sur ses appuis invitant le sombre guerrier à charger. Il fut exaucé.
D’un air nonchalant son adversaire se rua sur lui masse brandie, et l’abattit violemment sur le côté mais fut paré tant bien que mal par celui qui portait des marques de Spadassin. Ce dernier tout en grimaçant lors du choc parvint à reprendre équilibre et lancer un contre. Il commença par une feinte de corps suivie aussitôt d’un large coup latéral afin de forcer son adversaire à parer tout en s’avançant, poing en avant pour frapper au visage désormais ouvert à cause de la parade forcée. Pour la deuxième fois qu’il utilisa cet enchaînement il fit mouche, ébranlant son adversaire choqué…
« Où as-tu appris ça? Qui te l'a appris? » demanda t-il soudain le regard perturbé
« Tu m'as déjà posé la question. Je t'ai dit mon Oncle, remet toi en garde maintenant ou rend toi » rétorqua le Spadassin .
«Non.. cela ne se peut. » Déclara Orhan en secouant la tête.
« Arrête ton cirque et remet-toi en garde, et laisse mon Oncle en paix sinon je te le ferai payer. » rétorqua le Combattant prenant cette tentative pour une ruse.


Le visage de guerrier tourmenté s’assombrit d’avantage, perdu dans ses pensées. Le Spadassin exaspéré se décida à charger pour l’inciter à se concentrer mais fut contré, bien que son adversaire ne soit plus du tout dans le combat... Puis il reprit la parole.
« Etait-il…un Protecteur ? »
«Pendant de nombreuses années oui » répondit le spadassin.
« …. Quel est ton nom Spadassin? » s’enquit Orhan.
« Tu le sais très bien. » répondit sèchement le Combattant.
« Ton Vrai nom je parle.. » déclara Orhan avec un sérieux effrayant.


Le Spadassin blêmit un instant. Orhan eut sa réponse et fit demi tour. Le combattant eut beau hurler et l’inciter à revenir, il ne se retourna pas. D’autres questions venaient de surgir mais aucune réponse à leur apporter…
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MessageSujet: Re: Ma Croisade.   Mar 3 Jan - 15:00

Je me nomme désormais Orhan. Ceci n'est pas mon vrai nom, mais il y eut jadis une guerre et la personne que j'étais est morte. Cette époque me semble déjà si lointaine, et le peu dont je me souviens n'est que vestige illusoire d'une autre vie. J'étais un guerrier, un homme, et un poète..je ne suis plus qu'une ombre errante et prisonnière de ses actes. Mon passé, ma vie m’ont été arrachés car j’ai été coupable… et pour cela j’ai été puni et d’autres injustement par ma seule faute.

Mais pourtant un événement inattendu s’est produit, encore avec ce jeune écervelé qui semble décidé à ne pas mourir ni renoncer à son utopie. Maintes fois nous nous sommes déjà croisés et affrontés ; étonnant d’ailleurs que je ne me sois pas décidé à le mettre à mort, cela viendra sans doute quand il ne me sera plus utile.. Mais par deux fois déjà sa façon de combattre m’a interpellé, c’est trop pour une coïncidence.. Je n’ai connu qu’une seule personne usant cette technique, une seule l’employait..Ce n ‘est pas normal…

Mes souvenirs me brûlent l’âme, aussi tranchants que du verre dans la chair.. Je revois des choses anciennes, oubliées.. belles, mais tellement douloureuses. Je ne devrais plus repenser à tout ceci, ce temps est révolu. Par mes choix j’ai quitté ce monde pour celui de l’Ombre. Rejeté par tous aussi bien dans un camp que dans l’autre je dois accepter mon fardeau et ma peine. Je n’espère rien, j’ai renoncé au simple fait de croire, cette partie là aussi est morte il y a des années...

Mais il est déjà temps de tourner cette page, mon funeste journal, toi témoin de mon sombre chemin d'errance. J’irai revoir ce gamin bien assez tôt, demain est un autre jour, une autre malediction..



