La Bataille d'Urfa

La légende des Paladins et des Prophéties oubliées
 
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 Décourir le monde..

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MessageSujet: Décourir le monde..   Mer 11 Juil - 18:36

Une petite ferme près de Giran, il y a 25 ans...





Une femme hurle sa douleur depuis déjà des heures tandis que s'affaire la sage femme. Pendant ce temps son époux veille à ses côtés en lui tenant la main et prie pour un dénouement heureux.
Un nouveau cri, de soulagement. Puis un cri, différent, plus aigu, plus nerveux.. et un enfant voit le jour. Il est le premier, l'aîné, c'est un garçon.

Il passa son enfance à soutenir son père dans les diverses tâches de la ferme. Une enfance humble mais heureuse, remplie d'amour et aussi de dur labeur. Entre temps, des frères vinrent s'ajouter à la petite famille, au nombre de deux. Il y eut d'abord Drelnas, plus hardi et teigneux que son aîné puis Erlan véritable terreur du potager et canaille comme le fut son père. Leurs parents avaient toujours été des gens très pieux, et souhaitaient transmettre à leurs enfants cette ferveur afin d'en faire des gens biens. Ainsi il n'était pas rare que les parents attendris passent une veillée à raconter l'histoire du monde, des dieux, et de ses dangers aussi. Les trois frères se noyaient dans une douce féerie en imaginant ces terres enchanteresses peuplées d’Elfes majestueux ou d’orques terrifiants. Le petit Gengis buvait avec gourmandise ces récits de héros bravant tous les dangers guidés par un seul idéal, leur Foi. Combien de fois n'endossa t-il pas le rôle d'un preux chevalier lors de jeux fraternels. Mais il était fils de paysan, de gueux. Ce n'étaient que rêves et chimères...

Les années passèrent, apportant leurs lots d'épreuves et de récompenses jusqu'au jour où la fille cadette de la ferme voisine disparut. La famille Delmeth fidèle à ses principes prêta son aide afin de retrouver l'enfant. Gengis prit une fourche et partit dans les bois les plus proches tandis que ses frères partirent avec chacun un parent. Et alors qu'il scandait le nom de la fillette dans chaque clairière, un cri lui répondit. Un cri de peur.. Alors, le coeur battant à sortir de sa poitrine, il se rua dans les fourrés à la recherche de la source de ce cri. Plus il courrait plus il doutait ; avait-il pris la bonne direction? Arriverait-il à temps..?

La réponse fut sans équivoque quand il aperçut deux loups juchés au pied d'un arbre sur lequel était perché une gamine en larmes. Hélas, il venait d'offrir aux prédateurs un plat de substitution en sa personne. Crocs et gueule en avant, les deux loups s'avancèrent, l'allure féroce et déterminée. Gengis tenta de crier et d'agiter sa fourche pour les effrayer, en vain. Le premier chargea soudainement. Par chance il rencontra un revers de fourche qui le fit mettre en fuite. Le second quand à lui était plus gros, plus féroce et pire peut-être plus rusé. Mais c'est alors que la gamine, à bout de forces, lâcha prise et tomba de son perchoir salvateur. L'animal devant une proie si facile détourna son attention et se rua sur l'enfant...

Nul ne sut vraiment ce qui arriva ce jour là. Les parents de la fillette crurent à un mirage quand ils virent l'enfant portée par Gengis, le corps couvert de plaies, ses vêtements de lin déchirés, et sans la fourche. Les adultes ne prirent pas au sérieux le récit de la gamine encore sous le choc qui leur narra son sauvetage par ce garçon. D'après elle, il se jeta sans hésiter entre le loup et elle même et luta à mains nues pour sa survie et la sienne. De son côté Gengis ne dit mot sur cette histoire pas même à ses frères. Ses parents n'insistèrent pas non plus, mais constatèrent qu'un changement avait opéré chez leur fils aîné. Une graine venait d'être plantée...

Et il lui fallut encore quelques années pour mûrir. A peine âgé de 25 ans, Gengis trouva son père et lui fit part de son projet. Ses frères étaient désormais grands eux aussi, et pouvaient aider largement la famille à subvenir à ses besoins sans lui. Il était temps d'après lui de partir et de mener sa propre vie, en homme. Sa mère ne put retenir quelques larmes d'émotion tandis que son père le regarda longuement entre inquiétude et fierté. Fils de fermier, entrer dans la chevalerie était une épreuve très délicate, mais il ne put se résoudre à broyer le coeur de son fils qui devait d'après lui tracer son propre chemin. Avant de quitter la chaumière, le père donna à son fils quelques piécettes, leurs maigres économies et lui demanda de ne pas oublier qui il était ni d'où il venait et ce qu'on lui avait appris...

Et, regardant droit devant lui pour ne pas avoir le coeur serré par les adieux, il quitta la maison familiale où il faisait bon vivre, pour l'aventure..et ses rêves. Il est parti ce jour là, conquérir son destin.
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MessageSujet: Re: Décourir le monde..   Mer 11 Juil - 18:37

Prélude à l'épopée...







Assis contre un vieux chêne, un jeune homme tout de fer et d'acier vêtu contemplait le crépuscule, la tête rejetée en arrière, la moue pensive. A ses côtés gisaient ça et là un large bouclier accusant bosses et creux, ainsi qu'une épée de bonne facture. Alors, fermant les yeux, il laisse vagabonder ses pensées...






Voilà... c'est fait.
L'autre jour, après avoir durement travaillé et écumé les Îles Parlantes en long, en large et même en travers j'ai réussi à rassembler assez pour justement les quitter, ces Îles. On n'imagine pas la quantité folle de gens qui ont besoin de services et de coup de main, mais tant mieux à la limite. Oui, ça m'a permis de m'entraîner et de réunir de quoi payer un voyage en bateau. Il faut dire, j'ai eu la chance de faire quelques bonnes rencontres sur ces îles. Ou bien c'est que je plais aux guerrières...

Finalement j'ai pu enfin quitter les îles, pour enfin découvrir le monde dont on me parle tant, mais que je connais si peu, voir pas du tout. Et... bon sang qu'il est grand ce monde ! Il y a des villes, immenses qui grouillent de monde. Des humains mais aussi des nains, des Elfes, des Orques aussi. J'ai du voir quelques Sombres mais très peu. En fait j'en avais vu une une fois alors que j'effectuais un travail vers les ruines elfiques sur les Iles parlantes. Mais pour le peu que j'en sais je m'en méfie, comme les orques. Eux ils sont impressionnants dans leur genre, des bras comme mes cuisses !

Le souci, c'est que je ne connais absolument rien du tout à ce qu'il se passe dans ce monde... Les notions que j'en ai sont celles de la ferme où j'ai grandi, et là-bas niveau nouvelles fraîches. A ce propos j'ai rencontré ce nain l'autre jour, il faisait parti d'un ordre. L'ordre du temple je crois. Il semblait en connaître long sur ce monde. Peut-être devrais-je un jour retourner le questionner...?
Il y a eu aussi Mariyanne. Elle je lui dois beaucoup quand même, elle m'a souvent aidé quand j'étais paumé. Mais... l'autre jour à Giran - bon sang que c'est grand là bas ! - nous avons discuté avec un ami à elle. Il faisait partie des Apostasis, comme le type qui m'avait accosté vers Gludio un jour. Pas aimable ce bonhomme, il cherchait un Sombre, mais j'en connaissais pas. Quand j'en ai parlé au Nain, Bugman qu'il s'appelait ce nain voilà je me souviens, et ben Bugman a semblé interpellé. Moi, je n'y ai rien compris, comme d'habitude.

Apparemment des groupes, ou plutôt des Clans se sont formés, selon des convictions ou des buts communs. Ca peut se comprendre ça. Et certains se tapent dessus, comme le clan de Bugman et celui de l'ami à Mariyanne et de l'autre sprinteur. D'ailleurs ceux-là semblent assez étranges, l'autre m'a raconté qu'ils regroupaient les parias, les exclus de la société et étaient contre la monarchie... Mouais, mais je vois pas ce qu'ils veulent mettre à la place, parce que sans lois ou règle, tout fout le camp. A la ferme avec mes frères si on avait pas de règles à pas dépasser on rasait la bâtisse... Mais bon, ils ont p'tet de bonnes raisons ces guguss.

Sinon à part ça j'ai réussi mon épreuve. A Gludio je me suis présenté à un homme afin d'être adoubé. J'avais peur qu'il me dégage à coup de bâton sous prétexte que je sente encore le purin, mais non. Il m'a confié un test, une épreuve d'initiation. Corsée l'épreuve le bougre en plus. Mais j'ai réussi ! Bon d'accord j'ai mi du temps et j'ai du pas mal crapahuter dans la cambrousse, ma foi pas toujours super accueillante mais je l'ai passé son test ! Alors, ben j'ai été adoubé Chevalier.

Mais je me pose des questions depuis.. Et maintenant, je fais quoi ? Je suis Chevalier mais la noblesse est-elle dans le titre ? Dans le sang ? Dans la force ou bien les actes ? Franchement je ne sais plus trop quoi faire ce soir, ni où j'en suis. Je crois surtout que je ne sais pas quelle sera ma place ni mon rôle dans ce monde si vaste et si incompréhensible...



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MessageSujet: Re: Décourir le monde..   Mer 11 Juil - 18:37

La journée avait été rude, remplie de rebondissements, de rencontres, et surtout d'un monstre imposant. C’est en boitant qu'il traîna sa carcasse meurtrie jusqu'à une auberge, décidant pour une fois de s'accorder un petit luxe ; une chambre, un bon lit et peut-être même un bain…
Ôtant son équipement qui lui aussi semblait accuser l’éprouvante épreuve, il s’affala sur le lit, appréciant le confort sommaire du matelas. Il jeta un léger coup d’œil à son armure, posée négligemment sur une chaise tandis que son arme gisait appuyée contre le mur. Du sang séché couleur carmin trônait sur son tranchant, tel le trophée d’une quête épique. Alors, fermant les yeux il se laissa entraîner peu à peu vers le monde des chimères, en rependant à sa journée riches aussi bien en émotions qu’en sensations.


Cela avait commencé très tôt le matin, auprès des Chevaliers de Gludin. L’impétueux et irrévérencieux chevalier dénommé Gengis gesticulait nerveusement auprès du Sieur Vasper qui semblait décidé à ne point lui confier la mission que ce dernier réclamait. Jugée trop dangereuse pour un si jeune chevalier, elle serait donc logiquement confiée à un Chevalier plus expérimenté. Alors, il fut décidé que Gengis irait au nord de la cité de Dion, aider un groupe d’aventuriers partis combattre d’étranges et puissantes créatures dans une immense tour. C’est ainsi qu’il partit, déçu et résigné pour cette quête. Par chance, il rencontra Mariyanne en chemin qui convergeait elle aussi vers cette tour mystérieuse. Cela le réconforta quelque peu d’avoir une amie à ses côtés, bien qu’en son cœur brûlait encore le désir de combattre pour de plus grandes choses. Mais le Chevalier Vasper avait été ferme, jugeant que la soif de gloire et de reconnaissance n’étaient pas bonnes conseillères…


Le groupe d’aventuriers aperçut très tôt la tour à l’horizon. Cela ressemblait à une immense part de terre que le sol aurait craché en direction des cieux. Ses alentours n’étaient que marais puants et infestés de créatures hostiles. Le jeune chevalier s’arrêta un bref moment pour contempler l’architecture quelque peu funeste de l’édifice, s’interrogeant sur ses constructeurs, leurs buts… Il semblait régner une sorte de mélancolie au-delà du danger du coin, comme si cette tour pourtant si grande, si imposante et si terrifiante cachait quelque chose de douloureux au fond à la manière d’une complainte pétrifiée dans la roche de l’édifice. Mais Mariyanne arracha l’apprenti chevalier à ses pensées, le groupe avait déjà pénétré l’enceinte.




L’endroit de l’intérieur était aussi majestueux que dangereux. A peine arrivés qu’une horde de créatures se rua sur les aventuriers. Alors commencèrent à parler le fer et le feu. L’acier rencontra les chairs des créatures tandis que griffes et crocs tentaient de lacérer leurs proies. Puis un déluge de flèches et de magie se déversa sur les rangs des monstres qui s’éclaircissaient peu à peu. Hélas, le vacarme causé par l’escarmouche sonna l’alerte au sein des occupants les plus proches, et d’autres cohortes d’adversaires déferlèrent. Il fallut beaucoup de courage et d’endurance pour permettre au groupe d’encaisser les vagues d’assauts successives. Néanmoins, sachant user de la complémentarité de chacun ils parvinrent à surmonter cette épreuve et continuer leur exploration. En chemin, Mariyanne révéla au jeune chevalier que cet endroit avait été bâti il y a fort longtemps par les premiers hommes, alors esclaves de créatures appelées géants. Cette tour cachait bien des mystères apparemment, mais ils ne purent en découvrir les clefs car au fil de leur progression leurs ennemis devenaient de plus en plus puissants et de plus en plus nombreux. On comptait déjà plusieurs blessés qu’il fallait évacuer sans trop tarder. Il ne restait d’autre choix alors que celui de se replier, des questions plein l’esprit.


Gengis décida alors de repartir vers la grande cité de Giran pour achever sa quête de connaissance quand au monde qui l’entoure. Il décida de prendre un raccourci par les cols et les plaines dans l’espoir de gagner un peu de temps à pieds. C’est ainsi qu’il tomba par hasard sur une immense plaine macabre, jonchée de bâtiments en ruines et aux pierres couvertes de sang caillé. Un immense champ de ruines marécageux s’étendait à perte de vue devant lui, comme si on étalait sous ses yeux les vestiges d’une horreur incommensurable. Giran était de l’autre côté il fallait traverser tout de même. Alors, se saisissant de son arme, il avança prudemment parmi ce terrain désolé. Chaque ombre, chaque arbre mort, chaque pierre semblait vomir son hostilité, procurant à l’endroit une atmosphère des plus lugubres. Et soudain, alors qu’il passait à proximité d’un arbre, une branche faillit s’abattre violemment sur lui. Sursautant et évitant de justesse, il eut à peine le temps de se retourner pour apercevoir que l’arbre en question…bougeait. Un torrent de question assaillit Gengis, mais le temps n’était plus à la réflexion mais à la survie. A la manière d’un bûcheron enragé, le jeune chevalier s’acharna sur la créature, faisant voler de ci de là quelques copeaux de bois.


Quand enfin le tas de bois maudit retourna à la terre, il entendit derrière lui un murmure, presque une complainte. Une tempête de douleur déferla quand les dents de la Goule tentèrent de se planter dans son bras. D’une poussée de panique et de colère, il empala la créature avec son arme avant de la décapiter. Et puis, vision de cauchemar voilà que d’autres venaient. Ils venaient par paires, puis par groupes et enfin par dizaines. Voilà les morts que la terre vomit parmi les vivants, ces morts jadis vivants qui se relèvent, affamés, implacables. Une marée de chair putréfiée et de bouches avides s’avança vers le petit chevalier qui dut battre en retraite sous leur nombre. Et ils courraient derrière lui, ces morts insatiables. Qui étaient-ils ? Des soldats massacrés pour l’ego d’un Roy ? Une cité rasée par un quelconque fléau ? Peu importe à vrai dire. Seuls comptaient le présent et la vie, la survie.




Tandis qu’il courrait pour leur échapper, il aperçu un escalier qui se dessinait dans la brume. Saisissant cette chance il se dirigea vers la construction, sans pour autant savoir ce qu’il y trouverait là-haut. La majeure partie de ses poursuivants s’arrêta au pied des marches, les autres faisant demi tour, partis retourner à leur errance damnée. Soudain retentit un grondement qui tonna comme l’orage, figeant sur place le jeune chevalier. Cela venait du haut des marches, évidemment… Il ne put retenir un profond soupir d’amertume en comprenant quel choix sadique s’offrait à lui. En bas les dizaines de bouches affamées, ou bien monter découvrir ce qui grogne ainsi. Il décida de monter, c’était le chemin de Giran. Passant le bout de la tête par-dessus la dernière marche, il scruta le plateau en haut de l’escalier, apparemment désert. Rassuré, il s’engagea alors et fut ravi lorsqu’il aperçu la sortie ; une grande arche taillée dans la montagne menant à un col éclairé par une timide lueur, synonyme d’espoir et de vie. Mais alors qu’il s’approchait de l’arche, il aperçut au bout une grande ombre qui déambulait à sa sortie.


Plus haute qu’un homme, la musculature imposante et des griffes aussi longues que des lames, l’auteur de ces grognements terrifiants venait enfin d’être démasqué. L’affrontement de face n’était pas envisageable, retourner voir les goules non plus. Revenant sur ses pas il chercha un autre moyen de contourner la créature. La cote n’était pas insurmontable, mais promettait une ascension pénible. A cela il fallait espérer ne pas rencontrer d’embûches durant l’escalade sinon la chute serait irrémédiable voir pire. Alors, pestant d’avoir voulu faire plus vite, il entama son ascension. Il avait trouvé un pan de colline moins abrupte et permettant de meilleures prises pour grimper, mais se trouvait par là même très proche de l’arche et donc de la bête… Après plusieurs minutes d’efforts il se retrouva au sommet de la colline, surplombant à sa gauche la créature qui pour le moment ne l’avait point remarqué. Celle-ci, désormais visible à une lumière moins timide que dans les plateaux lugubres en bas de la colline, était bien aussi impressionnante qu’elle y paraissait. Poussé par une curiosité morbide, il resta un moment immobile à la fixer. C’est alors qu’il aperçut à ses pieds une carcasse démembrée gisant sur le sol, comme un bibelot mal rangé… Un corps recouvert par endroit de ce qui devait être avant de rencontrer cette bête une armure…


Alors, serrant fort son arme il contempla le défunt, l’offense faite à son corps, à son courage. Il jeta un coup d’œil à la créature, à la pente qui les séparait ainsi qu’au sentier qui menait à Giran. Et, pris de rage et de colère, il se mit à courir comme un forcené vers la créature, dévalant la pente en brandissant son arme. Ses pas martelèrent le sol comme autant de tambours vengeurs tandis qu’il prenait de la vitesse. Une course effrénée teintée de fureur et de vengeance. La créature leva alors la tête et aperçut cet humain ridicule qui chargeait sur elle. Ouvrant grand sa gueule garnies de dents acérées elle l’attendait, provocante.
Une dernière foulée, une dernière pensée, et il prit une dernière impulsion, plongeant à pic sur la créature en contrebas.. Deux êtres, deux volontés allaient s’affronter en un seul et unique assaut, dont la brutalité annoncée semblait telle que les alentours parurent retenir leur souffle, attendant le moment, guettant l’instant où l’acier rencontrerait les crocs.
Le fracas de l’impact résonna comme un coup de tonnerre sur les proches environs, faisant même sursauter une part de la faune de ces plateaux maudits. Et puis la violence de l’écho mourut peu à peu, étouffée par le silence implacable des lieux. Seuls quelques crânes décharnés furent témoins de ce qui se produisit, témoins muets de cette collision comme de tant d’autres horreurs déroulées sous leurs orbites vides…




De vastes étendues verdoyantes s’étalaient sous ses yeux, le blé commençait à pousser, et les nuages au loin annonçaient une pluie bienfaitrice. Quelques chaumières dispersées gisaient dans la vallée, dont la fumée de cheminée trahissait leur nombre. Au loin résonnaient les cris et les jeux d’enfants, accompagnés par le clapotis d’un ruisseau. Cet endroit…si paisible, si familier qu’il avait quitté pour devenir Chevalier…


Parfois on rêve…
Et quand l’aube tarde alors que le sommeil flotte derrière nos paupières, on espère…
On croit en l’harmonie, la paix…
On les voit vaincre…nos peurs, nos doutes et nos haines…
Et puis…
Le matin vient…



Quand il rouvrit les yeux, il aperçut une timide lueur, ainsi qu’un ciel bleu dégagé. Plus de brume autour de lui, plus de ruines morbides à perte de vue. Rien qu’un chemin, des plaines, une ville au loin. Peu à peu il renoua avec son corps tout endolori, cherchant à se remémorer les derniers instants. Où était il ? Que faisait-il ici ? Et puis, comme si la réalité venait à se rappeler aussi violemment qu’un coup de fouet il sursauta, se toucha bras et jambes pour être sur qu’il était bien vivant. Par chance c’était le cas, mais où était la bête ? Il fouilla les alentours et découvrit avec surprise son arme… plantée dans le crâne de la créature. Il demeura quelques instants immobile de peur qu’elle ait survécu. Apparemment le coup lui avait été fatal, une chance sinon quoi il aurait probablement rejoint la carcasse aperçue plus tôt… Il se leva péniblement et constata avec amertume qu’il avait lui aussi laissé quelques plumes dans le choc, mais il était vivant.