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MessageSujet: Re: Ma Croisade.   Mar 3 Jan - 15:00

Jour de l’écume :





J
e me prénomme Khan, mais ceci n’est pas mon vrai nom. Il y eut jadis de sombres évènements, et pour préserver l’honneur de ma famille j’ai changé celui-ci. Ces quelques lignes seront peut-être perdues ou bien sombreront dans le néant, toutefois j’espère naïvement que les miens auront la possibilité de les lire un jour…


Je suis parti avec un groupe de protecteurs et de combattants en terres fatalistes, nous avions pour ordre de trouver et capturer si possible les membres d’un campement isolé que des éclaireurs avaient découverts, les Protecteurs suspectant leur appartenance à la Légion des Ténèbres. J’en ai déjà croisé et affronté plusieurs lors de sorties dans ce pays maudit, ce sont de rudes adversaires mais au-delà on a l’impression de se battre contre un ennemi à plusieurs têtes, même si on réussit à en vaincre un détachement d’autres reviennent très vite les remplacer. Ajoutez au nombre leur connaissance du pays et le fait qu’ils n ‘aient pas à se soucier d’y rester trop longtemps, on obtient très vite un problème empoisonnant. Et cette fois encore ces hommes ont tenu leur réputation.






Nous avons effectivement bien trouvé le campement indiqué, mais nous ne nous attendions pas à tomber dans une embuscade. Nous avons été pris en étau entre le campement et leurs renforts qui attaquaient à revers. La bataille s’est très vite engagée, le capitaine qui menait notre groupe n’a même pas sourcillé. Sur un seul ordre ses hommes ont formé des rangs épais et parfaitement alignés sur lesquels vinrent s’écraser la charge ennemie. Aucun des deux fronts ne fut perforé. Ce fut alors à nous de lancer la contre offensive. Les rangs de soldats s’écartèrent et de chaque fissure jaillit un combattant arme au poing. L’acier rencontra la chair une fois de plus et des cadavres peu à peu se mirent à joncher la terre toujours assoiffée de sang.. Bien qu’inférieurs en nombres nous sommes parvenus à les repousser et à faire des prisonniers, toutefois moins que de morts.. Nombre de combattants hélas ont péri aussi dans la bataille, décimés en partie par des archers postés sur une bute. Les protecteurs ne comprirent pas ce soudain chagrin dans nos rangs, nous avions perdu de bons guerriers, la plupart anciens ici, et beaucoup avaient trouvé la mort par une flèche traîtresse...La guerre est ce qu’elle est, les destins des hommes sont scellés dès que le premier sang est versé mais ces braves auraient mérité une meilleure mort…
A croire que dans ce sinistre pays même la mort est fourbe.


L’expédition s’est donc terminée ainsi, sur un goût amer et un sentiment d’échec. Je traînais les pattes derrière la file quand j’ai cru apercevoir une ombre un peu plus en hauteur. Une haute silhouette vêtue d’acier de et de fourrure portant une masse que je reconnaîtrais entre mille. Etrange type, plein d’ombre et de mystères. J’espère pouvoir arriver à le ramener un jour, peut-être trouvera t-il ses réponses et moi les miennes qui sait...
Mais ce qu’on désire le plus est hélas ce qui nous est le moins accessible. Je revois encore quand le soir mon esprit s’égare ses longs cheveux noirs... J’espère qu’elle va bien où qu’elle soit..


Mais il est déjà temps de tourner la page cher journal, toi témoin de ma croisade. Demain sera un autre jour, une autre bataille, une autre quête...






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MessageSujet: Re: Ma Croisade.   Mar 3 Jan - 15:00

Champ de bataille de la Plaine Pétrifié, endroit « habituel »...




Au cœur de la cendre et de la poussière en suspension se tenaient deux ombres connues de ces lieux. La clameur de leur affrontement avait parcouru la vaste plaine morte, répandant la rumeur d’une bataille féroce et engagée. Chaque habitant ,combattant draconique ou corrompu fut informé de la fureur qui se déchaînait non loin de là. Puis le clash des armes et des boucliers fracassés sembla poignardé par le silence. La bataille avait cessé aussi violemment qu’elle était née, mais aucun témoin ne put en témoigner l’issue à part les rangs de cadavres prisonniers de la terre et les crânes muets qui fixaient la scène de leurs orbites vides…


La lame pointée sur sa gorge, le sombre guerrier resta longtemps immobile et impassible avant d’effectuer l’esquisse d’un geste. L’arme brandie ne vacilla point non plus, même si l’effort arracha à son possesseur une légère grimace qu’il tâcha d’effacer. Les deux adversaires continuèrent de s’observer attentivement, sur leurs gardes et dans le silence le plus implacable qui soit, se préparant à la suite du combat...


« Mhhhh me voilà donc à ta merci... S'il te plaît, qu'on en finisse rapidement.. » Demanda le funeste guerrier d’un ton presque suppliant.
« Non. Je vais te mener hors de ce pays, jusqu’à Temeth où des sages s’occuperont de toi. Mais s’il s’avère que tu refuses ou persistes, tu finiras entre les mains des Protecteurs et confié à la Justice des Ailés. » Déclara le Spadassin.
« Mhh que de bonté…Même après tout ce temps et les raclées que je t’ai infligées? N’as-tu pas de fierté ? Ou bien t'es tu affranchi de toute forme de vengeance? » s’enquit le prisonnier
« Si, mais j'ai d’avantage de lucidité. Ces tours là ne te mèneront nul part sinon à la plus proche commanderie. » Répondit le Combattant sur un ton légèrement plus sec.
« Soit, alors je te suivrai, puisque tu m’as battu. » se résigna t-il.
« Tâche de ne pas faire de choses stupides en route, je t’offre une chance, ne la gâche pas. » dit le Spadassin un peu plus doux.
« Bien, il semblerait finalement que tu aies progressé, Batou.. » Déclara le guerrier.
« … !? Co.. comment ? » S’estomaqua le Combattant poignardé par la surprise.
« Oui, c’est bien toi je pense, les coïncidences sont bien trop nombreuses... Même les paroles du vieux fou... » répondit calmement son interlocuteur
« Quel vieux fou ? Quelles coïncidences ? Mais de quoi parles tu? Et comment.. ? » S’enquit le Spadassin.
« Dis moi Batou, ton oncle ne s’appelait-il pas Ogodeï ? Protecteur de son état ? N’est-ce pas lui qui t’a appris cet enchaînement que tu as utilisé plusieurs fois ? » Demanda Orhan.
« Comment connais-tu son nom ? REPONDS !!! » Cria l’aspirant paladin, choqué et peu rassuré de ces informations qu’il pensait seul à connaître.
« Alors c’est bien toi Batou. Etonnante rencontre... Etonnant lieu pour des retrouvailles… petit frère.. » Dit Orhan le plus sincèrement du monde tandis que le visage du Spadassin se décomposait.
« Mensonges.. ! » s’exclama le Combattant en serrant les dents, ne se rendant pas compte qu’il relâchait la prise sur son arme..


Erreur stupide qui comme toutes les autres se paya cher, très cher. Alors qu’une tempête d’émotions et de souvenirs ébranlait l’esprit du Spadassin son adversaire en profita pour le désarmer et le tenir en respect, inversant ainsi les rôles avec une insolente ironie. Cependant, afin d’être sur que ce jeune impétueux ne tente pas à son tour de renverser l’équilibre du combat il fit en sorte de le mettre à terre pour un moment, poings et pieds aidant. Une fois certain d’être en position de force il hésita un moment en regardant le combattant étendu par terre. Une pulsion soudaine faillit lui faire abaisser l’arme sur le crâne du malheureux mais pour la première fois depuis bien longtemps il épargna une vie, à sa grande surprise. Sentiments oubliés, souvenirs d'une vie passée et volée, il faillit à nouveau l'achever pris d'un spasme de douleur psychique.. Puis il leva les yeux vers le ciel..
« Des déserts brûlants aux montagnes glacées,
Séparés à l’enfance par la main de la Fatalité,
L’un perdu dans le présent, l’autre dans le passé..
Ils erreront par le monde sans se retrouver,
Jusqu’à ce que la sueur et l’acier
Réunisse sous l’étoile bleue le sang dispersé
Et les conduise jusqu’à l’héritage brisé
Afin que la vérité enfin soit révélée.. »
Déclara t-il.


«Maintenant écoute moi, écoute moi bien, car voici l'histoire de ton sang... Notre histoire..»





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MessageSujet: Re: Ma Croisade.   Mar 3 Jan - 15:01

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MessageSujet: Re: Ma Croisade.   Mar 3 Jan - 15:02

Ankar, une vingtaine d’années auparavant..





Dans une bâtisse ancienne chargée d’histoire et de gloire naissait l’héritier d’une longue famille, un enfant mâle qui serait destiné comme ses ancêtres avant lui à suivre le chemin des Combattants et perpétuer le nom ainsi que les traditions. Il fut appelé Orhan. Très jeune il fut éduqué en ce sens, s’entraînant quand les autres enfants jouaient, pansant ses blessures quand ils riaient. Non pas que ses parents furent des bourreaux dénués d’affection, au contraire cette famille s’aimait sincèrement et l’hygiène de vie des combattants faisait partie intégrante du noyau familial. Cet amour donna d’ailleurs naissance à un deuxième enfant dix ans après la naissance d’Orhan. Ce dernier eut la chance de grandir comme les autres et devint très vite un garnement teigneux et parfois bagarreur, voir pugnace. Ce fut une époque prospère pour cette famille, rythmée par les facéties et les progrès des deux héritiers. Bien que leur père, Combattant lui aussi, soit régulièrement absent il leur transmit les premières bases d’une bonne éducation draconique soutenue par la présence et l’attention d’une mère aimante et douce nommée Cassandre.