Avant de quitter cet endroit, il ne put se résoudre à laisser ce corps ainsi, et avec les moyens à disposition il lui offrit une sépulture aussi décente que possible. Il brûla ce qui restait du corps afin que ses chairs ne pourrissent pas sur une terre aussi malsaine ni que ses morceaux se relèvent pour attaquer le prochain inconscient de passage. Sur les cendres il fabriqua un monticule de fortune sur lequel il posa l’armure. Sa manière à lui de rendre un dernier hommage à un héro anonyme qui ne reverrait plus les siens.
Et, après avoir une dernière fois salué ce martyr et jeté un regard sur le corps de la créature, il repartit vers Giran, l’esprit rempli de satisfaction et le corps de d’ecchymoses…
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MessageSujet: Re: Décourir le monde..   Mer 11 Juil - 18:37

Rues de Giran, avant le désastre...




Une rumeur naquit au coeur de la grande cité, telle un murmure fugace. Et puis, le timide échos se répand parmi les pierres, parmi les ruelles pour devenir un brouhaha semblable au grondement des vagues... Quelque chose était entré dans la ville. Certains plus prompts que d’autres parvinrent à remonter ce courrant de surprise mêlé de panique pour parvenir à la source. Alors ils découvrirent ébahis un groupe d’hommes rats assemblés non loin du temple d’Einhasad. Parmi eux se tenait un plus grand, plus fort, et plus menaçant que les autres. Néanmoins malgré l’attroupement qui peu à peu se constituait, les créatures demeuraient plus ou moins calmes et aucune attaque n’avait été encore à déplorer. Cependant il n’était pas envisageable de laisser ces bêtes rôder en ville. Pourtant, devant l’inactivité de la garde, ou ce qu’il en reste selon certains, c’est bien ce qui faillit arriver.


Nul ne sut réellement qui porta le premier coup. Mais alors que tous étaient rassemblés autour des créatures, la situation s’embrasa soudainement. Le calme pesant laissa place au chaos et à la furie. Alors coula le sang sur le pavé de Giran. La clameur des combats emplie la cité jusque dans ses quartiers les plus reculés, pour finalement s’éteindre d’elle-même quand le dernier, le plus grand de tous, tomba à terre. Les défenseurs de la cité n’accusèrent pas de pertes sévères, mais demeurèrent perplexes et dubitatifs quand à la raison de leur présence ici. Parmi eux se trouvait un jeune chevalier impulsif. Quand ce dernier croisa par hasard le Commandant de la Légion des Inis, il s’empressa de l’informer de la situation.


Cependant, alors que l’impétueux chevalier tentait d’informer la Légion des Inis, une orque vint troubler la tranquillité relative des lieux. Elle provoqua un à un les personnes présentes, notamment une Elfe avec qui le jeune chevalier s’était déjà disputé peu avant. Il essaya de les séparer en pensant bien faire, mais ne reçut que l’opprobre de la part de l’Elfe. Dépité il ne sut que répondre à ses propos vindicatifs. Aurait-il dû frapper l’orque de dos ? Ou immédiatement ? Etait-ce cela qu’on attendait d’un chevalier de nos jour ? Mais alors que les doutes l’assaillaient comme autant de piques acérées dans ses tendres convictions, le chaos reprit ses droits… Non loin tout recommençait encore, les gens s’entredéchiraient. L’orque avait agressé une poignée d’Elfes.


Il accourut vers l’incident, l’arme brandie. D’autres étaient déjà agglutinés autour, regardant, se régalant de la violence, de la haine… Et encore une fois, tout s’embrase. Les cendres de la haine semblent ne demander qu’à s’enflammer à nouveau.. Les Elfes ne semblaient pas décidés à se laisser malmener sans réagir. Tandis que l’orque tenait l’un d’eaux fermement, une autre bandait déjà son arc en représailles. Le chevalier lui-même tenait fermement son arme au cas où. Mais que faire ? Fallait-il frapper le premier, dans le dos pour éviter un carnage ? Il tenta à plusieurs reprises de les séparer, mais en vain. Il eut le pénible sentiment d’être impuissant, embarqué par un raz de marée d’émotions primitives et brutales menant à une issue de plus en plus inexorable…


La foule se déplaça vers la sortie de la ville. L’Elfe outragé céda à la provocation de l’orque, rejointe bientôt par un des siens. A peine eurent-ils franchis le seul de la ville que débuta le carnage… Le petit chevalier voulut s’interposer, mais une main puissante le retint. Le commandant Tray l’empêcha de se mêler du conflit. Alors, spectateur malgré lui il regarda. Il contempla impuissant le désastre. Ses yeux ne voulaient pas voir, ses yeux ne voulaient pas savoir ce qui allait forcément arriver. Il tenait tant à cette utopie ou cet incident aurait pu trouver une issue moins tourmentée. Mais pourtant, immobile et figé il s’abreuvait du drame en cours, et quand le premier corps inerte tomba sur le sol, il emporta avec lui les illusions d’un jeune homme qui croyait encore qu’il parviendrait un jour à rendre le monde un peu meilleur…


L’orque était tombée sous les coups des Elfes furieux. Son compagnon la rejoignit peu après. Il n’y eut même pas un seul instant de silence, le chaos se poursuivait. Parmi les témoins on continuait à s’entredéchirer, à se haïr. Le jeune chevalier découvrit avec horreur des humains vindicatifs et haineux, des Elfes cruels et sans aucune pitié et une orque mourante à ses pieds… Celle-ci lutait avec ses ultimes forces afin de repousser son agonie dans l’espoir, l’infime espoir d’être une dernière fois aux côtés de son compagnon tombé. Alors, touché par cet être qui au fond ne semblait pas si différent, il se pencha vers la farouche guerrière et lui tendit une potion, dans l’espoir de soulager sa souffrance. Mais elle refusa ce présent. Les orcs sont des êtres aussi forts que fiers dit-on. Tout ce qui comptait pour elle, c’était son compagnon. Autour on continuait de se quereller, de se menacer. Les armes et la magie étaient prêtes à hurler une fois encore.


Et, au milieu de la scène funeste, le petit chevalier comprit alors ce Bugman et d’autres tentèrent de lui inculquer. Ainsi était le monde et ses habitants. Ni bon, ni mauvais… ni de meilleure race qu’une autre. Rien que du gris, du gris qui se déchire encore et toujours. Alors il se pencha vers le corps de l’orque, et une fois qu’il eut retiré ses armes de crainte que dans un ultime élan vengeur elle ne le blesse, il la prit dans ses bras. Une des Elfe banda aussitôt son arc, menaçant d’abattre de sang froid le chevalier. Le commandant de la Légion des Inis s’interposa pour protéger le jeune inconscient tandis que ce dernier portait la mourante auprès de son compagnon. Il la déposa délicatement, le cœur rempli de compassion pour cet être qu’il avait pourtant tant méprisé auparavant. Puis il les laissa seuls, tous les deux, alors qu’il était toujours menacé par l’Elfe. Cette dernière finit par baissa son arc sous les injonctions du commandant.


Ses écailles venaient en partie de lui être ôtées de manière violente. Beaucoup de choses venaient de se produire, certaines venaient d’être semées. Le monde lui apparaissait alors moins flou qu’auparavant, mais bien plus gris en contrepartie. C’est ainsi qu’on grandit, c’est ainsi qu’on mûri, par la force des choses… En ce jour, le petit chevalier venait de perdre quelques unes de ses dernières illusions d’enfant. Il reçut à la place quelques certitudes en tant qu’homme, en tant que Chevalier aussi. Mais pour le moment, il préférait fuir encore quelques instants de plus l’implacable vérité, rien qu’un instant de plus bercé d’innocence… Mais il était désormais trop tard.
Le monde avait changé, lui aussi…


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MessageSujet: Re: Décourir le monde..   Mer 11 Juil - 18:38

Route d’Oren, de bon matin…





Une silhouette se profilait dans l’aube naissante de ce jour nouveau. Le pas modéré mais résignée, elle avançait inexorablement vers l’imposante cité. Elle portant dans son dos ses maigres possessions ; une arme, un bouclier, une besace remplie de vivres et de quelques économies - dont la moitié avait mystérieusement disparu à Giran. Peu à peu les rayons lumineux furent suffisants pour dévoiler le visage d’un apprenti chevalier. Ce dernier marchait péniblement depuis deux jours en provenance de Giran. Ses traits étaient creux, son regard ailleurs, l’étincelle d’innocence avait quitté ses yeux émeraude. Mais la fatigue n’était pas la seule coupable. Non, quelque chose s’était passée, quelque chose avait ébranlé le frêle château de carte que constituaient ses rêves et ses illusions. La cité semblait se rapprocher à chaque pas, mais il porta alors son regard autre part, plus loin encore. Au-delà des murailles, au-delà des nuages qui s’amoncelaient à l’horizon, il y avait une tour. La Tour, celle qu’on décrit comme le plus grand centre de connaissances de ce monde, celle dont on dit qu’elle porte en son sein l’histoire du monde, la Tour d’Ivoire…


C’était encore une fois Bugman qui lui avait révélé son existence. Une source quasi infinie de savoir sur le monde, neutre et objective. Ce voyage était déjà prévu initialement, mais les récents évènements n’ont fait que le précipiter, comme pour chercher confirmation ou peut-être l’inverse de ce qu’il avait fini par découvrir sur le monde, ses habitants… Quand il parviendrait là bas et qu’il prendrait connaissance des faits, alors il saurait tout. Ce qui est, ce qui doit être ou ne plus être. Ce qu’il devra être, sa place, son rôle. Il le savait, depuis cette nuit passée dans ce temple…




Peu après les incidents de Giran, incidents relativement banales pour les autochtones, il avait erré en ville, marchand ça et là sans but. Sans qu’il s’en aperçoive, la nuit était déjà tombée et la faim martelait son estomac désespérément vide. Il trouva curieusement refuge au temple d’Einhasad ou quelques prêtres encore éveillés officiaient en silence. Le chevalier désabusé s’installa dans un coin et s’y adossa, perdu dans ses pensées et ses doutes. Un seul prêtre vînt le trouver, un homme voûté par l’âge à la barbe blanche soignée et au regard empli de compassion. Il lui tendit un maigre bol de soupe, en s’excusant de la frugalité de sa contribution. C’était à la fois si peu et tellement que c’en désarçonna le jeune homme déjà ébranlé par sa journée. Qui était cet homme, cet inconnu qui pourtant avait su faire preuve de compassion envers un étranger en lui offrant la moitié de sa propre pitance ? Alors, en scrutant les lieux, il comprit qu’il était dans un temple dédié à « la Mère » comme il l’appelait, la Déesse Einhasad.


Il accepta l’offrande en échange d’une donation au temple ce qui parut offenser sur le coup le vieux Prêtre. Certes un don n’était pas de refus par les temps qui courraient, mais ce dernier aurait préféré que ce soit un don venant de la Foi. Nuance que bien évidemment le jeune chevalier mit toute la nuit à saisir. Intrigué par cet homme et ses principes il le harcela de questions la nuit durant, afin de comprendre son positionnement sur ce qui se passe en dehors du temple, les gens, la vie… Comme Bugman avant lui, le prêtre ne put lui donner de réponses toutes faîtes si ce n’est une seule et unique vérité : « Ce sont les choix qui déterminent nos actes, et ce sont nos actes qui détermineront ce que nous sommes ». Alors le petit chevalier repensa à ses rêves, ses espoirs pour ce monde. Et puis il repensa au chaos, à la violence de la journée… à ces corps sans vie gisant sur le sol, victimes de leur propre folie et celle légitime de leurs bourreaux. Il prit une décision, celle d’aller là où ses questions trouveraient leurs réponses. Là où sont entreposées les connaissances du monde. Et, quand il aurait appris, quand il aurait compris, alors il prendrait sa décision. Il trouvera sa voie…


Alors, des doutes et de l’espoir plein l’esprit, il se mit en marche…
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MessageSujet: Re: Décourir le monde..   Mer 11 Juil - 18:38

Portes de Giran, 7 jours de marche plus tard…





Une silhouette voûtée s’avançait le pas lourd vers l’imposante cité. Dans son dos pendaient nonchalamment une longue arme ainsi qu’un bouclier tandis qu’elle semblait tenir en ses mains un précieux objet. C’était un rouleau de parchemin. Un fragment de savoir que le jeune Chevalier avait ramené de la Tour d’Ivoire et qu’il tentait tant bien que mal de lire, en prenant garde à ne pas s’entraver dans une caillasse. En arrivant à l’entrée, il ne put s’empêcher de repenser à son périple, sa quête de connaissances. La route avait été longue jusqu’à la Tour d’Ivoire, et parsemée d’embûches qui plus est. En effet, il ne put emprunter directement la route ou un portail vers la cité d’Oren en lien avec la menace Orque. Cela l’obligea à opérer un large détour par chemins et forêts pour contourner la dite cité.


Après une longue journée de marche il aperçut au loin la silhouette de l’immense édifice qui transperçait l’horizon. Il contempla alors avec stupeur et curiosité ce monument étrange qui semblait défier toutes les lois de la raison. Qui avait pu bâtir ce colossal ouvrage ? Etaient-ce là encore les humains ou les Géants qui les asservissaient ? Les Elfes ? Les Dieux eux-mêmes ? Peut-être trouverait-il aussi cette réponse à l’intérieur… Alors il pressa le pas, tout en prenant soin de ne pas croiser quelque créature hostile dans la forêt. Cependant, alors que la nuit tombait déjà, la Tour semblait toujours aussi lointaine, inaccessible. Frustré, fatigué, il se demanda si elle n’était pas encore plus immense qu’il ne l’avait imaginé. Et ce fut bel et bien le cas, car il ne posa le pied à son seuil que le lendemain matin.


Elle était réellement immense, plus que ce son esprit ne pouvait mesurer. Il leva la tête pour tenter d’apercevoir le sommet qui se perdait dans les nuages, se demandant si la cime pouvait atteindre le cœur des cieux. Composée de pierres d’une blancheur défiant les années et les intempéries, de larges arcs de voûte la parcouraient formant des arches complexes et sublimes, telles le phantasme fou d’un architecte de génie. Mais le temps n’était plus à la contemplation, il était venu ici dans un seul et unique but : Apprendre. Apprendre le monde, ses habitants, le passé pour comprendre ce qu’il y a commencé à voir. Comprendre les raisons de ce chaos, de la haine, comprendre pourquoi tout cela. Et à la fin, choisir…


L’intérieur de l’édifice était lui aussi une chef d’œuvre architectural, aussi vaste qu’un palais. D’un pas décidé, il s’engouffra dans la première bibliothèque qu’il trouva… il en ressortit seulement trois jours après, le teint livide, les orbites creuses, l’estomac vide, mais la tête pleine de nouvelles informations. Il lui avait fallu harceler toute une journée un scribe pour que ce dernier daigne lui apprendre les bases de la lecture. Et, faisant preuve d’une volonté enragée il parvint à déchiffrer peu à peu les lettres puis les phrases de sa langue. Au début du troisième jour d’étude il avait pu assimiler en partie les bases de l’histoire du royaume grâce à quelques traités simplifiés et aux récits et à la lecture du pauvre scribe réquisitionné pour la cause. Certains faits recoupaient ce que les gens tels que Bugman, Mariyanne et d’autres lui avaient raconté, certains différaient légèrement.


Le monde, l’histoire varie dans les yeux de celui qui les contemple. Néanmoins, il demeure toujours un fond de vrai. Les notions de bien et de mal ont beau varier d’un individus à l’autre selon sa race, sa culture, sa religion, certaines choses elles ne changent pas. La Lumière dans se monde est son conteste la divine Einhasad et les Ténèbres son funeste époux Grain Kain. C’est pourquoi ils endossent chacun leur propre fardeau, qu’il soit teinté d’ombre ou de lumière afin que de leur union et de leur déchirement naisse l’équilibre et la Vie. Non, tout n’est pas noir ou blanc, il y a principalement du gris, car il revient à chacun de choisir ce qu’il veut être, ou ne pas être. Certains hélas ne choisissent pas, comme tant d’autres malheureux broyés dans l’étau de la guerre ou de la folie de se monde… C’est à eux qu’il pensait alors qu’il finissait de lire et d’écouter les élucubrations du scribe qui narrait la chute de la monarchie. Les rues, les campagnes étaient encore pleines d’innocents, de gens simples qui ne demandent qu’à vivre, vivre juste une minute de plus… et en paix si possible.