Les années passèrent et avec elle l’insouciance d’une vie oubliée. L’aîné devint Apprenti-Combattant sous le regard envieux de son jeune frère âgé de 7 ans. Un Honneur pour la famille et ses ancêtres qui perpétuait ainsi une très longue tradition. Formé depuis sa jeunesse ce jeune apprenti fit tôt parler de lui par de nombreux faits d’armes qui évincèrent même ceux de son propre père désormais affaibli par l’âge. Un chemin glorieux se présentait à ses pieds, parsemé de batailles et de victoires qui rejaillissaient sur le blason familial. Mais les sentiers de l ‘existence sont parfois aussi sinueux et torturés que l’esprit humain et l’on ne sait jamais quelle rencontre nous attend au détour d’une route. Si jeune, si fougueux et si sur de lui, le jeune Orhan ne soupçonna pas que le cœur des hommes était recouvert de failles traîtresses et tentatrices, car les femmes savent hélas combien ce cœur est aisément corruptible... Il fut touché par le mal le plus ancien qui soit, la Passion, qui prit les traits d’une magnifique jeune femme aux cheveux bruns et aux yeux profonds couleur saphir. Elle était si belle qu’il n’en crut pas ses yeux et pensa même s’être égaré dans un rêve, un rêve duquel il ne voulait plus s’éveiller. Deux regards qui se croisent, un sourire à demi caché, et une destinée se scella ainsi que celle de sa lignée…

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Il n’avait connu que la rigueur et le labeur, elle lui offrit la douceur et la volupté d’une existence sans morts. Il est dit que même les plus imposantes montagnes possèdent en leur sein d’innombrables fissures qui les sillonnent, et la passion eut tôt fait de s’y infiltrer pour le consumer de l’intérieur. Mais le guerrier ne connaît jamais le repos, et si par malheurs il y goûte il connaîtra un supplice dont il ne soupçonnait pas l’existence quand il devra y renoncer. Car les belles choses ne sont jamais faites pour durer, c’est ainsi qu’est ce monde depuis toujours et il ne fallut pas longtemps pour que le Devoir et l’Honneur viennent frapper à la porte du jeune insouciant qui se repaissait des bienfaits des sentiments et de la chair. Sa famille d’abord qui avec cris et larmes tenta de lui faire entendre raison, suivie de près par la Caste qui voyait d’un mauvais œil l’attitude passive et la récente paresse du jeune Combattant. Mais tous ignoraient et Orhan le premier que cette jeune et belle amante qui causa tant de troubles n’était pas une simple intrigante.. Il n’y a pire combat que celui qui déchire l’esprit humain quand il est confronté à un dilemme, écartelé entre deux choix cruciaux qui ne lui apporteront chacun que souffrance. De violentes disputes éclatèrent entre le père et le fils aîné, sous le regard naïf et interdit du plus jeune qui n’avait alors que 10 ans et que sa mère serrait contre elle pour tenter de cacher la scène d’une famille qui se déchire. Une porte qui claque brutalement et qui ne se rouvrira plus, un fils tourne le dos à son père, à sa famille, à ses devoirs et à ses ancêtres, pour les caresses d’une femme...


Ce soir là le jeune garçon ne trouva pas le sommeil. Sans cesse défilaient dans son esprit les dures images de la dispute quelques heures auparavant. Il n’avait que 10 ans, mais il avait compris qu’il ne verrait plus jamais son grand frère et il ne pouvait s’y résoudre. Alors, quand la nuit fut bien avancée, il quitta sa couche et sortit de la demeure sur la pointe des pieds. Il n’avait jamais eu la permission de sortir le soir car ses parents souhaitaient le préserver lui et son innocence des vices et dangers de la faune nocturne, à juste titre… Cette nuit là son regard d’enfant candide se posa sur la misère, la violence et l’agitation nocturne d’une grande cité. Les marchands et commerçants étaient devenus des voleurs, agiles et sournois prédateurs cupides. Les grandes femmes aux jambes si longues à ses yeux n’étaient vêtues que de voiles ridicules et indécents, masquant à peine la chair offerte aux yeux voraces. Les duels ne se déroulaient pas tous selon et pour l’Honneur, mais opposaient beaucoup de querelles d’ivrognes. La magnifique cité de lumière et de feu qu’il connaissait s’était muée en une dangereuse citadelle tout aussi agitée, mais faite d’ombres et de torches sombres projetant de noires silhouettes mouvantes et inquiétantes. L’enfant fit malgré lui un grand pas vers le monde des adultes en découvrant ainsi brutalement la dépravation humaine, et cette vision le dégoûta à vie. Mais malgré son dégoût, sa peur et le fait d’être perdu dans cette jungle chaotique, il continua à arpenter les rues pour trouver son grand frère, en vain. Il erra durant de longues et interminables heures jusqu’au petit matin, moment pour lui de rentrer au plus tôt à la maison afin d’éviter une grosse punition.



Le cœur gros et l’échec dur à avaler, il se précipita chez lui de peur de prendre une bonne correction mais en espérant y retrouver aussi son grand frère. Mais devant la maison ne se trouvait pas celui qu’il espérait. A sa place se tenait un cortège de badauds, citoyens et sans castes agglutinés vers l’entrée de la demeure comme devant un spectacle. Un funeste spectacle. L’horreur n’attend point le nombre des années… Pris au ventre par un effroyable sentiment il tenta de percer la foule elle-même choquée, de plus en plus effrayé de découvrir quelle vérité se cachait derrière ce rideau de personnes aux faciès pâles et écœurés. Il ne voulait pas voir, il ne voulait pas savoir mais il devait avancer quand même, comme un pion damné dans un jeu cruel. Il pouvait à présent distinguer la porte d’entrée qui ballottait grande ouverte selon les caprices du vent, et il vit du sang... Mais avant qu’il ne tente de s’engouffrer dans sa maison une main puissante et ferme le saisit et le repoussa en arrière, puis un homme en armure se dressa devant lui. Il ne savait que très vaguement ce que représentait cette armure et cette croix qui orne le plastron des Inquisiteurs, et peu lui importait sur le moment qui étaient ces hommes froids et durs. Durant plusieurs années il fut longtemps persuadé qu’ils étaient les responsables de toute cette tragédie, mais ils ne faisaient que leur devoir. L’embryon de révolte fut étouffé par un homme leur ressemblant mais Protecteur seulement, un homme qu’il connaissait vaguement, bien que familier en apparence. Son oncle, le frère de son père, défunt en ce jour sombre. Sans dire un mot l’homme échangea quelques mots avec les Inquisiteurs et l’emmena vivre avec lui.

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Pendant les premiers jours qui suivirent le drame l’enfant ne prononça aucun mot tout comme son oncle. Les rires et l’innocence l’avaient quitté, l’enfant était mort sans grandir. Le vieil homme qui l’avait recueilli semblait lui aussi peiné mais jamais ne montra quelconque signe de tristesse devant lui, bien qu’il devint protecteur il fut élevé comme son frère comme un futur Combattant. Mais ce qui l’inquiétait le plus n’était pas le sort de ce jeune garçon qui même s’il l’ignorait avait eu beaucoup de chance. La source de ses soucis était le résultat de l’enquête menée après le meurtre de Cassandre et Yesugei Khan dans leur demeure à Ankar. Le coupable selon les témoignages serait leur fils aîné Orhan que des témoins avaient vu quitter la demeure ivre de rage dans la soirée. Ainsi Orhan fut activement recherché par les autorités afin d’être châtié comme les lois l’exigeaient. Ce dernier apprit la triste nouvelle dans la soirée après avoir émergé d’un lourd et douloureux sommeil et constata que sa couche avait été désertée par sa compagne ainsi que la chambre. Il fallut quelques heures à son esprit pour commencer à accepter la vérité, et des années à son cœur pour en faire le deuil ; celle qu’il aimait, pour qui il avait tout quitté était partie et n’avait laissé qu’un poignard maculé de sang sur un meuble. Poignard funeste sur lequel gisait le sang séché de son propre père et celui de sa mère. A peine sorti de l’auberge il fut dénoncé pour un crime dont il ignorait encore l’existence, et la violence de cette vérité soudaine l’ébranla profondément. Une tempête d’émotions se souleva en lui, colère, frustration, indignation d’avoir été berné, douleur et surtout inquiétude pour son petit frère. En effet les rumeurs parlaient du meurtre du père et de la mère mais il n’était mentionné nul part le sort du plus jeune des fils, à moins qu’il ne soit lui aussi accusé...