Le scribe sentit les tourments du jeune Chevalier et le questionna à ce sujet. Ce dernier lui exposa ses doutes, ses rêves et ses envies, persuadé qu’on se moquerait à nouveau de lui et de sa naïveté. Mais au contraire, il attira l’attention de quelques autres personnes affairées dans d’autres étalages de livres. Pensant avoir prononcé une ânerie incommensurable et craignant d’être à nouveau pris pour un bouseux il se voûta, faisant semblant de lire. Quand il leva timidement les yeux de son ouvrage, il aperçut autour de lui trois personnes dont le scribe épuisé, qui le scrutaient avec curiosité. Ils lui demandèrent de parler à nouveau de ses aspirations, de ses convictions. Alors, d’abord hésitant puis confiant au faire et à mesure il leur raconta sa vision du monde. D’un monde où la raison remplacerait la Haine, où la Liberté n’amènerait pas le Chaos, un monde bercé et béni de Lumière. Les personnes présentes ne purent s’empêcher d’esquisser un sourire tendre à cette douce utopie. Car cela ne pouvait être que chimères. Le petit Chevalier le comprit aussitôt qu’il croisa leur regard, bien qu’une part de lui-même l’avait elle aussi compris quelques jours plus tôt à Giran…


Alors, le plus vieux des spectateurs s’approcha et posa sa main sur son épaule. Ses traits accusaient les sévices du temps et sa barbe semblait aussi blanche que la Tour elle-même. D’une voix calme et douce, il lui dit simplement quelques mots. Une poignée de mots jetés dans le vent qui allaient peut-être sceller à tout jamais sa vie.

« Garde tes rêves, et continue de te battre pour eux petit. Ton monde n’existe pas, mais si personne ne se bat pour qu’il ait une chance, il n’existera jamais. »

Le petit chevalier resta muet à ces paroles, ébranlé par ces quelques mots qu’il saisissait à peine… Pendant ce temps, le vieil homme était parti chercher au fond d’un vieux coffre un rouleau de parchemin abîmé et couvert de poussière. Le nettoyant succinctement, il le confia prestement au jeune Chevalier encore médusé. Il lui demanda de le garder précieusement, car ce rouleau provenait autrefois d’un traité de chevalerie aujourd’hui presque oublié. Il avait désormais appris ce qu’il devait connaître de ce monde, sans pour autant prétendre être un jour un érudit il pouvait maintenant comprendre ce qui l’entourait. Et maintenant qu’il avait comprit, le temps était venu de choisir son rôle dans ce monde. Mais ce choix là, il l’avait déjà fait selon le vieil érudit. Il fallait juste qu’il en prenne conscience. C’est dans ce but qu’il lui avait confié ce rouleau. Un rouleau traitant de Chevaliers aujourd’hui hélas si rares qu’on appelle… Paladins.
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MessageSujet: Re: Décourir le monde..   Mer 11 Juil - 18:39

Temple de Giran...










Alors que la lumière commençait déjà à décliner, une silhouette demeurait immobile devant les marches du Temple d'Einhasad. Voûtée au dessus de rouleaux et de parchemins laissés choir tels les jouets d'un enfant négligent ou lassé, elle étudiait depuis l'aube ce précieux savoir qui lui était désormais presque accessible. Puis, levant enfin le nez de ces ouvrages, il repensa aux évènements des derniers jours qui l’avaient conduit sur cette nouvelle voie et ce nouveau statut qui était sien désormais…


C’est étrange comme parfois on est embarqué dans une suite d’évènements imprévisibles. Je n’aurais jamais cru que moi, fils de fermier je deviendrais un jour Chevalier. Et je me doutais encore moins de la suite… J’avais longtemps crapahuté pour me rendre à la Tour d’Ivoire, et il m’avait fallu un bout de temps pour revenir aussi. Heureusement, le vieil érudit de la bibliothèque m’avait confié de la lecture. Il y avaient beaucoup de traités anciens de chevalerie, certains datant d’avant la chute de la monarchie, d’autres narrant les exploits et la vaillance de grand Chevalier. Amusant, j’ai même trouvé dans l’un d’eux une référence au vieux Vasper… Et puis, parmi le lot, il y avait un rouleau qui parlait de ceux qu’on appelle Paladins. Ce rouleau énigmatique m’interpellait au plus haut point et pourtant c’est celui que j’ai lu en tout dernier, juste avant de retrouver Giran. C’est bizarre, on aurait dit que tout ce que j’avais lu en chemin, tout ce que j’avais appris n’avait servi qu’un seul dessein… que je comprenne ce qui était inscrit sur ce document. Bugman une fois avait évoqué leur nom, les Paladins. Des Chevaliers qui à un stade de leur vie ont fait un choix et un serment.


Le vieux chevalier Vasper a été un bon mentor et un guide rigoureux. Il m’a appris sans mesure les valeurs qui font un bon Chevalier. L’Honneur, la Bravoure, la Loyauté, l’Altruisme, la Franchise, la Foi, La Justice, la Sagesse… Héhé il a eu du mal avec la sagesse je crois par moments. Mais, comme nous étions très peu nombreux, à vrai dire même je n’ai croisé aucun autre Chevalier au même niveau d’apprentissage que le miens, il a prit le temps de réexpliquer et de punir si besoin l’impudent que j’étais. Je crois que même si nos relations étaient souvent tendues, il était content de voir du sang neuf au sein des Chevaliers de Gludin. Oui, maintenant que le village est relié aux territoires des Sombres l’ordre a perdu beaucoup de sa splendeur je crois. Cela se sent lorsqu’on prend le temps de parler aux anciens chevaliers encore en vie. Ils devaient être majestueux dans le temps, les Chevaliers de Gludin quand il y avait encore de l’ordre dans le royaume. Et je suis fier d’avoir appris tout ce que je sais auprès d’eux. Mais maintenant, il me fallait moi aussi faire un choix…


J’étais parti à la tour étudier et comprendre le monde. Maintenant j’y vois un peu plus clair, et je vois aussi qu’il est temps que je choisisse ma voie, mon rôle. Le vieil érudit semblait avoir été touché de mes aspirations, de mes rêves. C’est bien un des rares qui ne se soit pas moqué de moi. Etait-ce alors pour cela qu’il m’avait confié ce parchemin sur les Paladins ? Quand j’ai posé les yeux sur ce qui y était inscrit j’ai failli pleurer de joie mais aussi de tristesse. De joie quand j’ai lu qu’il y avait déjà eu des gens épris des mêmes désirs que moi, que je n’étais pas seul à espérer. Et de tristesse quand j’ai compris que ces chevaliers n’étaient plus, presque tous dispersés ou sans cause. Ces hommes et ces femmes étaient auparavant Chevaliers tout comme je l’étais. Mais ils étaient aussi bien plus que cela. Ils étaient le modèle parfait qu’on décrit aux jeunes Chevaliers lorsqu’on leur inculque le Code de Chevalerie., ils étaient un modèle de chacun des symboles qui le composent. Des Chevaliers Saints, épris de nobles idéaux et d’une Foi sans bornes leur permettant d’accomplir les exploits que j’ai lus auparavant. Et plus que jamais ce monde a besoin je pense de ce type d’hommes et de femmes…


Alors, quand je suis rentré voir le chevalier Vasper, je lui ai confié mon désir ardent de devenir l’un d’entre eux. Je voulais moi aussi devenir ce symbole qui m’avait donné espoir en ce monde meilleur auquel je m’accroche. Je voulais pouvoir être capable de combattre les plaies de ce monde, apporter la paix et du réconfort à ses habitants, je voulais œuvrer pour ce monde utopique. Et pour cela je devais devenir un bien meilleur Chevalier. Non pas plus puissant ou plus fort, mais un autre type de Chevalier, un Chevalier Saint, un combattant béni qui poursuit un noble idéal et investi d’une mission sacrée. Le vieux Vasper me contempla longtemps d’un air interdit, comme s’il allait me giffler pour mon arrogance et mon manque de lucidité. Mais au lieu de cela, il partit sans dire un mot… Quand il revient, le teint livide et escorté d’une poignée d’anciens Chevaliers, il déplia devant moi un rouleau de parchemin malmené par le temps. Vraisemblablement il avait demeuré oublié durant de bien longues années. Trop longues même à ce que me dirent les autres. Et, d’une vois solennelle et enrouée par une teinte d’émotion, le vieux Vasper m’expliqua ce qui m’attendait…





Après que le maître chevalier m’ait tout expliqué en détail, je suis parti pour Giran, au Hall des Guerriers. J’y ai rencontré leur maître et ai formulé ma requête pour devenir Paladin. Les personnes présentes demeurèrent interdites. Beaucoup de guerriers pénétraient ici, toutes races confondues pour apprendre les secrets de l’art de la guerre ou bien embrasser une nouvelle carrière. Mais il y avait des lustres apparemment que personne n’était venu se soumettre aux épreuves du Paladin. Une fois de plus, j’ai été dévisagé comme un animal de foire. Alors, calmement, le maître des chevaliers de Giran m’expliqua à son tour le déroulement des épreuves que je devrais subir. Il me faudrait apprendre à marcher sur les pas des Paladins via trois épreuves mobilisant à la fois mes qualités personnelles, guerrières et humaines.


C’est ainsi que je suis parti apprendre le rôle et la vie d’un Paladin. Les épreuves furent longues et éprouvantes. Il m’est même arrivé de penser que j’allais échouer et y laisser ma peau par moments. Mais je me suis accroché, j’avais Foi en ce que je croyais. La Foi justement, lors de mes épreuves les prêtes de Giran m’ont beaucoup questionné à ce propos. Rien d’anormal après tout, puisque si un Paladin est un Chevalier Saint c’est aussi parce qu’il prie avec ferveur son Dieu. Mais comme l’avait dit Bugman, chaque Dieu est différent, avec chacun leur fardeau. Ce sont les prêtres mais avant eux Bugman qui m’avait parlé « des autres ». Car si notre Mère, porteuse de Vie et de Lumière possède ses Paladins, son opposé, son époux terrifiant avait aussi les siens. Comme cet homme sombre que j’ai déjà rencontré plusieurs fois… Mais moi je n’ai pas Foi en Grain Kain. Certes en tant que divinité majeure il faut le respecter, mais je ne le prierai pas. Aux principes de morts, de chaos et de destruction qu’il véhicule, je prierai chaque jour pour la Lumière et la Paix pour chaque habitant. Je prierai chaque jour Einhasad notre mère, et protégerait la vie de ses enfants jusqu’à mon dernier souffle.

Trois épreuves m’ont passablement éprouvé lors de ma quête initiatique. D’abord aller démarcher chez eux chaque race et leur prouver ma Valeur. Je ne pensais pas être confronté de si tôt aux haines entre les peuples, j’ai bien cru ne pas parvenir à accomplir ma tâche. Les Elfes ont été les plus suspicieux et les plus longs à convaincre, sans doute lié au lourd passé entre eux et les humains. Ils m’ont bien fait crapahuter un peu partout, comme un animal domestique j’ai cru parfois. Et, quand je réussissais mes tâches ils m’en confiaient d’autres encore plus ardues. Les mots du vieux Vasper ne me quittaient pas dans ces moments là. Rester humble et droit, ne parler que pour être franc. Finalement il avait raison, car à un moment les Elfes ont du en avoir assez et ils m’ont plus ou moins fait confiance. Etonnamment ce sont les Orcs qui m’ont le mieux accueilli bien que j’ai parfois cru finir empalé dans leur village. Mais une fois qu’ils eurent testé ma force et mon courage, ils reconnurent en moi un guerrier, et cela facilita un peu les choses… Cette épreuve m’aura entre autre appris sur le tas ce qu’est la Diplomatie…


Le test le plus déplaisant fut une confrontation qui eut lieu au sein de mon esprit. Je ne sais par quelle magie ou sortilège j’ai été amené à voir ce que j’ai vu mais j’ai détesté. Cette impression de mal-être, comme si la mort posait ses mains glacées sur mes épaules et qu’un orc m’arrachait les boyaux avec une pelle… J’ai vu…ce à quoi j’aspirais. C’était magnifique et majestueux, en arrière plan je devinais ce monde utopique que je chéris tant. Et, comme si on m’arrachait brutalement ce doux rêve, j’ai l’opposé de tout cela. Il y avait un homme, un homme lugubre. Comme l’autre que j’ai déjà croisé, mais il était différent… familier. Autour de lui tout n’était que flammes et ruines... Le ciel était recouvert d’un linceul opaque bloquant toute lueur, tout espoir. Et puis, malgré moi, je m’approchais de lui, de son visage. Je ne voulais pas voir, mais je regardais quand même, contre ma volonté. Alors, il souleva son heaume… et je vis ce que je craignais le plus, moi. C’est à ce moment là que je me suis réveillé en sueur à Gludin. Vasper était à côté de moi et me regardait. Il me dit que maintenant, je connaissais le revers de chaque médaille, que chaque chose avait son opposé et que j’y serais confronté bientôt. Il ajouta que certaines choses demeurent immuables et font partie intégrante du monde, et que du déchirement que j’ai vu dans mon rêve naissait l’équilibre qui maintenait le monde…





Le dernier test qui me mit à rude épreuve fut le plus dur. Un prêtre m’apprit qu’une innocente avait été enlevée par de mystérieux ravisseurs. Peu importait mon épreuve il me confia ainsi qu’à d’autres la tâche de la retrouver au plus tôt craignant pour sa vie. Cela était peut-être risqué de me confier déjà la responsabilité d’une vie. Mais comment savoir si un jour je serais capable de protéger quelqu’un si je n’y suis pas dès lors confronté ? Alors j’ai couru aussi vite que je le pouvais sur les traces de la disparue. J’ai fouillé chaque recoin, exploré chaque piste avec l’estomac noué, maudissant chaque seconde écoulée comme autant de temps en moins pour l’innocente. La tâche s’est montrée pénible et frustrante. Mais finalement j’ai retrouvé la gamine sur les terres des Sombres. Une chance qu’auparavant j’ai obtenu un droit de passage en leur rendant quelques services sinon… Mais même fort de ce droit j’avais intérêt à ne pas m’éterniser ni faire de vagues sinon il aurait fallu sûrement envoyer un autre chevalier récupérer mes restes…


Après une course contre le temps effrénée j’ai finalement retrouvé la fillette. Mais là je suis tombé dénue lorsqu’elle me raconta toute l’histoire. Non ses ravisseurs n’étaient pas bercés de mauvaises intentions, ils voulaient juste utiliser ses dons pour sauver leurs terres d’un mal qui la rongeait. C’était imprudent quand même de rester, mais elle refusa catégoriquement. Elle m’avoua que c’était cela la vraie sainteté. Certains ont pris jadis pour prétexte les religions pour commettre des actes indéfendables, au nom d’un Dieu qui ne le leur demandait pas. Nous ne sommes peut-être que des pions sur un échiquier qui nous dépasse. Les Dieux ou les puissants peuvent commander nos actes, mais nous sommes seuls gardiens de nos âmes. Non, la vraie Sainteté tout comme l’authentique Bravoure c’est de faire ce qui est juste. Elle me confia alors un pli ainsi qu’un bijoux qui prouverait aux prêtres qu’elle était sauve. En remettant l’objet en question accompagné d’un récit de cette épopée je terminai la dernière épreuve qui fit de moi un Paladin.


En repensant à toutes ces contrées où je suis passé, aux missions effectuées et à ce que j’ai appris en aidant et en observant les habitants de ce monde, je me suis rendu compte que j’avais mûri en tant que Chevalier, et surtout en tant qu’homme. C’est alors qu’une main se posa sur mon épaule. En me retournant j’ai aperçu le chevalier Vasper venu de Gludin ainsi que le Maître Chevalier de Giran et le Grand Prêtre du temple d’Einhasad. Ils m’accompagnèrent au sein du Temple et après avoir délibéré décidèrent de procéder au rituel qui ferait de moi un Paladin. Le Grand Prêtre m’avoue qu’il y avait longtemps depuis le dernier, et qu’il espérait, qu’ils espéraient tous ici présent que je sois digne de ce rôle et annonciateur d’un renouveau pour cet ordre en guenilles. Après une longue cérémonie faite de prières et d’incantations, ils m’ont demandé de me relever. Je me suis senti différent, c’est quelque chose d’impossible à décrire, quelque chose qui se vit uniquement… Maintenant j’étais admis et reconnu en tant que Paladin, je pouvais prétendre à avoir accès à leur savoir si je parvenais à l’assimiler et surtout j’en avais la responsabilité et les devoirs. C’est ainsi que moi, humble fils de fermier, suis devenu un jour Chevalier, et que le jeune Chevalier que j’étais s’engagea sur le chemin des Paladins…


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MessageSujet: Re: Décourir le monde..   Mer 11 Juil - 18:39

Les Amants Maudits...





Cité d'Harmondiel, terre des Elfes...



L'Honneur, une notion de moins en moins répandue en ces temps troubles. C'est pourtant ce qui fit revenir le petit paladin au sein de la cité elfique, afin d'honorer son serment. Lorsqu'il était venu auparavant enquêter sur le disparition d'Elrond, il avait appris les faits tragiques qui s'étaient déroulés en ce lieu pourtant si féerique... Des gens disparaissaient, des enfants principalement. Mais l'heure n'était pas à démarrer les recherches à cet instant, il lui fallait d'abord retrouver un autre disparu, pleuré par sa compagne à Giran. Alors quand enfin les disparus furent retrouvés, et les prisonniers libérés, il décida d'accomplir sa promesse et de venir en aide aux Elfes une fois de plus. C'est ainsi qu'il pénétra à nouveau sur les terres elfiques, afin d'apporter une pierre de plus à son rêve.


L'accueil lui sembla plus chaleureux que la première fois où il vint en ces lieux. A l'époque il avait eu l'impression d'être traité comme un chien errant ou un indésirable, alors qu'en ce jour on le saluait, on était courtois et poli. Les Elfes décidemment comme beaucoup de créatures de ce monde lui semblaient capables d'une étonnante duplicité... Ce pendant, le nombre relativement important de sentinelles l'interpella. Les Elfes craignaient ils pour leur sécurité ou bien était-ce un moyen pour empêcher de nouvelles disparitions ? Il croisa dame Trinn, membre apparemment éminent au sein des Elendils qui ne put lui indiquer où trouver Elrond, mais lui avoua tout de même s'inquiéter pour lui. Elle évoqua dans des propos assez vagues Elrond et une rivalité avec un humain...et le nom d'une Elfe chère au petit paladin.


Alors, il repensa à ce soir là où les Elendils avaient annoncé leur "fusion" avec un autre groupe d'Elfes pour le bien de leur race. Il y avait Elrond bien sur, ses compagnons Elendils ainsi que les autres, et quelques invités dont une infime poignée d'humains. Et puis, il y avait "Elle"... et "Lui". Et au milieu, Elrond et au delà Elendil... Il se rappela la scène, tandis qu'il observait le déroulement de la célébration à l'écart. Il voyait cet humain affairé au service et à l'organisation de la fête, et au delà de ses sourires et des mondanités, l'inquiétude, la souffrance d'un homme. Il y avait son regard, régulièrement rivé vers un seul point, une seule et même personne ; "Elle". Pouvait-il blâmer cet humain de ressentir quelque chose de si beau, d'aimer ? Non bien sur, mais sur le moment il ressentit une grande peine pour cet humain qui semblait si torturé...


Un sage avait énoncé une fois que ce monde reposait sur un équilibre. Tout comme Einhasad et Grain Kain, l'Ombre, la Lumière, la Haine...et l'Amour, chaque face possède son propre revers, et certains sont infiniment proches l'un de l'autre. L'amour est un sentiment complexe, qui fit couler beaucoup d'encre aux poètes et aux passionnés lors de récits aussi tragiques que romantiques. Imprévisible, incontrôlable et parfois aussi volatile que le vent il égaye ou détruit des vies chaque jour depuis le premier battement de coeur... Et, d'après le peu qu'il avait pu percevoir et observer, il se doutait intérieurement que cette histoire allait être pour ses protagonistes bien pire qu'un bras de fer diplomatique entre races haineuses… La Haine justement reprit ses droit un bref instant quand une intrus pénétra dans l’enceinte, toute arme dehors. Aussitôt Elendils et sentinelles resserrèrent leur étau sur leur proie qu’ils parvinrent à chasser sans trop de mal. C’est juste après qu’il l’aperçut « Elle » aux cotes des gardes. Troublante et curieuse, comme à son habitude. Pourtant quelque chose semblait différent, les sourires n’étaient plus, ses yeux étaient froids et vides… Puis arrivèrent Elrond et un humain ; « Lui ». Une atmosphère pesante et troublante s’installa, bien que le petit paladin ne soit pas au courrant de tous les faits, il pouvait ressentir le malaise palpable de la scène, notamment pour « Elle. »


Alors, un autre Elendil le prit par le bras et l’emmena ailleurs sous prétexte de discuter d’une affaire. Un doux mensonge, pour une noble cause puisque ce dernier avait sans doute lui aussi perçu le trouble chez les personnes présentes. Hélas, cette réaction ne fit que confirmer ce que le paladin avait cru observer précédemment.
Mais il n'était pas l'un des leurs, et ses récents faits d'armes ne lui permettaient pas de s'introduire dans la vie des gens, aussi reconnaissants soient-ils. Et quand bien même il aurait été Roy ou divinité, il jugea qu'il n'était pas de son devoir de décider pour autrui ce qu'il devait ressentir ou non, bien qu'il s'inquiéta tacitement pour "Elle". Le plus dérangeant dans cette histoire furent ses propres souvenirs, des fragments de vie passée qu'il avait pourtant cru parvenir à étouffer. Alors, afin d’enfouir ces images il alla se reposer au pied d'un arbre et attendit de rencontrer enfin Elrond.
Ce dernier mit peu de temps à arriver, aussi blême et secoué que l'autre homme de la célébration. Que l'ont soit manant, noble ou général, on possède tous nos propres faiblesses nos points faibles, visiblement ceux de l'Elfe étaient malmenés. Les deux hommes discutèrent longuement par la suite. L'Elfe lui confia ses soucis, ses craintes et ses ''méfaits". Non, décidément l'amour n'était pas chose simple à l'écouter... Son sort n'était pas enviable, lui le grand archer qui avait déjà mené les siens à de grandes victoires était désemparé devant le plus cruel de tous les choix. Car comme il est dit plus haut, l'amour ne connaît ni lois ni règles, et parfois dans le même coeur, il y a de la place pour deux... Et alors tout se complique, le bonheur devient souffrance, la joie se mue en incertitude. Les prairies verdoyantes et fertiles deviennent de vastes étendues cendreuses et stériles…


Mais il arrive dans la vie d'un homme, quelque soit sa race et son rang, il arrive forcément ces instants où il doit faire un choix... Hélas, bien souvent ces chois là sont cruels voir injustes, mais il faut choisir tout de même. Et, selon les choix et les actes on devient peu à peu quelqu'un. Certains prennent peur et tentent de fuir, mais finissent inéluctablement rattrapés tôt ou tard, et tout est à refaire... D'autres voudraient tout avoir, et se cassent les dents sur l'implacable loi de ce monde, et sont ainsi forcés d'accepter l'échec, la frustration. Et puis il y a ceux qui résignés ou non, avec bravoure osent choisir. Ceux la espèrent en leur fort intérieur ne pas avoir de regrets par la suite, et avoir bien choisi… Le Petit Paladin expliqua à son interlocuteur l’inéluctable fatalité du choix, sans pour autant décider à sa place. Il ne fit qu’écouter la peine de l’Elfe et recueillit toute sa souffrance, qu’il lui renvoya sous forme de réflexions et d’interrogations afin justement de l’aider à y voir plus clair. En effet, la diplomatie des sentiments lui sembla bien plus ardue que celle des enlèvements…




L’Elfe repartit quand ses propres questions et doutes furent trop insupportables. Il choisit durant quelques instants de fuir un peu la réalité. Malgré ses quelques dons curatifs, il regarda partir l’Elfe légèrement frustré, conscient que nulle médecine ne pouvait guérir ce type de blessure. Et là encore, des souvenirs aussi tranchants que du verre dans la chair lui lacérèrent l’âme. Il ne voyait pas repartir l’Elfe, mais lui-même quelques années plus tôt quand..
Une silhouette attira son attention, suffisamment pour chasser ses souvenirs douloureux. Il crut la voir courir, Elle. Mais au lieu de la croiser, il tomba sur cet humain, cet humain si triste l’autre soir. De brefs salut cordiaux ponctuèrent une discussion succincte sans réel intérêt avant que l’humain ne reparte. Il aperçut au coin d’une échoppe son amie, celle qui était malgré elle au cœur de ce complot amoureux et décida d’aller la rejoindre.
Hélas pour lui, les sourires et la joie n’étaient toujours pas revenus. Comment auraient-ils pu revenir si vite après ce qu’il avait appris d’ailleurs ?


Inquiet et maladroit, il tint une conversation poussive auprès d’ « Elle » afin de s’assurer que tout allait bien. Celle-ci s’obstina à affirmer que oui, sans réel talent pour la duplicité. C’est aussi cela qu’il appréciait chez elle, sa gentillesse et sa pureté. Pourtant en cette soirée qui s’annonçait, elle semblait si triste, si maussade et épuisée. Elle lui avoua qu’elle souhaitait se reposer sous leur arbre, l’Arbre Mère. Sans se décontenancer, il lui demanda s’il pouvait l’accompagner, n’ayant jamais eu la chance d’observer ce lieu de légendes… Elle accepta, après avoir rangé la dague qu’elle venait juste d’acheter. Ils se dirigèrent tous les deux vers la clairière de l’Arbre Mère. Le Paladin l’accompagnait, sans se douter un seul instant de l’atmosphère tragique de ce moment, ni de son symbolisme. Elle alla se nicher dans un creux, entre deux immenses racines. Il alla s’asseoir sur une branche un peu plus en hauteur afin de ne pas rouiller son armure et lui parla encore et encore. Il essaya sans relâche et avec vaillance de dérider ses lèvres fermées, d’ouvrir un peu plus ses dents serrées, en vain. Elle ne riait plus. Elle ne souriait plus. Elle voulait dormir… Mais il ne renonça point. Il redoubla d’efforts pour enfin parvenir à décrocher un infime, une minuscule esquisse de sourire. Cette mascarade l’épuisa autant que s’il avait du charger une armée de morts-vivants, mais il était déjà plus rassuré.
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MessageSujet: Re: Décourir le monde..   Mer 11 Juil - 18:40

(Part II)







Alors, il la laissa se reposer après une ultime facétie qui faillit lui coûter une jambe cassée et une armure inutilisable. Que n’aurait-il point fait pour l’aider ? Il s’éloigna peu à peu marchand pieds nus dans la marre environnante. Une lame brilla fugacement et puis du sang tiède s’écoula dans l’étang…
Par malchance ou peut-être par chance plutôt le sort voulut qu’il ait un accident en marchant sur une pierre aussi glissante et coupante. Il fit demi tour pour demander un avis de guérisseuse mais… Rien, il n’y avait plus personne là où elle se tenait. Rien qu’un filet rougeâtre qui stagnait à la surface de l’eau, remontant des profondeurs. Il n’avait pas pu deviner son soulagement quand il était partit, il ne put voir la dague fraîchement achetée luire brièvement sous l’éclat des étoiles, ni entendre ses chairs lacérées. D’instinct, il plongea ses mains sous l’eau priant Einhasad pour sentir son corps. Il sentit alors la chair et s’en saisit, puis tira brutalement vers la surface. Il la sortit de l’eau et appela de l’aide. Le premier à être venu fut Elrond.


L’Elfe paniqué arracha le corps des bras du Paladin et fit mine de la ramener aussitôt au village. Le petit paladin refusa, il fallait d’abord endiguer l’hémorragie. Des gouttelettes de sang perlaient au bout de ses doigts et ruisselaient de ses poignets. Sans réfléchir, il apposa ses mains sur la blessure et se concentra le temps de faire le vide. Il se remémora ce qu’il avait appris, les mots précis et leur rythme. Une mince lueur brilla sous les mains de l’humain et quand il les retira, le sang ne coulait plus de la plaie où gisait désormais une fragile cicatrice. Un léger clapotis remplissait l’écho des lieux entre les cris et les sanglots de l’Elfe. Du sang continuait de couler. Il examina alors le deuxième poignet et aperçut la deuxième entaille. Il répéta les mêmes gestes et les mêmes mots, tandis qu’Elrond la tenait dans ses bras, toujours inconsciente. La blessure ne se referma qu’à moitié et le sang ruisselait encore. L’artère avait été profondément entaillée. Il apposa à nouveau ses mains et appuya fort pour endiguer l’hémorragie tout en psalmodiant. Après quelques frayeurs il parvint à stopper les saignements. Il fit signe à Elrond de l’amener sur la berge au plus vite. Il les suivit de près mais fut ralenti lorsqu’il marcha à nouveau sur un objet tranchant et froid, mais pas une pierre cette fois ci.


Pendant ce temps, panique sur la berge. « Elle » ne respirait plus. Elle n’était restée que peu de temps immergée, mais il fallait absolument qu’elle respire, qu’elle vive. Les deux hommes la tournèrent sur le côté et tentèrent de la faire expectorer l’eau qu’elle avait inhalée. Un frêle râle leur indiqua qu’elle recommençait à ventiler, à vivre. L’Elfe la prit dans ses bras soulagé de l’issue qui frôla le drame. De son côté, le paladin sortit quelques bandages qu’il imbiba de produits curatifs. Il les noua autour des cicatrices encore fragiles pour en faire des pansements à la fois protecteurs et compressifs. Il apposa en plus ses mains une fois encore sur les blessures pour les consolider au mieux.
Une silhouette observait la scène en silence. Une silhouette bien connue du petit groupe affairée à sauver la suicidaire. Celle que le paladin avait fait libérer par la diplomatie, celle qui avait risqué sa vie pour Elrond. Ce dernier fut alors rappelé de façon cruelle à son sort et à la réalité de l’instant, celui de devoir faire un Choix. Souvent on aimerait tout avoir, surtout lorsque l’on est encore jeune. Puis en vieillissant on s’assagit, on préfère n’avoir que peu de choses, mais essentielles comme l’Amour, la Santé… Seulement hélas, parfois on nous refuse même ces quelques désirs si communs


Il la confia à l’humain tandis qu’il alla parler avec sa compagne. Ce dernier serra dans ses bras l’Elfe inconsciente et prit soin d’elle jusqu’au petit matin. Quand elle ouvrit les yeux, elle pu apercevoir au dessus d’elle le visage fatigué et mal rasé du Paladin qui scrutait l’horizon en chantonnant une comptine. Il baissa les yeux et la fixa un moment, ne sachant trop quoi dire. Devait-il la plaindre ? Devait-il la bousculer et la gronder pour son acte ? Vraiment, l’amour conduit parfois à commettre des actes insensés… Il repensa à Elrond parti il y a déjà longtemps avec sa compagne, au choix qui lui était imposé. Puis il la regarda à nouveau, plein de chagrin et de compassion. Ils parlèrent longuement tous les deux, de vie, d’espoirs… Elle pleura longuement dans ses bras, et lui l’encouragea à déverser son chagrin, sans honte et sans jugement il reçut toute sa douleur. Elle aperçut alors sa blessure au pied qui saignait encore. Il se l’était faîte en la ramenant sur la berge, en marchant sur le couteau qu’elle avait utilisé pour... Elle se leva brusquement et partit à la recherche de l’arme. Bien évidemment, le paladin l’accompagna au cas où elle souhaiterait recommencer. C’est lui qui trouva la dague, et il s’empressa de l’enfouir au fond de sa besace en adressant à son amie un regard dur des plus précis…


Elrond et sa compagne ne revinrent que bien plus tard, se tenant par la main. Le paladin et sa protégée se tenaient perchés sur une haute racine et les observaient. Cette vision les surprit tous les deux, notamment « Elle ». Comme si ses blessures s’étaient rouvertes son visage s’assombrit et devint froid. Apparemment, Elrond avait choisi. Hélas, alors que la situation s’acharnait à ne pas se simplifier, l’autre revint ; « Lui ». Il semblait inquiet et agité, rongé par sa passion et ses sentiments qui le consumaient. Sa seule vue ébranla d’avantage l’Elfe qui eut sur l’instant envie de se jeter du haut de son perchoir. Mais une main gantée de métal lui fut tendue juste avant. Le Paladin pour une fois perspicace l’invita à partir d’ici. Elle accepta et ils fuirent tous les deux main dans la main vers la forêt avoisinante. C’est ici qu’elle lui expliqua son histoire, sa douleur ou du moins une parcelle. Et, comme si l’instinct de guérisseuse était plus fort que son chagrin ou ses pulsions morbides, elle insista pour voir la blessure du Paladin. Ce dernier refusa et lui promit qu’elle le soignerait le lendemain. Grimaçant, elle fut forcée de se résigner à attendre le lendemain. Par un stratagème enfantin, il parvint à la culpabiliser et lui faire promettre de le soigner le lendemain sinon quoi il pourrait avoir des ennuis, de la fièvre ou peut-être même perdre sa jambe…


Sa plus grande victoire en ce jour ne fut pas de l’avoir sauvée de la mort. Ni de lui avoir fait promettre de tenir au moins encore une journée de plus, non. Sa plus grande victoire fut ce doux rire cristallin qu’elle laissa enfin échapper. Son choix était peut-être contestable, mais désormais il était persuadé que pour le moment elle irait un peu mieux du moment qu’elle mettait un peu de distances entre ces hommes. Alors, après lui avoir encore fait promettre de l’aider le jour suivant et l’avoir saluée, il repartit au village elfe.
En chemin il croisa cet homme, cet humain qui recherchait désespérément son aimée, celle qui avait failli mourir cette nuit et ce matin en le voyant juste. Le Paladin par éthique lui confia ce qui était arrivé durant la nuit mais lui assura qu’elle était hors de dangers. Mais un cœur fougueux brûlé par l’inquiétude n’obéit pas à la raison. Il n’écouta pas les paroles du petit paladin qui refusa de lui indiquer sa position, position qu’il ignorait désormais. L’homme partit une première fois à sa recherche et revint quelques instants plus tard, bredouille. Il interpella violemment le paladin en le menaçant. Ce dernier lui répéta calmement qu’il ignorait où elle se trouvait, et qu’il devrait la laisser tranquille quelques temps afin qu’il ne la pousse pas malgré lui à commettre l’irréparable. Mais l’homme n’écouta point. Cependant il ne pouvait lui en vouloir, pas même lorsqu’il le frappe au visage par dépit. Il aurait peut-être réagi ainsi s’il était dans la même situation. D’ailleurs il y a de cela quelques années, il avait vécu la même situation…


Alors, il reprit sa route, l’esprit assailli de souvenirs qu’il aurait aime refouler. Certaines choses en ce monde sont aussi merveilleuses que terrifiantes, dont l’amour en premier lieu. Quel étrange et cruel sentiment, capable de donner la vie comme de la reprendre, de conduire des nations à la guerre pour un être aimé ou faire ressortir ce que l’on a de mieux en soi. Faudrait-il alors se priver de cette quête de bonheur aussi éphémère soit-il ? Qui sait, faut il ignorer ce qu’on ne connaît pas ou vivre en renonçant à ce fruit défendu si dangereux ? Nul n’a la réponse, cette réponse toute faîte que nos esprits cherchent en vain le soir lorsque nous sanglotons seuls sur notre couche désormais vide. Certains goûtent au bonheur et y prennent goût, d’autres paniquent et prennent peur ou bien gâchent tout. D’autres encore en sont privés malgré leur désir ardent de le vivre. Non, certaines choses essentielles de ce monde échappent à la raison et à l’esprit……"comme la diplomatie du coeur" ou bien les sentiments qu'on croyait enfouis. Car pendant son retour vers les cités humaines, une image le hantait...


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MessageSujet: Re: Décourir le monde..   Mer 11 Juil - 18:40

Cauchemars...







Au coeur d'une grotte funeste, où l'espoir est insulte...




Un corps gît sur le sol glacé de cette antre macabre, un corps qui comme ceux qui l'ont précédé ne devrait pas être là. Enchaîné par cordes et magie il fut amené en ce triste lieu par la force et la traîtrise. La traîtrise des adeptes du sombre père qui n'hésitèrent pas à l'attaquer à la porte du temple d'Einhasad, et la traîtrise des gens présents qui ne firent strictement rien pour les en empêcher. Et le voilà désormais à leur merci, lui le petit paladin, au sein de l'antre de ses pires ennemis. Ceux ci s'affairaient à un de leur rituel impie, malmenant la chair et l'esprit de leur proie. Des mains hélas bien trop expertes firent pénétrer le poison, tandis que d'innombrables yeux avides guettaient avec impatience son résultat. Alors, prisonnier et victime de cette substance infâme qui fouillait son être, le Paladin fut contraint de voir...