Alors Orhan drapé dans un large kiffa arpenta la cité et ses quartiers sombres à la recherche de son jeune frère. Pendant des jours et des nuits à crever de faim et à se cacher des gens et des autorités il chercha encore et encore jusqu’à remonter la piste le menant chez son oncle. Son frère serait peut-être en vie et en sécurité, leur Oncle Ogodei était quelqu’un de droit et de bien et pour la première fois depuis des jours il sentait en son cœur une pointe de soulagement inespérée bien qu’il n’y ait aucune confirmation que son frère vive encore. A ceci près que l ‘accueil ne fut pas celui souhaité. L’homme se dressa tout de fer et d’armes vêtu à sa vue. Orhan ne souhaitait pas combattre mais s’assurer que tout allait bien mais son Oncle avait vu l’horreur du carnage qui avait coûté la vie à son frère et sa compagne et ne pouvait se résoudre à laisser l’enfant entre les mains d’un tel boucher. Alors, sans mot dire il lui fit face et obligea son neveu à se battre malgré lui. Ce fut un combat brutal, terrible et surtout injuste qu’Orhan perdit suite à une feinte de son oncle non sans avoir blessé celui-ci. Mais Ogodei épargna son neveu et se contenta de le bannir, enfreignant ainsi ses serments de Protecteur. La famille autrefois baignée d’honneur et de gloire se brisa un peu plus encore.


C’est ainsi que débuta l’errance d’Orhan. Rejeté par sa caste et sa famille il quitta Kar et s’enfonça vers le pays de Kali poussé par le désespoir. Le doute et l’incertitude sur la mort de son jeune frère le rongeaient jours après jours comme une mauvaise herbe corrompue. Il découvrit ce pays et cette vaste plaine ravagée qui ressemblait de plus en plus à son âme brisée et tourmentée. Arpentant ce territoire dévasté tel un cadavre privé de tout élan vital et ruminant sa déchéance il devint une ombre, un prédateur de plus en ces lieux. Car même si le monde qui l’avait vu grandir et élevé l’avait banni et rejeté, il n’était pas prêt à rejoindre ce monde là qu’il tenait responsable de tous ces morts et ce malheur. Les années passèrent, longues et cruelles elles tentèrent d’arracher un à un ses derniers souvenirs de sa vie passée, l’écorchant d’avantage chaque jour. Son âme damnée ne trouvait point de repos ni de salut ni dans la mort ni dans le sang jusqu’à ce que la chose qu’il était devenu ne se trouve un semblant de but. Pointant du doigt la fatalité comme source de tous ses maux il se jura de la combattre à sa façon, et se lança dans une série d’exterminations sans précédents. Il tua tous ceux qu’il croisa, corrompus de voyage ou à la recherche de proie, victimes errantes comme lui à son arrivée, soldats et guerriers trop téméraires qui étaient pour lui de potentiels corrompus à tuer avant qu’il ne soit trop tard. Mais il ne fallut que peu de temps pour qu’il se rende compte que cette voie ne lui apportait aucun salut, aucun mérite ni réconfort. Il ne faisait que perdre un peu plus d’humanité à chaque fois ; ses moments passés avec son père et son frère semblaient si lointains qu’ils les attribua même à la vie d’un autre que lui..


Il n’était plus qu’une carcasse vide de toute émotion et de tout but, une âme écorchée et damnée condamnée à errer jusqu’à ce que la mort daigne bien accepter d’abréger ses tourments. Aussi, cherchant à forcer la main du destin il poursuivit son œuvre morbide et lutta avec hargne contre tous ceux qui foulaient cette plaine au point de finir rejeté par les deux mondes…jusqu’à ce jour où un jeune coq se présenta à lui avec la naïve intention de le sauver, ce garçon qu’il avait bien connu il y a dix ans et qu’il pensait mort. Ce garçon à qui on arracha son enfance pour qu’à son tour il devienne l ‘héritier de sa lignée avec pour but cette fois ci de laver l’affront causé par son aîné, au point de renoncer à son propre prénom. Son petit frère avait survécu sans doute grâce à son oncle et il était devenu un Combattant, un Spadassin qui le tenait en respect de sa lame après l’avoir vaincu dans un combat loyal, sous le regard tendre d’une discrète étoile bleutée..
Les deux frères étaient à nouveau réunis…


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MessageSujet: Re: Ma Croisade.   Mar 3 Jan - 15:02

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MessageSujet: Re: Ma Croisade.   Mar 3 Jan - 15:02