[I]Mon esprit s'égare...Est-ce comme cela la fin ? Je ne sens plus rien, je tombe je crois... ou bien peut-être que je m'élève je l'ignore…
Et puis j’entends quelque chose au loin, comme le vent qui colporte une rumeur. Avant que je ne m’en rende compte mon esprit s’engouffre vers sa provenance.. Quelque chose en moi lutte, je ne veux pas y aller comme si je savais…Mais j’y vais quand même.
Je contemple cette grande cité que j’ai appris à connaître, ses merveilles, sa splendeur et sa puissance. Mais, quand je cligne des yeux, tout change… Les bâtiments sont en ruines tandis que la cité entière brûle. Les prairies et les cultures sont devenues des charniers. Il n’y a plus ni rires, ni vie, rien que la mort qui témoigne du pouvoir de la Haine…

J’hurle, mais seul le néant me répond, en étouffant mes cris au fond de ma gorge. J’essaie de m’approcher de trouver des survivants ou une explication, en vain. Je me sens aspiré, traîné comme un vulgaire sac vers un autre endroit. J’ai déjà peur à l’idée de ce que je vais y trouver…


Je lute, j’essaie de fermer les yeux et sortir de ce qui semble être un cauchemar, mais je vois quand même... Je revois ce village féerique, patrie des Elfes. Sa beauté, sa magie et sa grâce. Une vague de soulagement m’envahit quand je le retrouve en état, mais la suite n’en est que d’autant plus cruelle… La brise funeste se réveille et emporte avec elle une odeur de mort et de souffre. Les édifices deviennent ruines, les oiseaux et les chants mélodieux des elfes se sont à jamais tu tandis qu’au loin brûle l’Arbre Mère… Et je contemple, impuissant, le chaos et la désolation se répandre sur le monde sans que rien ne soit fait pour le freiner..


Je tente désespérément de me débattre, mais encore une fois je tombe, emporté par quelque chose qui me dépasse et qui me torture méticuleusement…


Soudain tout redevient noir. Et, peu à peu, j’entends une clameur et un brouhaha sourd au loin. Petit à petit il devient de plus en plus clair et précis pour devenir le vacarme d’une bataille. Devant moi s’entretuent les derniers habitants de notre monde, chaque race, chaque clan charge l’arme au poing… Et ils tuent les bougres, ils tuent mon rêve par leur haine. Je crie, j’hurle mais personne ne m’écoute. Je ne veux plus voir cela, je ne veux pas l’accepter, mais je regarde quand même malgré moi. Oui, je contemple mon pire cauchemar qui se déroule devant moi. Et cet infâme n’hésite pas à étaler devant mes yeux consternés toute la haine, toute l’horreur que je redoute le plus… Alors je scrute les cieux et tend ma main vers eux, priant, espérant et suppliant notre tendre Mère de venir en aide à ses enfants qui ont perdu la raison… Mais personne ne répond…


Hélas, ma torture ne s’arrête pas ici… Je sens quelque chose ou peut-être quelqu’un fouiller en moi. Je sens ses mains griffues fouiller ma chair et lacérer mon esprit pour tenter d’en extraire ce que j’y ai enterré au plus profond. Non ! Une part de moi redoute le pire, tout mais pas cela, non…pitié… pas Elle. Je lute je résiste des quelques forces qui me reste, je ferme les yeux à en saigner. Mais tout à coup j’entends ce son mélodieux, et toutes mes défenses volent en éclat. Ce doux rire cristallin capable d’attendrir le plus endurci des cœurs. Capable de réchauffer un cœur glacé. Capable… de mettre le miens au supplice. En baissant ma garde, je sens remonter peu à peu ces souvenirs aussi tranchants que du verre dans ma chair. Et ils surgissent avec violence du plus profond de mon être, lacérant mon esprit sans retenue. Je revois…ce visage angélique. Ses yeux où j’aimais me perdre durant des heures… Je revois alors malgré tous mes efforts « l’Unique ». Alors, perdu pour perdu, je tends la main en espérant une ultime fois la sentir contre moi, et peut-être trouver la paix…

Mais ce rêve là aussi m’est brusquement arraché. Sa silhouette s’évapore et s’éloigne emportée par ce maudit vent. Je cours, je supplie. Mais j’échoue là aussi. Elle s’en va, une fois de plus. Et, quand je la regarde disparaître peu à peu sous mes yeux où je sens perler une larme, je vois derrière elle le monde consumé dans le chaos, la haine et les flammes. Alors je me sens tombé à genoux, vide de toute force, de tout rêve… Et je prie, je prie pour que tout cela s’arrête, pour avoir la force d’empêcher cette vision atroce…Et pour la première fois depuis des années, j’ai pleuré de chagrin mais aussi de honte…
Je sais que le moment viendra où je me réveillerai, et ce moment là, je leur ferai payer cher cette torture..


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MessageSujet: Re: Décourir le monde..   Mer 11 Juil - 18:41

Agresser pour protéger...








Cité de Giran...




Une journée pourtant si calme, du moins autant que faire se peut dans une ville au climat si tendu et si prompt à s'embraser. Quelques étalages à la sauvette finissaient d'engraisser leurs propriétaires tandis que les gardes bloquaient de temps à autre le passage à un Sombre trop hardi, le tout baigné d'indifférence et de détachement comme il est désormais d'usage. Phénomène qui avait le don de consterner et d'agacer jour après jour le Paladin. A noter toutefois qu'il y avait eu moins d'incidents avec les Sombres cette journée là. Mais une arrivée inattendue l'extirpa à la contemplation de l'individualisme sous-jacent de la cité. Rian, qui avait décidé de reprendre son nom, lui indiqua que les Sombres avaient repris les armes et tentaient cette fois ci d'attaquer Dion. Autant les Apostatis et lui même eurent rarement de bons contacts, autant l'idée de laisser ce paisible village aux mains des Sombres qui semblaient toujours plus avides de conquête lui glaça l'échine. Alors, après avoir salué Rian et l'avoir remercié de cette information, il s'empressa de rejoindre Dion en espérant arriver à temps et peut-être éviter un carnage inutile...



Hélas, les Passeuses refusèrent d'accorder le voyage jusqu'au village. Leur éthique si personnelle leur interdisait probablement d'amener des gens vers une mort certaine, ou peut-être que la situation là-bas était si chaotique qu'elle perturbait leurs pouvoirs et les passages magiques. Mais peu importait au Paladin, il lui fallait y aller et le plus rapidement possible... Alors, il fut forcé de rallier Dion à partir de Gludin de ses propres moyens. Une longue et pénible cavalcade qui manqua maintes fois de l’épuiser. Mais renoncer lui était interdit, il avait prêté serment, il avait un rêve à bâtir... Pendant ce temps là, au village de Dion d’importants mouvements de troupes étaient observés. Les sentinelles aperçurent nombre de Sombres converger vers les alentours du village et se diriger vers le château. Sans nul doute que les défenseurs locaux se regroupèrent à l’intérieur afin d’organiser leur défense. Restait à espérer qu’ils tiendraient et que des renforts viendraient leur prêter main forte.


Certains étaient effectivement en chemin. Quand enfin le Paladin aperçut au loin la cime des tourelles du château, il fut soulagé de voir qu’aucune fumée noirâtre ne s’en élevait. Peut-être n’arrivait il pas trop tard. Il traversa le village a demi désert, la population s’étant enfermée et barricadée alors que les marchands terminaient de plier leurs échoppes. Quelques hommes d’armes erraient en ville. A la lisière du village résonnaient quelques chants lugubres aux intonations gutturales, des chants qu’il ne connaissait que trop bien pour les avoir entendu lors du siège de Giran. Les Sombres étaient tout proches, et finissaient de se mettre en marche vers le château. Une cohorte de silhouettes noires déferla dans les plaines environnantes du château, telle une marée funeste. Rapides, aux pas feutrés et véloces ils convergeaient vers l’imposant édifice. On aurait dit tous les maux de ce monde qui se ruaient vers leur proie, et bientôt le château fut encerclé d’ombres hostiles. Une fois regroupés et à peu près organisés, ils lancèrent l’assaut contre les murs du château. Alors qu’il contournait l’édifice pour rejoindre la position des Sombres, le petit paladin aperçut l’immense silhouette d’un être de métal et de bois. Cette fois ci les Sombres semblaient bien plus décidés et préparés, ils avaient utilisé la science naine pour invoquer les pouvoirs d’un Golem. Se pouvait il qu’un nain les aide ? Qui sait, mais là n’était pas le plus urgent.




Il arriva finalement à revers de la position des Sombres. Il constata avec effroi qu’ils étaient bien plus nombreux que la dernière fois. Il en fut probablement si étonné qu’il n’entendit pas les pas derrière lui. Par chance ce n’étaient qu’une poignée d’humains non hostiles accompagnés d’un Elfe. Parmi eux il y avait cet homme qui avait été proclamé Haut Cardinal d’une religion inconnue de tous. Hélas, les Sombres aperçurent le petit groupe à revers de leur position et attaquèrent, d’autant plus que certains dont l’Elfe avaient leurs armes brandies. Mais ni les protestations ni l’attitude pacifique des membres du groupe ne parvinrent à freiner la violence des Sombres. L’Elfe tomba à terre tandis qu’ils tentèrent de blesser le Haut Cardinal. Par miracle ils épargnèrent le reste des personnes présentes, venues uniquement prendre soin des blessés. Les Sombres repartirent à leur siège après avoir menacé comme il se devait les intrus venus soigner les blessés. Non, la diplomatie venait d’échouer avant même d’être entamée. Que négocier avec des êtres qui frappent les non belliqueux ou ceux qui viennent limiter les pertes ?


Ils tirèrent le corps de leur camarade Elfe en sûreté le temps de lui porter les soins nécessaires. Une fois ses jours épargnés, le Paladin partit de son côté et opéra un large contour de la position des Sombres pour rejoindre la porte principale. Celle-ci était intacte et fermée, mais les Sombres tentaient cette fois à l’aide de leur golem de défoncer les murs. Des pas derrière lui, encore. Mais cette fois-ci il reconnut un amie et peut-être un allié. Un Elfe, membre des Elendils. Elrond n’était peut-être pas loin, il y avait peut-être encore une chance d’empêcher que Dion ne tombe entre de sombres mains… Il rejoignit un petit groupe venu prête main forte à la ville de Dion, principalement composé d’Elendils et d’une poignée d’humains. Elrond était là, blessé mais entre les mains d’une guérisseuse. Quand le groupe fut rétabli et prêt à combattre, le Paladin les rejoignit, résigné. Non en effet, en ces lieux il n’y aurait nulle autre diplomatie que celle des armes, apparemment la seule que ces bouchers semblaient comprendre. C’est à ce moment qu’il fut forcé de comprendre et surtout admettre que la création de ce monde parfait pour chacun nécessiterait inéluctablement une part de guerre et de violence…


Mais le temps n’était pas à la réflexion ni à la méditation. Une poignée de Sombres venus en reconnaissance aperçut le groupe ennemi et chargea. Les archers elfes décochèrent une volée de flèches meurtrières auxquelles répondit la magie malsaine des Sombres. Mais grâce aux soigneurs et à une savante collaboration, le groupe mené par les Elendils prit l’avantage pour le moment. Les Elfes utilisèrent la même méthode qu’a Giran, attaquant sans relâche l’ennemi par raids successifs afin de saper les défense et l’endurance des Sombres qui se retrouvaient désormais pris en étau entre les défenses du château et leurs ennemis héréditaires. La bataille prit un nouveau tournant avec cette arrivée inattendue. Les combats faisaient rage de chaque coté, que ce soit pour le pouvoir, la défense, la haine ou un idéal. Les plaines autour du château se gorgèrent une fois encore du sang des blessés, et quand par endroit elles en étaient repues gisaient quelques mares écarlates en témoignage de l’horreur de la bataille. Le Paladin brandit lui aussi son arme contre ses opposants, son seul honneur fut de n’attaquer que pour se défendre ou bien l’un de ses compagnons. Les arts et enseignements qu’il avait si longuement étudiés furent mise à contribution durant le combat. Comme si tout son parcours, toutes ces quêtes et ces leçons n’avaient servies qu’à préparer cet instant, cette horreur du champ de bataille…


Un Sombre chargea en sa direction, épée brandie. Alors, d’instinct et sans réfléchir il leva haut son bouclier et campa ses appuis pour recevoir l’impact. Son ennemi rencontra avec fracas son écu et perdit son élan tandis que le paladin demeurait immobile, toujours solidement ancré sur ses appuis. Le Sombre enchaîna quelques coups d’épée qui ne rencontrèrent encore que le bouclier de l’humain. De rage et de frustration il tenta à nouveau de charger le paladin, mais une flèche aux reflets d’argent se planta dans son buste et lui fit mettre genou à terre. Une deuxième perfora son armure et le mit à terre. Le paladin se retourna et aperçut Elrond qui n’adressa aucun regard à sa victime. L’Elfe continuait de semer ses pluies de flèches mortelles sur ses ennemis. Le Paladin regarda le corps du Sombre agité de spasmes de douleurs. Sans dire un mot, il ôta une à une les flèches qui avaient transpercé sa chair et apposa ses mains. Les mots lui étaient désormais devenus familiers, trop même peut-être. Une mince lueur enveloppa les mains du paladin au dessus des blessures désormais suffisamment cicatrisées pour éviter le trépas, sans pour autant permettre au sombre de se relever combattre…




Et il en fit de même le plus souvent possible sous le regard interrogateur et dégoûté de ses alliés comme de ses ennemis. Mais, alors qu’il versait le contenu d’une potion aux vertus curatives sur les plaies d’un Sombre, d’autres l’attaquèrent. Il parvint à se défendre quelques instants, mais ils étaient trop nombreux. Et à son tour, son sang coula sur la plaine… Quand il ouvrit les yeux, il était loin du champ de bataille. Cependant la clameur et la furie des combats demeuraient perceptibles. Il découvrit une jeune à ses côtés qui s’affairaient à guérir sa blessure au flanc. Encore sonné, il tenta de se rappeler les circonstances de sa curée, il revit les Sombres charger alors qu’il aidait l’une des leurs et puis ce coup en traître derrière la tête… La jeune fille le quitta sans dire un mot et partit finir d’aider les blessés. Après quelques minutes de récupérations nécessaires, il se releva et décida d’aller prêter main forte à ses compagnons qui eux continuaient de lutter. Sa lutte à lui était-elle justifiée ? Ne commettait il pas là un crime aux yeux de ses idéaux ? Ou bien était-ce justement la plus noble des raisons, vouloir empêcher que ce village si calme ne tombe entre les mains de ces êtres cruels. Même s’il ne portait pas les Apostatis dans son cœur, il les préférait encore quelques temps à la tête de Dion plutôt que les Sombres.


Alors, son arme brandie avec hargne, il retourna sur le champ de bataille, remerciant les bienfaits d’Einhasad et de ses disciples. Il retrouva rapidement les Elendils et les autres compagnons d’arme. La situation avait légèrement tournée, les Sombres semblait s’épuiser et d’après quelques rumeurs colportées les Orcs qui s’étaient alliés avec les Sombres s’étaient rebellés, encore une fois. Cela était de meilleur augure pour Dion à condition que les Orcs ne prennent pas non plus le château. Quand bien même les enfants de Paagrio étaient devenus d’inattendus alliés, la fureur et la haine d’Elrond ne les épargna pas pour autant. Le chaos régnait en ces lieux ainsi que la prétendu loi du plus fort. Chaque camp, chaque groupe éliminait ceux qui leur faisaient barrage. Parmi eux, le petit groupe où était le paladin progressait rapidement, enfonçant les lignes ennemies avec rage et méthode. Par raids les archers elfes attiraient les Sombres en dehors de leurs positions et les amenaient droit sur le paladin et le reste des guerriers qui les attendaient le pied ferme. Ainsi ils bloquaient l’avancée des Sombres au corps à corps tandis que plusieurs volées de flèches s’abattaient sur eux. Ils laissèrent derrière leur avancée un sillage de corps. Un autre groupe se joignit à eux, appartenant aux défenseurs de Dion, des Apostatis principalement. Ensembles ils remontèrent les lignes ennemies jusqu’à leur campement, jusqu’à leurs propres étendards. Les Sombres tentaient de se défendre avec rage et détermination. Mais leurs ennemis continuaient inexorablement de progresser. Et bientôt les étendards furent enfin à portée de lame…


L’assaut fut aussi rapide que brutal. Les dernières poches de résistance Sombre étaient regroupées dans leurs campements. Guettant l’arrivée de leurs ennemis, ils se positionnèrent et se regroupèrent pour défendre leur position. Arcs, magie et acier étaient prêts à s’abattre sur ceux qui contrecarraient leurs plans de conquête. Non, les Sombres ne feraient pas de prisonniers encore une fois. Mais le sort voulut que cette fois encore, la victoire se range de l’autre côté. Car humains, elfes et une poignée de Sombres déferlèrent avec violence sur leurs positions. La bataille fut féroce et violente. Des flèches fusaient de toute part tandis qu’éclairs et magies étaient lancées. Les guerriers chargeaient des deux côtés afin d’abattre leurs armes sur leurs ennemis. Le paladin dut rivaliser de vigilance et d’adresse pour parer les assauts et porter secours aux alliés blessés. La folie était telle qu’il était parfois presque impossible de distinguer ses amis de ses ennemis dans la confusion de cette mêlée sanglante. Et puis, le fracas cessa tout aussi brutalement qu’il était né…


Les étendards continuaient de brûler tandis que le dernier Sombre tomba à terre. Les autres prirent la fuite devant ce nouvel échec. Quand il se retourna, le paladin découvrit avec horreur ce qu’il avait aidé à créer… Une marée de corps et de blessés à perte de vue gisant sur un sol gorgé de sang. La culpabilité et la honte lui firent presque aussi mal que le courroux d’une sombre qu’il avait blessé par accident en la prenant pour une ennemie. C’était un juste retour des choses. Lui qui était venu risquer sa vie pour protéger une contrée s’était en réalité battu pour empêcher une race qui ne cessait de se montrer de plus en plus belliqueuse de prendre d’avantage de pouvoir. Quelque part il s’était travesti, emporté par la furie des combats et de la haine de ses alliés peut-être. Parfois pour protéger quelque chose il est nécessaire de se battre. Cependant, la Justice sans Pouvoir n’est rien. Mais le Pouvoir, sans Justice, n’est que violence… Voilà ce que ce carnage lui aura appris à ses dépends. Son seul réconfort fut de savoir que Dion ne tomberait pas entre les mains des Sombres cette fois ci, mais était-elle autrement en de meilleures mains ? Il n’aperçut les défenseurs que tout à la fin. Étaient-ils occupés à combattre ailleurs ou bien étaient-ils si peu nombreux ?


Ces questions trottèrent en son esprit quelques temps, avant que la fatigue et les blessures ne reprennent leurs droits. Il s’était produit beaucoup de choses et de rebondissements. Plus déroutant encore, jusqu’alors il n’avait jamais eu à lever son arme contre autre chose que des monstres et quelques créatures. Cette fois ci s’était différent, il avait attaqué, il avait frappé et faillit tuer même. C’était son premier siège, sa première vraie bataille. Mais pas sa première désillusion hélas. Dion était sauvée pour quelques temps, mais bientôt tout recommencerait probablement.
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MessageSujet: Re: Décourir le monde..   Mer 11 Juil - 18:41

Ô funeste reflet...