Frontière de Kar…


Une journée de marche avait suivi le récit d’Orhan sans que le Spadassin ne prononce un mot. Son frère quand à lui respecta le silence et le temps dont le combattant avait besoin pour accepter la vérité. Non toute sa famille n’était pas morte, non son frère aîné n’avait pas commis de paricide, mais par-dessus tout quelqu’un était responsable de tous ces drames et ce complot… Quelqu’un avait orchestré dans l’ombre ce carnage et l’anéantissement de cette famille. Quelqu’un, leur avait déclaré la guerre et avait porté son assaut en traître. Plus ces pensées cheminaient dans l’esprit du Spadassin plus celui-ci pressait le pas, sans mot dire. Le silence ne fut rompu qu’une fois arrivé au fortin, quand la sentinelle les aperçut.

« Halte ! Deux arrivants du côté de la plaine Lieutenant ! » s’écria t-il.
« Tiens, Spadassin ! T’es finalement revenu, et avec un souvenir en plus ? » demanda une voix familière sur le rempart. Le vieux Caïn, vétéran respecté contemplait les deux arrivants perché sur la muraille qui surplombait la porte.
« Tu pourrais descendre faire la bise alors ? » répondit le spadassin sous le regard perplexe d’Orhan.
« Désolé Spadassin mais tu piques trop pour moi ! » rétorqua le vieux loup en éclatant de rire.
« Je veux connaître vos noms, statuts et raisons d’être ici. » dit alors le Lieutenant, rappelant brusquement à tous quel était ce lieu et ses conséquences sur les hommes.
« Je suis le spadassin Khan, je reviens des terres souillées où je suis parti chercher cet homme et le ramener à Temeth. Il se nomme Orhan. » répondit calmement le combattant.
« Qu’a-t-il fait ? » questionna le Protecteur intrigué.
« Il n’a pas eu de chance et s’est retrouvé au mauvais endroit au mauvais moment. » dit alors le Spadassin réveillant la mélancolie d’Orhan.
« Mhhh c’est noté, vous pouvez passer Combattant. »

Après quelques formalités d’usage et saluts aux connaissances du fortin les deux frères s’installèrent sur une muraille pour savourer un repas composé de pain sec et d’eau à la lueur de quelques torches. Les deux hommes mangèrent en silence, face à face, sans échanger de regards. Dans la semi obscurité, leurs visages étaient le théâtre de jeux d’ombres et de lumière au gré des flammes. Et alors que les ombres évanescentes parcouraient leurs traits, soulignant une bosse, creusant une ride, jamais auparavant leur ressemblance n’avait été aussi frappante. Les mêmes gestes, le même regard, la même détermination… le même sang.
Curieusement et contre toute atteinte, ce fut Orhan qui se décida à briser le silence.