Au coeur d'une ruine oubliée...




De vieilles pierres usées et meurtries par le temps se dressaient vaillamment à côté de celles tombées sous ses assauts, comme un défi, comme un soubresaut d’orgueil d’une gloire oubliée. L’édifice devait être magnifique jadis, peut-être un palais, ou un temple. Mais maintenant ce n’était qu’une ruine oubliée et ignorée des mémoires.
Pourtant en cette nuit des pas foulèrent pour la première fois depuis longtemps un sol désormais recouvert d'herbes et de mousse. Deux hommes que tout oppose se trouvaient face à face en son sein. Leurs chemins s’étaient déjà croisés maintes fois auparavant. Mais cette nuit cela semblait différent. Beaucoup de choses s’étaient produites depuis leur dernière rencontre. Le jeune et impétueux Chevalier de Gludin avait traversé nombre d’épreuves qui avaient mis ses principes et sa foi à rude épreuve. Mais malgré tout il était parvenu au rang de Paladin. Quand à l’homme qui lui faisait face, il incarnait symboliquement son reflet. Chevalier funeste au service du Sombre Père, un semeur de mort à l’esprit terriblement aiguisé.


Ils s’étaient déjà rencontrés peu auparavant à Giran alors que le jeune Paladin tentait de comprendre quelques rudiments d’elfique auprès d’une amie jadis prisonnière des Sombres. Mais un quiproquo linguistique mit le feu aux poudres qui ne demandaient sans doute qu’à s’embraser. Le sombre chevalier se croyant insulté par les mots de l’Elfe provoqua le Paladin par d’acides paroles. La situation manqua de s’envenimer, mais le sang ne coula point. Ils se quittèrent comme ils étaient venus chacun de son côté, chacun avec son propre fardeau. Mais une graine avait été semée et nul doute qu’il y aurait très prochainement une nouvelle rencontre entre eux, moins courtoise que les précédentes probablement. Cela était prévisible depuis bien longtemps, depuis les premiers choix du jeune paladin. Certaines choses sont écrites et demeurent immuables, ombre et lumière se déchirant à chaque instant afin de garantir un équilibre, la possibilité d'un choix…


Et, comme si cette nuit là avait été écrite, leurs chemins se croisèrent à nouveau. Seuls, entourés de ruines désertes et oubliées. Personne pour les entendre, personne pour les voir, ni personne pour les aider. Les deux chevaliers se toisèrent quelques instants. La rancoeur de la précédente entrevue semblait toujours palpable ainsi qu'une pointe d'amertume du côté du serviteur de Grain Kain. Cependant, les armes restèrent au fourreau tout le temps de la rencontre. Mais les mots eux... furent brandis et acérés comme des lames. Certains même firent mouche parfois. Car c'était bel et bien un combat qui se déroulait en ce lieu. Un combat d'idéaux et de foi, avec pour armes la détermination et les arguments. Aucun ne céda la moindre parcelle de terrain à son opposé. Car c'est bel et bien ce qu'ils étaient au delà d'être simplement des ennemis. Comme si chacun avait devant lui un miroir lui reflétant son inverse. Ombre et Lumière se déchirant à nouveau dans ce ballet éternel et violent.


Et puis les mots se turent, et le silence régna à nouveau sur les lieux. Tout semblait avoir été dit, bien que ce ne fut pas utile pour certaines choses, déjà écrites depuis l’aube des temps. Alors ils se fixèrent longuement, sans mot dire. Ils contemplèrent leur propre reflet dans le regard de leur ennemi. Liés par un lien funeste et fataliste ils avaient tous les deux conscience que leurs routes se croiseraient à nouveau, inexorablement. Et qu’un jour peut-être même prochain, cette fois ci les armes parleraient en plus des mots. Qu’un jour peut-être, il n’en resterait qu’un...ou peut-être aucun même. Mais pas cette nuit, non. Pour cette nuit, ils se reconnurent mutuellement comme adversaires avec le respect dû à ce rang. Et tout à la fin, juste une promesse de la part du Paladin ; de tout faire pour réparer les maux que les êtres tels ce sombre chevalier répandraient. Ce à quoi ce dernier répondit par un simple avertissement ; que la moindre erreur lui monterait à quel point les autres adeptes de Kain étaient doux par rapport à lui.

Il n’y avait plus rien à dire désormais. Chacun savait ce qu’il devait accomplir et qui il croiserait tôt ou tard en travers de ses projets ou de ses rêves. Le Destin et le hasard maintenant décideront de leur prochaine confrontation ainsi que de l’issue peut-être. Nul ne peut dire ce qu’il adviendra d’eux ou de leur combat. Mais sans nul doute que ces deux volontés inflexibles se battront jusqu’au bout de leurs idéaux, pour le salut à leur manière d’un peuple ou d’un monde qui n’en a cure…
Certaines batailles ne s’arrêtent jamais. Mais une nouvelle n’a fait que débuter…



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MessageSujet: Re: Décourir le monde..   Mer 11 Juil - 18:41

Remords...






Cité affranchie de Gludio...



Une silhouette erre dans la ville en pleine activité. Tandis que les Elfes renforcent leur souveraineté sur leurs nouvelles terres, reconstruisant murailles et tours, elle arpente le pavé encore souillé de Gludio, sans but ni entrain. Elle semble fuir les habitants et toute personne qu'elle croise. Elle pourrait, elle devrait fuir loin de cette cité animée alors, mais elle n'en a pas non plus l'envie. Ce n'est plus qu'une carcasse vide dont l'esprit s'est desséchée... Pourtant cette épave humaine était il n'y a pas si longtemps un chevalier et plus encore, un Paladin. Mais désormais, il n'était plus qu'une ombre ; sale, livide, l'haleine imprégnée d'alcool. Son armure, son blason, ses idéaux avaient été balayés en une journée sanglante. Il ne lui restait plus rien, non rien si ce n'est le poids et la culpabilité de tout ce drame. Si les adeptes de la religion du créateur prétendent que l'enfer est pavé de bonnes intentions, alors à lui seul il contribua à agrandir ces chaussées...


C'est peut-être là l'une des plus grandes injustices de cette sombre histoire. Car c'est le coeur rempli de bonté et d'idéaux de protection et de liberté qu'il embrasa la révolte de Gludin, en Paladin et en homme. Mais hélas, devant les forces ennemies en présence, il dut se travestir et endosser un rôle qui n'était pas sien, celui de diplomate. C'est ainsi qu'il démarcha nations, races et clans afin de quémander de l'aide. Déjà profondément indigné qu'il faille tant de démarches et de politesses pour faire comprendre le menace qui planait sur Gludin, il fut dégoûté de ce qu'il avait été forcé de devenir, même s'il était persuadé d'agir pour Gludin. Son désespoir fut tel que devant le mutisme de ceux qu'il pensait alliés, il alla même trouver les Orcs... Cette décision scella le sort de Gludin. Les elfes, les nains avaient tardé à répondre, voir semblaient plus préoccupés de leur sort que celui d'une ville pourtant stratégique. Mais les orcs eux, répondirent présent sur le champ. C'était risqué et la confiance ne fut jamais totale, mais c'était toutefois une aide. Une aide qu'il accepta malgré lui, pensant agir pour le bien de Gludin.


Alors, quand enfin les puissants et les chefs de clans daignèrent enfin regarder en direction de Gludin quand la révolte éclata, ils critiquèrent le labeur qui fut abattu en amont notamment au sujet des orcs. Mais la révolte désormais était en marche et il y avait de l'espoir. Même si l'issue laissait présager du sang et des larmes, une étincelle d'espoir embrasait le coeur du Paladin et de sa chère cité. Les troupes affluaient gonflant les rangs des partisans de Gludin, le plan de bataille était prêt et semblait à toute épreuve. Les jours qui précédèrent la grande bataille, les membres de la Légion des Inis évacuèrent le plus de réfugiés possible vers les terres de l'Île aux murmures, ne laissant à Gludin que ceux aptes et désireux de se battre pour leur liberté. Parmi ces braves, les Chevaliers de Gludin, fers de lance de la révolte avec à leur tête le vieux Vasper étaient restés malgré leur faible nombre et leur âge. Ces vieux chevaliers si nobles et si courageux, jadis fleuron de l'ancienne monarchie...


Et quand les cités jumelles s'embrasèrent, tout bascula. La prévisible et redoutée trahison des fils de Paagrio eut bel et bien lieu. Alors que les rebelles chassaient peu à peu les forces sombres présentes dans la cité, des cris retentirent du port. Des cris ô combien reconnaissables pour celui qui les entend une fois et qui par miracle survit après. Les orcs débarquaient en nombre sur Gludin maintenant qu'elle n'était tenue que par les quelques forces rebelles. Les orcs renversèrent avec une funeste aisance la situation à leur avantage. Brûlant, tuant, saccageant la cité qui juste avant venait d'être libérée. Le paladin contempla impuissant son oeuvre, ce désastre dont il était le seul architecte. Malgré tous ses efforts il ne put rien faire pour sauver Gludin, si ce n'est incendier le port afin de protéger l'Île aux Murmures quelques temps durant... Il dut quitter la cité qui l'avait vu devenir Chevalier, cité désormais perdue et en flammes…


Pendant ce temps là, Gludio tomba contre toute attente. Les Elfes revendiquèrent le territoire et le placèrent sous la protection des Elendils. A leur tour, ils purgèrent les terres comme les Sombres le firent auparavant. Par un autre retournement de situation, les Sombres se réfugièrent à Gludin où ils chassèrent les orcs. Ils héritèrent alors d'une cité en ruines, au port incendié. Le Paladin quand à lui reçut l'opprobre et la honte pour avoir été cause de tous ces malheurs. Certains le conspuaient, d'autres le louaient tandis que ses propres remords le rongeaient déjà. Il laissa aux chefs le soin de se congratuler, préférant rester seul avec sa honte et son déshonneur. Le Paladin qu'il était, celui qu'il voulait devenir était mort ce jour là, assassiné et corrompu par le diplomate. Il ne restait plus qu'une armure creuse, vidée de tout idéal.


Les jours suivants, il erra dans les recoins de la cité, aux côtés de la vermine de Gludio. Sombrant peu à peu dans la déchéance physique et morale, il ne trouva pour seul refuge que l'alcool qui lui permit à quelques rares moments d'oublier toute sa culpabilité. Mais ces chimères ne durent qu'un temps et la réalité comme les remords reprirent vite leurs droits sur son âme égarée. Alors, acculé et à bout de forces, il poursuivit son autodestruction et son chemin vers la lie de l'humanité. Ses songes n'étaient que cauchemars mettant en scène le martyr de Gludin et de ses défunts compagnons, les chevaliers de Gludin. Combien de fois se réveilla t-il baignant dans son propre vomis et les excréments qui recouvrent le pavé de Gludio... Et son premier geste, systématique, fut de porter ses mains tremblantes vers ce breuvage qui l'empoisonne, comble de sa déchéance.


Le Paladin déchu maudissait son existence jour après jour. Il maudissait ce qui l'avait conduit à s'allier avec les orcs et sa responsabilité dans la destruction de Gludin. Il haïssait ce qu'il avait du faire pour monter cette alliance improbable malgré le résultat obtenu. Il se détestait d'être devenu cette épave imbibée incapable de se lever et d'affronter ses remords. Il avait honte, si honte d'avoir bafoué son ordre, celui des Paladins. Même si pour le moment Avonis et ses terres étaient hors de portée de toute menace, même si Gludio était libre et que l'alliance prenait de plus en plus d'ampleur, il regrettait, cherchant un pardon aux morts qu'il ne croiserait plus. Sa torture, son supplice semblait aussi cruel que sa naïveté fut grande, car c'est peut-être là son plus grand crime ; d'avoir voulu bien faire. Héros, rebelle, ou boucher selon les observateurs, il n'était plus désormais qu'une ombre...sans but ni idéal, plus rien...
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MessageSujet: Re: Décourir le monde..   Mer 11 Juil - 18:42

Errance







Je suis un monstre.
A cause de moi cette cité que j'aimais tant est rasée. Par ma faute il n'y a plus de Chevaliers de Gludin, ils se sont éteints à cause de ma bêtise, eux qui m'ont jadis tout appris. Je suis aussi fautif que le despote que j'ai voulu renverser. Dire qu'il aurait suffit qu'il renonce à imposer cette vaine tyrannie... Mais ça ne sert à rien de rejeter la faute sur lui, je suis moi aussi fautif. J'ai embrasé la rébellion et ai tissé les premières alliances. Ces alliances qui pour certaines se sont retournées contre mes projets...


Quel sot je suis. La diplomatie n'est pas du ressort d'un Paladin, c'est incompatible et pourtant je l'ai fait.. Je pensais bien faire mais j'ai échoué. Je me suis travesti, j'ai déshonoré mon ordre et mes idéaux en croyant bien faire. Tout ça pour devenir l'artisan d'une boucherie sans nom. Je suis indigne d'être un Paladin ou même un Chevalier. Par ma bêtise j'ai condamné une cité et les vaillants combattants qui ont tenté d'y reprendre leur liberté. Je repense aux familles qu'on a évacuées sur nos terres. Que va t-on leur dire ? Que l'Île parlante est désormais en sécurité depuis que le port a brûlé ? Mais qu'en contre partie leur cité, leurs maisons sont en ruines et occupées par les Sombres ? Que je sois maudit...


Depuis ce jour tragique je suis rongé vivant par un mal invisible qui me détruit chaque jour un peu plus. Et comme seul remède...je n'ai trouvé que me faire d'avantage de mal. Je regarde cette bouteille au liquide âpre et brûlant. Ce poison que je bois pour tenter d'oublier ne serait-ce qu'un temps ma honte et mon déshonneur, pour espérer dormir...en vain. Je suis accablé par mon chagrin et mes remords. Et en me plaignant, de honte je verse à nouveau des larmes, me trouvant égoïste en comparaison du mal que j'ai fait. Ce fardeau là je le porterai jusqu'à ma mort, probablement imminente si je continue ainsi à me détruire...
J'ai rarement haï au cours de ma vie, mais à ce jour je me hais plus que le peuple sombre me déteste..


Je regarde cette bouteille que je méprise presque autant que moi. Ou alors peut-être qu'à travers elle je me méprise, moi et ma faiblesse. J'ai déjà tenté de la rejeter de m'en séparer... Mais à chaque fois je me suis réveillé tremblant et suintant. Cette horrible sensation de mort imminente que seule une gorgée de ce poison parvient à dissiper... C'est comme être pris au piège d'un jeu macabre en forme de cercle vicieux. Je me vois sombrer, mais je n'ai plus la force de remonter ni de me battre. Et toujours cette bouteille, là immobile, qui me regarde et qui m'appelle...


Est-ce que même un monstre a droit au pardon.. ?
Je veux dire, est-ce que j'ai à ce jour le droit de sourire à nouveau, de ressentir une forme de joie ? Ou bien est-ce un nouveau supplice qui s'annonce ? Je ne sais pas...je ne sais plus. Pourtant avec elle j'entrevois à nouveau une issue, un espoir. J'ai à nouveau envie d'être celui que j'étais, que je voulais être... Il ne lui a suffit que de quelques instants pour me rendre ma dignité d'homme. Cette jeune femme a le don de faire des miracles et elle ne le sait même pas. Elle m'a maintes fois aidé par le passé, et à ce jour elle me guide vers une rédemption qui si elle semble dure et douloureuse, est toutefois envisageable peut-être... Et puis, elle a réchauffé mon coeur.

Est-ce qu'un monstre a le droit d'aimer et d'être aimé?
Je ne sais pas... J'aimerais, j'aimerais tant revenir en arrière et éviter le pire. Oui cela serait si parfait. Mais c'est impossible. Je suis un homme, et un homme doit assumer ses choix. J'ai choisi de combattre pour Gludin et j'ai échoué. J'ai choisi jadis de devenir un Paladin, et je me suis travesti. Maintenant, j'ai choisi de tout reprendre à la base, quit à échouer de nouveau. Ce n'est que comme ça que je retrouverai mon honneur et peut-être mon rang. Mais au delà de ces épreuves il faudra que je me défasse de ce poison...

Est-ce qu'on peut racheter ses fautes ?
J'espère pouvoir y apporter une réponse bientôt...
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MessageSujet: Re: Décourir le monde..   Mer 11 Juil - 18:42

Retourner aux racines







Port de l'Île aux Murmures...



Une curieuse activité régnait sur les lieux. En effet, jamais le port n'avait connu pareil fourmillement d'ouvriers et de voyageurs. D'un côté certains s'affairaient à agrandir voir bâtir de nouveaux pontons, tandis qu'on déboisait largement les forêts environnantes afin de construire des navires. Afin de combler le manque à gagner qu'avait entraîné la destruction du port de Gludin les navires devaient désormais emprunter d'autres voies via Giran, Heine et les autres cités portuaires. De plus, les récents évènements à Gludin poussèrent les habitants de l'île vers une croissance militaire afin de se protéger de toute menace Sombre, d'où le dispositif impressionnant de gardes et de sentinelles qu'on pouvait apercevoir.


Et au delà des limites du port gisaient les habitations des réfugiés de Gludin. Taudis insalubre exposé à la vue de tous, symbole de la honte d'un homme qui en l'apercevant serra sa main sur sa poitrine douloureuse quand les remords resserrèrent leur étau. Non loin pourtant on bâtissait des logements en durs pour accueillir décemment les humains qui vivaient jadis à Gludin, tandis qu'on évacuait les elfes et les nains auprès des leurs. L'étranger resta quelques instants à contempler ce triste spectacle tout en se tenant la poitrine jusqu'à ce que la douleur cesse. Puis, ses mains se mirent à nouveau à trembler... Alors, maudissant une fois de plus son sort il les porta vers cette bouteille au liquide empoisonné, seul remède contre ces manifestations physiques...


Il avait pu depuis ses dernières rencontres avec dame Mariyanne luter contre cette influence et affronter ses torts sans y avoir recours. Mais hélas, systématiquement, au bout de plusieurs heures viennent les tremblements. Aucune magie ni aucune médecine ne parvint à les atténuer ni à stopper l'évolution inexorable de ces troubles. Aux tremblements venaient succéder cette angoisse horrible, cette sensation de mort imminente où ses sens lui échappaient et où la réalité semblait se distordre. Et contre tout cela le seul, l'unique remède était ce maudit breuvage... A force de volonté et de souffrances il avait pu déjà commencer à diminuer les quantités et espacer les prises de ce "traitement" en grande partie grâce à Mariyanne, bien qu'il ne lui avoua pas ce mal qui le ronge. Il espérait pouvoir continuer dans cette voie afin de terminer son sevrage...


Il quitta les environs du port après un dernier regard sur les taudis avant de se diriger là où tout avait commencé. Après quelques heures de marches à travers plaines et champs il aperçut au loin la fumée montant d'une chaumière chargée de souvenirs. La ferme familiale était en vue et déjà les chiens aboyaient en sentant approcher un inconnu à l'odeur familière. Une silhouette portant une fourche se présenta au seuil de la ferme, le visage masqué par un soleil couchant dans son dos. Puis d'autres silhouettes le rejoignirent en guettant l'arrivant. Quand il fut assez proche il put reconnaître les traits des siens, père et mère, ses frères. Ces derniers l'accueillirent chaleureusement, étonnés et ravis de revoir leur frère aîné. Puis leur douce mère serra contre elle son grand fils dont elle guettait les nouvelles avant d'emmener ses autres garçons plus loin, laissant seuls le père et le fils pour leur retrouvailles.


Le fermier contemplait l'homme qu'était devenu son fils aîné, immobile tel un vieux chêne. Il était resté tel que dans les souvenirs de l'ancien paladin, sa barbe et ses cheveux poivres et sel, ses traits creusés par les années et les expressions, ses larges bras noueux... Puis, sans dire un mot les deux hommes s'étreignirent brièvement avant de rentrer à l'intérieur de la chaumière. Ce soir là on sortit le jambon et la viande réservée d'habitude aux jours de fête. La famille à nouveau au complet fit un grand repas improvisé et mené de main de maître par une mère à nouveau comblée. Ils écoutèrent septiques puis enthousiastes le récit et le parcours du paladin déchu, son apprentissage du monde, les cultures et les gens qu'ils rencontra. Ils le forcèrent à raconter quelques unes de ses aventures, mais quand vint inéluctablement le sujet de Gludin, il se referma. Le patriarche alors invita tout le monde à se coucher car un dur labeur attendait la famille demain aux champs, tous les membres. Puis il posa une main sur l'épaule de son fils en silence avant de le laisser seul.


Il monta ensuite à l'étage rejoindre ses frères, mais il ne daigna pas répondre à leurs milles questions. Pendant ce temps sa mère rangea ses affaires qu'il avait laissé traîné négligemment dans la salle principale. Dans le lourd paquetage elle découvrit une armure couverte de sang séché ainsi qu'une fiole à moitié vide aux relents d'alcool... Elle en informa son mari qui préféra attendre l'aube. La nuit sembla courte quand le coq sonna l'heure du réveil. Un coup de coude au flanc tira d'un sommeil profond l'ancien paladin qui grâce à Mariyanne et à la quiétude de ses racines avait pu enfin se reposer. La famille s'éveilla à son rythme comme une fourmilière chacun oeuvrant à sa tache. Une fois la collation matinale avalée les hommes partirent aux champs. Ils passèrent la journée à accomplir leur labeur sous un soleil ardent, sans se plaindre, ne parlant que si nécessaire. Une vie simple, par des gens simples. Ni courtoisie futile ni paroles mielleuse, juste les actes qui priment sur les mots, ainsi que le travail et la satisfaction une fois celui-ci accompli.




Les jours passèrent et avec eux les nuits devenues moins tourmentées. Certes il était encore hanté de cauchemars et de remords, mais parfois l'image de cette tendre et féroce guerrière suffisait à les dissiper. Ses crises de tremblements et d'angoisse s'espaçaient petit à petit tandis qu'il s'efforçait de diminuer sa consommation. Peu à peu, grâce à l'aide des siens, il commençait à se reconstruire. Son père ne lui parla que tardivement des problèmes qu'il avait pensé percevoir à son arrivée. Depuis le soir où sa mère avant retrouvé cette bouteille d'alcool dans ses affaires ils avaient compris le triste sort de leur fils. De même les rumeurs colportées d'Avonis sur les évènements de Gludin et l'implication du jeune paladin nommé Gengis Delmeth leur était parvenu. Ils parlèrent longuement tous les deux, seul à seul. De ce qui fut fait, de ce qui aurait pu ou aurait du être fait. Le père se garda de faire la moral au fils jugeant le poids de sa propre culpabilité suffisamment écrasant. Il lui confia simplement que tout homme commet tôt ou tard des erreurs dans sa vie et que c'est la façon dont il les affronte voir les répare que dépend son honneur...


Après l'entretien, il se dirigea vers la grange. Il déblaya les quelques outils qui encombraient l'accès à un vieux coffre recouvert de poussière. Il passa sa main sur le dessus, chassant le plus gros de la poussière qui s'y était déposée. Puis, inspirant profondément il posa ses mains sur le mécanisme d'ouverture qui céda aussitôt. Alors, tremblant et chancelant il trouva la force de le soulever lentement, pour révéler cachée au fond son armure... Il la regarda en silence quelques instants avant d'oser faire glisser ses doigts sur le métal froid. Sans doute que sa tendre mère passa par ici auparavant, car le sang séché avait disparu désormais et les articulations avaient été huilées avec soin. Il contempla les pièces métalliques qui jadis le recouvraient comme une seconde peau. Puis vinrent à nouveau les tremblements... Les derniers remontaient déjà à loin mais son sort lui fut rappelé brutalement. Tremblant, il cherche sa fiole avant d'avaler une gorgée de poison. Quand ses troubles s'estompèrent enfin, il regarda cette armure si propre et étincelante et eut honte, se sentant sale et encore indigne...


Alors, il referma le coffre le coeur lourd. Trop peu de temps s'était écoulé, sans doute lui faudrait-il encore attendre et finir de se reconstruire. Et, s'il y parvient un autre temps pour tout réapprendre, tout recommencer. Le monde, les royaumes ne furent point bâtis en une poignée de jour. De même l'âme et l'esprit, aux subtilités et aux méandres si complexes nécessitent le plus talentueux et capricieux des orfèvres, le Temps...
Si malgré son jeune âge il croisa déjà maintes batailles, la plus marquante de son existence venait à peine de débuter, et de son issue encore incertaine, risque de dépendre beaucoup de choses...
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MessageSujet: Re: Décourir le monde..   Mer 11 Juil - 18:42

Les Chemins de la Rédemption : Nouveau Départ








Port de Giran...




Une silhouette parmi tant d'autres ombres anonymes débarqua d'un navire bondé. Elle se faufila à travers la cohue et la bousculade des passagers pressés d'arriver ou des marins prompts à débarquer les marchandises sans se soucier des individus susceptibles de leur encombrer le passage. Une fillette imprudente ou peut-être simplement dépassée par l'agitation violente qui secoua les voyageurs auparavant si calmes manqua d'être renversée si cette même silhouette jusque là discrète ne la tira pas vers elle, lui évitant d'être malmené par un mousse portant une lourde caisse. Puis elle disparut dans la masse de voyageurs peuplant le port après l'avoir reconduite à ses parents. La fillette tenta de chercher du regard cet étranger, mais perdit rapidement sa trace noyée dans le flot de passants, de matelots et de toute l'agitation qui régissait le port ; marchands ambulants, marchés à la criée, querelles d'ivrognes et mains agiles promptes à alléger une bourse laissé choir négligemment...


L'inconnu quitta rapidement le port sans s'attarder sur les étalages à la sauvette ou le décolleté prometteur d'une putain. Son regard à demi masqué par son épais manteau de voyage surmonté d'un capuchon était porté sur Giran. Il avait fait le voyage depuis l'Île aux Murmures dès que la rumeur lui fut parvenue. Cette décision, de revenir au grand jour marquait symboliquement l'achèvement de ce long et pénible travail de reconstruction qu'il avait subi les semaines précédentes. Une lutte féroce et acharnée jusqu'aux derniers instants...contre lui. Contre une part de lui qui logeait en son sein, sa part de ténèbres auparavant si longtemps refoulée ou peut-être simplement inconnue. Tout comme cette partie elle aussi longtemps reniée qui aspirait au bonheur et à la volupté...


Il se remémora durant le trajet cette décision qu'il avait prise, là-bas chez lui à la ferme de ses parents. Un soir sur deux puis chaque soir, quand la maisonnée s'était endormie, il se rendait en silence dans cette grange auprès de cette malle où gisaient les vestiges de sa vie et de ses idéaux passés. Une lourde armure était enfermée précieusement à l'intérieur. Le métal froid si froid au contact de ses mains calleuses accusait par endroits des marques et cicatrices de féroces batailles d'autrefois. Chaque entaille avait son histoire gravée dans l'acier et sans sa chair. Il laissa errer de longues heures ses mains et son esprit auprès de son armure, sa plus ancienne et plus vieille compagne. Par tous les temps, toutes les batailles ils ne se quittèrent pas, dans les bons comme dans les pires moments. Sauf maintenant. Quand il prit la lourde et déchirante décision de tout quitter et de tout recommencer il se sépara de la seule chose matérielle qu'il n'ait jamais possédé en ce monde.


Puis une lourde main se posa sur son épaule. Son père, tenant à la main une bougie se tenait derrière lui silencieux. Il baissa les yeux sur son fils, puis sur l'armure entreposée et soupira. Alors, le vieux fermier d'habitude peu loquace parla à son fils, ou plutôt au Chevalier. Fixant les pièces métalliques qui recouvraient jadis son corps, l'ancien paladin écouta attentivement les sages et rudes paroles de son père. Ce dernier l'entraîna dehors et l'amena devant un vieux chêne. Vieil arbre voûté par le poids des années, à l'écorce malmenée par les intempéries, aussi loin que remonte la mémoire de la famille Delmeth il avait toujours été là. Planté par un aïeul il y a cela fort longtemps, ce vieux chêne avait vu naître et vieillir chaque membre de la famille. Il avait vu aussi partir l'aîné de cette génération pour devenir Chevalier, et il l'avait vu revenir, meurtri. Mais le vieux chêne lui demeurait toujours stoïque, offrant son ombrage bienveillant ainsi que son sein aux habitants de la ferme et aux quelques animaux y trouvant refuge ; écureuils, moineaux... Le patriarche posa sa main contre l'écorce. Non ce n'était pas le plus grand ni le plus beau chêne qui soit ou même qui fut. Il était vieux et malade désormais. Le prochain orage un tantinet violent risquait d'achever sa longue existence et menaçait la ferme s'il venait à s'écrouler dessus. Pourtant, aussi loin que remonte les souvenirs du patriarche, il avait toujours été ainsi. Et, malgré les orages, malgré les bourrasques, les enfants inconsciemment cruels qui le saignaient en gravant sa chair, il était toujours là...


La discussion se prolongea, pour arriver dans une étable où reposait le bétail. Le vieux fermier se saisit d'une touffe de foin et l'apporta à un vieux taureau. Lui aussi accusait sur son corps les sévices du temps. Il était maigre et borgne désormais. Pourtant il fut un temps où c'était un animal magnifique et puissant. Combien de fois chargea t-il sans hésiter contre des loups ou autres prédateurs menaçant le troupeau ? Et même encore à ce jour, malgré la douleur, malgré son âge il tenait son rôle. Qu'importe si cela lui avait valu récemment moult blessures, il continuait. Etait-ce l'instinct ? Etait-ce une volonté inflexible qui habitait cet animal ? Ou le refus d'accepter l'oeuvre du temps ? Toujours est-il que grâce à lui nombre de bêtes furent sauves... Il regarda l'animal qui le fixait de son oeil valide, puis baissa les yeux.


Alors, le fils commença à comprendre où voulait en venir son père en jouant sur ces symboles. Lui non plus n'était pas le meilleur Paladin qui fut, sans doute ne le serait-il jamais. Ou du moins il n'était pas celui qu'il aurait aimé être... Mais par les temps qui courraient même un Paladin imparfait serait utile tant le chaos et les malheurs pleuvent sur ce monde. Il repensa au vieux chêne, à cet animal vaillant et se sentit honteux d'avoir baissé les bras. Non il n'était peut-être pas aussi digne qu'il l'aurait souhaité, et le poids de sa culpabilité le hantait chaque jour sans répit. Le pardon est une quête éprouvante pour ceux capables d'oser le rechercher. Il avait prêté serment, il avait autrefois des rêves, des idéaux. Avaient-ils disparus ou bien noyés dans un océan de remords ? Où était cette partie de lui ? Car ce sont les valeurs et les actes qui définissent un homme. Il y a peu, il chérissait un rêve, un rêve d'un monde meilleur. Et ce rêve lui avait été arraché...


"Maintenant, tu sais ce qu'il te reste à faire, fils.


Quelques mots, sans formes ni tournures soignées. Directs et centrés sur l'essentiel. Des mots qu'il était venu chercher lorsqu'il revint parmi les siens, ses réponses à ses questions. Un nouveau chemin se dessinait à ses pieds, ou plutôt un chemin qu'il avait trop longtemps perdu de vue... Un sentiment étrange déferla dans son corps, se répandant dans ses veines, une excitation presque juvénile... comme de la joie. Le plaisir de se sentir à nouveau utile, d'avoir un but dans la vie. Le vieux fermier resta silencieux et contempla la renaissance de son fils aîné. Désormais il se tenait droit et ne semblait plus aussi voûté qu'auparavant. Les poings serrés celui-ci se rua dans la grange. Il y déballa cette vieille malle et en ressortit son armure. Ce jour était enfin arrivé, où il revendiquerait son ancienne vie et reprendrait sa quête. Solennellement, le père vint aider son fils à revêtir les pièces métalliques.


Quand le métal recouvra la chair comme il aurait toujours dû être, les deux hommes s'étreignirent brièvement avant le temps des adieux. Le désormais nouveau Paladin ne souhaitait pas réveiller la maisonnée en pleine nuit, mais son père refusa l'idée qu'il parte en fuyant. Toutefois, plusieurs paires d'yeux les scrutaient tapis dans l'ombre depuis quelques temps. Ils ne trahirent leur présence que lorsque le cadet Drelnas marcha sur le pied de son frère Erlan. Ainsi était venu le temps des adieux une fois de plus l'aîné quittait le nid à la poursuite de son rêve et du pardon. Le matin se levait à peine quand il arriva au port. C'était une belle matinée, accueillie par le chant d'oiseaux matinaux. Quelques volutes de brumes dansaient au dessus des flots tandis que la population s'éveillait. Sur les quais matelots et mousses chargeaient un navire prêt à partir. Il s'y engagea, destination inconnue se fiant au destin pour le guider là où il serait utile.
C'est ainsi qu'il renoua avec ce qu'il chérissait. Sillonner les routes et les villes de ce monde et s'y rendre utile, faire ce qui doit être fait, ce qui est juste, son Devoir. Soignant les blessés dans un village, repoussant monstres et morts-vivants ailleurs, il erra au gré du hasard et des besoins quelques semaines. Peu à peu il recouvrait ses sensations d'autrefois.


Puis vint ce jour décisif où il croisa un groupe d'aventuriers blessés fuyant des ruines bien connues pour leurs morts déambulants. Sans hésiter il alla panser leurs plaies mais apprit de leur bouche qu'un des leurs était resté là-bas quand ils furent séparés par une cohorte de cadavres ambulants. Alors il se mit aussitôt en marche vers ces ruines, sans hésiter ni réfléchir ne serait-ce qu'un instant. A peine les vieilles pierres étaient-elles en vue que déjà squelettes et autres abominations tentèrent de lui barrer le chemin. Ceux là heureusement, retrouvèrent le chemin de la terre par une simple charge de bouclier. Puis un cri retentit parmi les ruines. Ce compagnon d'arme était toujours vivant, pour le moment. Il se précipita vers sa provenance, renvoyant à la tombe les morts tourmentés et affamés qu'il rencontra. Il découvrit un jeune elfe encerclé par une dizaine de goules qui fixaient sa chair tendre de leurs orbites creuses. Epuisée, recouverte de blessures et de morsures, son destin était désormais scellé. Mais une violente décharge de colère et d'adrénaline chassa cette fatalité. Alors, des mots longtemps oubliés tonnèrent parmi les ruines. Un éclair vint percuter une goule de plein fouet, l'embrasant ainsi que celle à côté avant de les consumer. Les créatures détournèrent leur attention vers l'arrivant, qui continuait ses incantations. Il passa la paume de sa main sur sa lame tout en psalmodiant tandis que son sang ruisselait sur le métal acéré. Quand son arme rencontra la chair putride, elle trancha membres et têtes avant qu'un feu ne dévore les goules là où l'arme avait mordu leur chair. Une seconde vague se rua sur le guerrier qui récita une nouvelle prière. A nouveau une prière tonna parmi les alentours et de violents éclairs vinrent consumer les damnés.


Les compagnons rescapés entendirent les cris et la furie du combat colportés jusqu'à eux par une brise glacée. Puis tout cessa aussi brutalement que cela avait commencé. Un silence lourd et inquiétant s'installa, implacable. Son règne ne prit fin que lorsque des pas se firent entendre. Les jeunes aventuriers brandirent leurs armes, craignant une nouvelle vague de morts affamés. Mais à la place ils virent leur amie inconsciente dans les bras d'un chevalier. Il la déposa doucement sur l'herbe fraîche. Ses plaies étaient recouvertes de bandages consolidant et les hémorragies avaient été jugulées par magie. Une fois assuré que la zone était sure, il laissa le groupe d'aventuriers leur suggérant d'un ton ferme et dur d'être plus prudent à l'avenir. Puis il repartit poursuivre son chemin. Mais, cet évènement marquait il le savait un tournant, une étape cruciale. Sa renaissance. Il poursuivit sa quête encore de longues semaines, s'offrant de temps à autre le réconfort et la volupté de moments partagés avec sa Douce. Mais ces temps heureux furent menacés dès qu'il apprit la terrible nouvelle. Une fois de plus, Giran était menacée et cette fois-ci par ceux qu’il haïssait le plus. Alors, il se mit en marche vers la grande cité...


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MessageSujet: Re: Décourir le monde..   Mer 11 Juil - 18:43

Les Chemins de la Rédemption : Dualité







Terres des Chimères...




Parfois l'esprit s'égare, il erre dans les limbes de sa propre conscience. Et parfois il arrive qu'il pousse certaines portes, des portes pourtant bien cachées et enfouies profondément. Alors on découvre ce qu'on cache, ce qu'on refoule...ce qu'on redoute. Toutes ces choses scellées au plus profond de chacun, les peurs les angoisses, et les ténèbres. Seulement la raison et l'instinct n'ont aucune prise en ces temps et lieux. Alors on écoute ses voix intérieures, ces paroles funestes susurrées à notre oreille, et on pousse malgré soi cette porte. Dès lors, on s'aventure vers l'inconnu, ou sans doute ce que l'on souhaiterait ne pas connaître. Mais cette partie là, elle sait. Car elle attend, tapie et patiente le jour où l'esprit égaré viendra de lui même à sa rencontre, alors elle attend...
Car tôt ou tard vient dans la vie d'un homme ce moment crucial où l'on contemple son reflet, sa part d'ombre. Et ce jour était vraisemblablement arrivé...