« Même moi j’aurais pensé à des retrouvailles plus chaleureuses. »
« … »
« Libre à toi, mon frère.. »
« …. Fous moi la paix… je me ramasse toutes ces révélations d’un coup tu permets… ? »
« Et ? Tu n’as même pas de questions ? »
« Lesquelles ? »
« Devine, pourquoi ? Comment ? Qui ..? »
« Oh si je me les pose crois moi, et quand je saurais ça va moucher rouge. »
« Sauf que pour le moment tu ne sais rien, ni où chercher ni qui, ni quoi faire de moi. Je me trompe ? »
« Pas faux. Je compte t’amener à Temeth plus particulièrement dans un village isolé en bordure. La vie y est calme et sereine, et les prodiges qui y sont très sages. »
« Là où tu as déjà amené un autre homme jadis non ? »
« En effet. Qu’aurais tu fais s’il avait été jusqu’en Kali ? »
« Je ne l’aurais pas laissé devenir un des leurs. »
« Mais cet homme était sans défense, désespéré.. »
« Mhhh… tu penses réellement.. »
« Quoi …? »
« Que.. je pourrais.. ‘guérir ’… »
« Je le crois oui. Tu n’as pas choisi cette vie que je sache. »
« … pas faux. »
« Je ne te dis pas que ça sera vite fait, ça prendra sûrement du temps. Et du travail. »
« Ca me va. Au moins j’ai un but.. »
« T’en as bavé ? »
« Ta science est digne d’une érudit.. »
« Ferme la j’essaie de faire la conversation. »
« Exercice périlleux pour toi je crois, non ? »
« …Non mais tu m’énerves là ! Tu veux que je te ramène là-bas par la peau du cou ?? »
« Je te signale que j’ai fini par gagner le dernier duel, comme la plupart avant. »
« J’avais une poussière dans l’œil et tu m’as endormi avec tes histoires ! »
« …
*Plisse des yeux* Mais c’est pas le genre d’histoires que je raconterai à des enfants, notre passé. »
« … le pire c’est que je te crois. »
« Pourquoi ne me croirais-tu pas ? »
« Rappelle moi où tu as passé ces dernières années ? »
« Je n’ai pas demandé à y errer. »
« Je peux savoir ce que tu y as fait tout ce temps ? »
« Je préfèrerais ne pas en parler. »
« Il faudra bien, si tu veux t’extirper un jour de tout ça. »
« Pourquoi tu as changé de nom ? »
« Parce que le notre est tâché de déshonneur et je voulais reconquérir l’honneur de la famille par moi-même, sans aide ni favoritisme. Alors répond toi. »
« J’ai fait… des choses innommables mon frère. Par colère et par vengeance. J’ai traqué tous ceux que je voyais arpenter la plaine… à la recherche de ceux liés à notre déchéance… Et ceux qui ont croisé ma route ont payé pour les coupables… même si tous ne devaient pas être des innocents. »
« ……… »
« Tu voulais savoir la vérité, non ? »
« C’est pas ça… Tu viens de dire : y a des salopards responsables de tout ça... T’en sais d’avantage ? »
« Quand cette fille a mystérieusement disparu, je l’ai cherchée pour la protéger vu qu’elle risquait d’être pourchassée comme moi. Mais je ne l’ai jamais retrouvée sauf lors de mes errances en ce pays. De honte et de rage j’ai versé des larmes… »
« Pourquoi? »
« Elle n’était pas ce qu’elle prétendait. J’ai eu la preuve et la certitude que cette fille fait partie des ordres noirs. »
« … *Plissement des yeux*… »
« Je l’ai vu, elle et d’autres attaquer une caravane et en massacrer les membres, mais le plus surprenant fut... la présence d’un sombre ailé. »
« Et merde… »
« Oui, c’est à prendre en compte en plus du reste. J’ai tenté de les suivre mais j’ai perdu leurs traces il y a longtemps. De ce que je sais et des rumeurs qui sont venues jusqu’à moi, cette… femme est à la tête d’un groupe de vauriens, et ils auraient repris les rennes de celui de Tullaris, que tu as parait-il défait. »
« C’est vrai, je l’ai vaincu. Cela t’ennuie ? »
« Non je préfère qu’il soit mort tu as bien fait. »
« J’ai pas cherché à le tuer je voulais le ramener indemne ! »
« C’est tout à ton honneur, et c’est là que nous sommes différents. Ne crois pas que je serai clément avec les assassins de nos parents. N’essaie même pas de retenir mon bras, petit frère. »
« ….. *Plisse des yeux* On en reparlera. Faut dormir maintenant. »
« Je sais aussi une chose, ils sont partis vers la capitale de Solyr y dérober un objet rare et puissant gardé par les Commerçants. Un objet que Tullaris désirait apparemment. »
« …….. »
« Quoi ? »
« Mauvais pressentiment, si c’est ce que je pense on partira demain de bonne heure vers Solyr, Temeth attendra un peu. »
« Te rappelles-tu ce passé qui me semble si lointain… quand nous étions tous heureux.. »
« Dors j’ai dit.. »
« Il y a longtemps que je ne dors plus. S’il te plaît mon frère, raconte moi qui nous étions jadis, parle moi comme si nous ne nous étions jamais quitté… »


Et, sous la bienveillance d’une petite étoile bleutée au milieu d’un ciel recouvert de ténèbres le Spadassin partagea ses plus riches secrets, ceux d’un passé sans morts ni chaos. Ils retrouvèrent fugacement, le temps d’une nuit la complicité de deux compagnons d’armes, de deux frères. Cette nuit leur parut courte, trop courte même. Il y avait tant de choses à dévoiler, tant de questions, tant de doutes...tant de temps à rattraper. Mais en cette nuit ils étaient réunis, ils avaient un objectif : trouver les responsables, soit afin de restaurer l’honneur de la famille, soit par vengeance. Et ils savaient désormais où chercher : Yris. Mais loin de se douter de quelle bataille ils allaient bientôt être les pions, ils venaient toutefois de faire le premier pas vers un destin qui commença une dizaine d’années auparavant avec leur séparation.
Et, trônant dans le ciel d’Yris, une étoile rougeâtre éclairait le ciel de Solyr de sa malveillance


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MessageSujet: Re: Ma Croisade.   Mar 3 Jan - 15:02

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