"Bienvenu aux tréfonds de ton esprit.
Là où tu as rejeté et refoulé chaque geste, chaque pensée que tes idéaux ont jugé "mauvais". Tous ces sentiments si humains et légitimes que tu t'interdis pour suivre ton idéal. Tout cela, confiné et emprisonné au mieux ici même dans ces limbes. Tu y as même mis des gardes fous, efficaces, sauf après ton échec à Gludin, rappelle toi. Toute cette culpabilité mais aussi tout ce que tu avais enfermé ici s'infiltrait par les brèches dans ta volonté. Il suffit parfois d'une fissure pour qu'un barrage cède...


Tu te demandes probablement qui je suis.
Je suis toi, tout simplement. Je suis cet autre toi, celui qui n'existe qu'ici, celui que tu as banni. Tout ce que tu as condamné et rejeté en ces lieux s'est condensé, solidifié, pour me créer d'une certaine façon. Au final j'existe et n'existe pas en même temps, comme un reflet doté de conscience. Seulement cela est bien plus complexe. Il ne peut y avoir deux âmes en un même corps. Par conséquence je suis toi, cette partie de toi même qui dort en ton sein, comme un parasite.




Ne songes même pas à m'effacer ou me refouler d'avantage.
Car sans moi tu n'es plus, et sans toi je ne suis plus. Mais tu refuses de l'admettre, tu préfères te contenter de mener ta triste demi existence, sans reliefs sans intensité réelle. Ô bien sur, il y a toujours Mariyanne, mais nous savons tous deux qu'il y a longtemps que tu n'as pas eu de ses nouvelles, je sens d'ici la douleur qui te ronge. Je présume que bientôt tu tenteras elle aussi de l'enfermer ici... C'est navrant que tu ne comprennes pas et que tu t'obstines à ne vivre ta vie qu'à moitié.


Tôt ou tard je finirai par ressortir d'ici, tu le sais...
Et alors nous ne ferons qu'un, et nous serons enfin vivants. En attendant tu te prives, tu refuses ce qu'apporte la vie ses joies comme ses peines. Tu cours après tes rêves et ta Foi. Mais pour bâtir un monde meilleur tu as besoin de force. Mais tu rejettes la force qui sommeille en toi. Tu as appris à connaître la nature commune à chaque peuple, tu sais exploiter leur envie, leur haine, leurs craintes. Autant d'outils précieux qui t'ont permis l'impensable ; défaire les Sombres à Gludio. Et la colère, la rage. Tu en possèdes beaucoup mais tu ne les utilises pas. Alors elles stagnent ici et te rongent comme une maladie. Peut-être que ce mal qui te ronge la santé vient de là...


Tu souffres au quotidien, mais tu le caches...
Tu dissimules ton mal aux yeux de tous pour éviter des questions auxquelles tu n'as pas de réponses ou peut-être éviter d'entendre ce que tu ne veux pas. Tu vas mourir. Tu ne dors presque plus, tu t'épuises et fatigues ton corps, facilitant le labeur de la maladie. Elle est insidieuse, sous-jacente et sournoise, mais elle est bien là. Elle nous dévore tous les deux chaque jour un peu plus. Ni tes capacités de guérisseurs ni celles des prêtres n'y font rien. Ta poitrine te lacère, transpercée par la douleur, ton coeur broyé par des mâchoires dignes d'orcs...


Le temps s'est écoulé, déjà ta conscience s'éveille et tente de quitter ces abymes. Tu fuis. Alors repars vers ta demi-vie, mais n'oublie pas ta condition, ni mon existence, car tu ne peux plus nier ce que tu as déjà exilé ici. A toi de vivre avec maintenant. Mais un jour nous serons à nouveau réunis, sache le.
Maintenant va t'en et médite. Nous nous reverrons bientôt...]
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MessageSujet: Re: Décourir le monde..   Mer 11 Juil - 18:43

Les Chemins de la Rédemption : Le Sacrifice..







Cité de Heine...





Joyaux d'architecture et de culture niché au bord des mers, en ce jour théâtre de retrouvailles tant attendues. Combien de temps, combien de nuit s'étaient écoulées depuis leur dernière étreinte ? Trop sans doute. Mais peu importait, ils étaient réunis désormais. Rares sont les moments offrant un tel réconfort dans une vie, à chacun d'apprendre à les savourer car paraît-il, ils ne durent jamais... Qui que fut le premier à déclarer cette évidence, il faut assurément maudit par le jeune Paladin quand il trouva sa mie souffrante. Sa joie, son entrain, sa force de vie étaient ternis par un mal inconnu, un mal qu'elle niait avec ses dernières forces. Il fallut négocier et user de procédés détournés pour en apercevoir une cause probable. Une marque, funeste, trônait sur sa peau. Comme si une toile d'araignée avait été tissée dans sa chair. Alors, le Paladin, l'homme, et l'amoureux usèrent de leurs dons pour chasser ce mal inconnu, mais en vain...


Alors vient dans la vie d'un homme ce moment fatidique où l'on est obligé de faire des choix, des décisions aux conséquences lourdes avec un lourd tribut à payer. Mais cette résolution il l'avait déjà faîte avant même de la comprendre...par amour, par amour pour celle qu'il chérit au delà de toute raison. Que seraient prêts à donner les hommes pour protéger ceux qu'ils aiment ? Et a plus forte raison la personne qu'ils aiment le plus ? Tout sans doute, comme l'expliquent nombre de guerres, de batailles ou de récits héroïques. Et lui non plus, ne faisait pas exception. Que l'on soit fermier, seigneur, brigand ou Paladin, on n'en demeure pas moins homme. Alors, par amour, il allait commettre le plus grand des sacrifices...


Prétextant un massage, il s'apprêta à accomplir ce rituel qui scellerait son sort afin de la sauver elle, à ses propres dépends. Il contempla le corps affaibli de sa mie, sa peau pâle où les reflets de la vie s'estompaient petit à petit malgré tous ses efforts pour lui cacher. Puis, alors qu'une main se faisait caressante afin d'endormir la vigilance de sa compagne, une autre s'apposa sur cette marque maudite. Une voix surgie des limbes de son esprit l'exhorta à ne pas commettre cet acte irréparable, mais comme à son habitude il ne l'écouta pas. Alors il murmura ces paroles que peu se targuent d'entendre au moins une fois dans leur vie. Gardant sa main posée contre le symbole funeste il continua de faire appel aux faveurs d'Einhasad, d'invoquer le rituel du sacrifice. Petit a petit, sous l'effet de ses prières et de sa volonté, la marque commença à disparaître. Il sentit ses forces, sa force de vie le quitter et envahir sa douce, tandis que les premières conséquences de son choix venaient lui rappeler son sort...


Quand il eut terminé, il s'allongea à ses côtés, épuisé. Il sentait déjà les premières graines du mal qui était désormais en lui. Une douleur sous-jacente parcourait son corps, comme s'il était envahit de crampes. Il savait aussi que ce n'étaient que les tous premiers signes. Mais, quand il scruta la peau de sa compagne désormais immaculée et qui reprenait petit à petit quelques couleurs il s'en moqua. Elle était sauve, c'était tout ce qui lui importait. Mais en son âme, au coeur des limbes de son esprit, une voix hurlait et condamnait cet acte. Cette partie de lui qui savait que le prix à payer serait lourd, très lourd si rien n'était fait bientôt. Mais pour le moment il préférait savourer le réconfort de voir son aimée saine et hors de danger. Cela l'obligeait à mentir à masquer les apparences, mais il ne souhaitait pas l'inquiéter ni s'extraire à ces moments doux. Il planifia de s'éclipser un peu plus tard afin d'interroger des prêtres ou des guérisseurs sur ce mal.


En attendant, il savoura ces moments intimes et précieux avec sa douce. La vie de Paladin faîte de combats, de guerres, de machination semblait si lointaine en sa compagnie. Et donc si apaisante, qu'une partie de lui souhaitait ne plus s'en extirper pour l'éternité. La nuit fut douce bien que marquée par l'apparition de douleurs, prémices de souffrances futures. Et au beau milieu de la nuit, alors que leurs corps dénudés dormaient profondément enlacés, vinrent de nouveaux cauchemars. Ceux mettant en scène le sort funeste de Gludin furent remplacés par une vision dérangeante et tenace. Une araignée tissant sa toile patiemment, et lui pris au coeur de celle ci, vulgaire insecte prisonnier. Et au delà de cette créature effrayante, une présence un symbole familier terrifiant et haït. Non visiblement ce mal n’était pas une simple maladie résistante à ses dons de guérisseur, c'était plus. Il le comprit quand il se réveilla en sueurs durant la nuit. Sur sa poitrine, au niveau de son coeur déjà malade trônait la marque qui tourmentait auparavant sa compagne... Alors une voix résonna dans son esprit.

"C'est malin, tu étais déjà condamné, là tu accélères l'inévitable..."

Quittant leur couche, il se faufila dans la minuscule chambre et se dirigea vers le temple d'Einhasad afin de se faire examiner. La marque était sensible à ses donc mais ses pouvoirs ne pouvaient pour l'heure guérir le poison qui lui demeurait persistant et qui menaçait ses jours déjà comptés. Au temple se trouverait sans doute une solution à ce mal... Du moins, il fallait l'espérer pour lui, sinon il n'aurait plus qu'à assumer son choix durant le laps de temps qui restait...
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MessageSujet: Re: Décourir le monde..   Mer 11 Juil - 18:43

Les Chemins de la Rédemption : Le Doute








Hauteurs de Gludin...




Dans une bâtisse récemment ré habitée, un esprit s'égard en contemplant sa compagne endormie. Mais pour une fois, ce spectacle ne parvient pas à apaiser son coeur tourmenté rongé par l'inquiétude.



Que faire...
Ce monde va de plus en plus mal. Ce n'est pas une surprise disent les plus cyniques, mais les choses prennent un courrant inquiétant. Les Sombres ont su profiter de l'endormissement des anciennes forces alliées pour tirer leur épingle du jeu. Aurions-nous tous sous-estimé leur tempérament belliqueux ainsi que leur soif de conquête ? Ce fut une grave erreur qui se paya avant tout par la mort de nombreux combattants au delà de quelques terres. Plus étrange encore, les Orcs qui se lièrent avec les Sombres à Gludio faisant fi de leurs querelles passées. Auraient-ils trouvé un dessein commun ou bien leur soif de conquêtes mutuelles les mena vers un ennemi commun ?

J'ai l'impression de me retrouver en face d'un raz-de-marée imminent, et que tout ceci n'est qu'un prémisse des drames à venir. Plus grave encore ma Foi s'étiole, ma Foi en la paix... Aurais-je durant tout ce temps rêvé éveillé ? Est-ce que j'aurais consacré tous mes efforts à de futiles et cruelles chimères ? Les peules et les clans sombrent tous dans la violence et la conquête. Est-ce une évolution naturelle de notre monde ou la conséquence d'autre chose ? De mon incapacité à éviter tous ces drames... ? Un homme seul ne peut changer le monde selon sa vision, c'est un fait. Pourtant, de part ma voie et ma tâche je me sens concerné..et donc coupable. Coupable de voir les ténèbres se profiler à l'horizon menaçants et inexorables, sans savoir quoi faire.

Devons-nous à notre tour reprendre les armes et verser le sang jusqu'à qu'un camp éradique l'autre ? Cela créerait un cycle de chaos sans fin. La diplomatie peut-être ? J'ai juré de ne plus y interagir, j'ai fait trop de mal à cette cité. Et le seul dialogue qui persiste à ce jour est celui de la haine et des armes. Une part de moi m'incite à fuir, à quitter ces terres rongées par la guerre et d'aller vivre enfin en paix ailleurs. Mais je n'en ai pas le droit. Et puis, j'ai bien peur qu'il n'y a nul contrée épargnée par ces tourments... Je sais que viendra bien plus tôt que je ne l'espère le moment où je devrais repartir combattre. Je n'en ai pas envie mais il le faudra. Alors, au fond de moi scintillera timidement ce désir secret d'un simple fils de fermier d'élever sa famille en paix. Je crois que c'est pour cela que je fais tout ça, du moins en partie.

Pour l'heure j'ai un rôle et une tâche à tenir. Je prie notre Mère qu'un jour je n'ai plus la désagréable et vaniteuse sensation d'être seul. Je ne devrais pas penser comme cela. Alors pour l'heure, je reste fidèle à mon serment, et je guette inflexible cet immense raz-de-marée cherchant en vain une solution...
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MessageSujet: Re: Décourir le monde..   Mer 11 Juil - 18:44

Les Chemins de la Rédemption : Le Tribut.









Terres de la Vallée des Saints...





C'est un endroit où nul chant d'oiseau, nul brise légère ne chante parmi les arbres, désormais morts et secs. Ne résonnent que quelques complaintes déchirantes et morbides d'âmes piégées entre les deux mondes et qui errent sans fin sur ces contrées maudites. Mais en ce jour le silence macabre des lieux fut rompu par une troupe de cavaliers. Galopant à travers la forêt maudite le groupe suivait en tête un jeune Paladin qui les avait rassemblés afin d'accomplir une mission capitale. Voilà deux jours qu'ils étaient partis à cheval vers une destination pour l'heure connue seulement du suivant d'Einhasad. C'est chez lui, sur les hauteurs de Gludin qu'un messager de son ordre vint le trouver avec cet ordre de mission : retrouver et enquêter sur d'inquiétants rapports concernant une crypte de la région. Selon les sources de l'ordre elle correspondrait à celle d'un archimage de la région de Goddard. Ce dernier s'était illustré dans une guerre titanesque contre les laquais et les cohortes des ténèbres mais avait fini par succomber sous le nombre d'assaillants, comme hélas tant d'autres preux combattants. Ainsi fut baptisé dit-on la région comme la Vallée des Saints, en hommage à la bravoure de ces héros anonymes tombés au champ d'honneur. Aux plus célèbres on érigea une stèle voir à quelques élus une crypte... Et désormais l'entrée de l'édifice délabrée se présentait à eux.


Alors le groupe descendit de monture et se prépara à pénétrer dans les lieux. Aucun ne pouvait prédire sur quoi ils tomberaient une fois à l'intérieur, mais l'endroit dégageait quelque chose de sous-jacent qui mettait chacun mal à l'aise. Khalim resserra sa poigne sur son arc tandis que sa louve scrutait les alentours, sens aux aguets. Myrddin quand à lui tripota quelques secondes son pendentif en fixant l'entrée tandis que les autres finissaient de se préparer. Personne ne dit mot jusqu'à la première remarque cynique concernant la décoration du Sombre nommé Skold aussi vif de verbe que de dague, mais moins que Rian qui faisait son inventaire juste à côté. La tension auparavant palpable baissa fugacement de quelques crans. En retrait se tenait le jeune commandant de la Légion des Inis, Kerwyn appuyé sur son bâton de mage. Il fixait la silhouette féminine qui siégeait à côté du Paladin. Mariyanne adressa alors un sourire à son chevalier de compagnon qui oublia fugacement l'endroit et la mission qui lui incombait. Mais très vite le Devoir reprit ses droits et il fit signe à ses compagnons de se mettre en route. La louve grogna imitée par son maître, visiblement tous deux réticents à pénétrer à l'intérieur. Skold émit à nouveau une remarque acide avant d'être repris par Myrddin qui exhorta ses confrères à entrer toute de même.




Les pierres étaient recouvertes de végétations et de poussières. Le temps, inexorablement avait rempli son office, érodant petit à petit ce que la main des hommes avait mis tant de temps à bâtir. Et toujours cette sensation désagréable de malaise constamment palpable. Dès les premiers mètres il fallut allumer les torches tant les ténèbres étaient denses. Alors l'endroit révéla sa première surprise. Un immense escalier serpentait si profondément qu'on ne distinguait pas où il s'achevait. Sur quelques pans de mur gisaient quelques torches éteintes que le groupe raviva sur son passage. Plus ils descendaient, plus l'édifice semblait démesurément grand. Il leur fallut presque une heure pour enfin arriver en bas des marches, et devant leur hôte. Une créature inconnue les contemplait de ses orbites jaunâtres. Massive, les mains pourvues de griffes acérées elle trônait devant une large porte telle une sentinelle, à ceci près qu'elle portait de lourdes chaînes qui l'entravaient. Kerwyn fit ensuite remarquer la présence d'un sceau gravé au sol qui semblait contenir la créature. La louve de Khalim grogna à nouveau, crocs dehors et poil hérissés. Ce dernier banda aussitôt une flèche par réflexe. Rian et Skold pendant ce temps contournèrent en silence la bête enchaînée que pointait Mariyanne de sa lance épaulée du Paladin. Les mages quand à eux se tenaient en retrait prêt à déchaîner leurs pouvoirs si besoin.


Alors la bête encerclée fit mine de se défendre, et tout bascula. La crypte où régnait un silence quasi parfait se mua en champ de bataille chaotique ou tonnaient parmi les pierres le fracas des armes ainsi que les clameurs du combat. Tandis que le Paladin et sa compagne se ruaient sur l'imposante créature, Khalim décochait flèches sur flèche, perforant les chairs. De son côté Kerwyn fit appel à la magie pour propulser plusieurs projectiles ardents sur la bête. Cette dernière vacilla. C'est alors que surgirent Skold et Rian des ombres environnante. La première dague se planta dans une épaule, la suivante trancha la gorge. Folle de rage et de douleur, sentant inéluctablement sa vie la quitter la créature projeta contre le mur les deux assassins avant de se ruer sur la Lancière. Heureusement pour elle ses griffes ne rencontrèrent pas sa chair mais l'écu du Paladin. Ce dernier ploya sous la pression intense qu'exerçait la bête agonisante. Mais une flèche bien placée suivie d'une charge de la louve cumulée à la furie d'une boule de poils fraîchement invoquée par Myrddin la renvoya au sol, définitivement. Les combattants se regroupèrent une fois la bataille finie. Il n'y avait pas ou très peu de blessures. Une chance que cette créature fut seule cependant, en meute la donne aurait sans doute été différente.




Mais l'endroit livra alors un autre de ses secrets. Lorsque le sang de la bête terrassée coula sur le sol et toucha le sceau gravé au sol ce dernier se mit à lui brutalement. Le groupe fit un bond en arrière sous la surprise. Skold suggéra aussitôt de mettre les voiles, rejoint par Khalim mais les autres demeurèrent sourds à cette suggestion. Ils contemplèrent interdits la destruction du sceau. Une violente décharge d'énergie secoua la salle, et l'immense porte derrière le corps de la créature commença peu à peu à s'ouvrir... Derrière les lourds battants qui continuaient de s'écarter le groupe pouvait distinguer l'éclat d'une lueur carmin des moins engageante. L'impression de malaise du départ fut d'avantage majorée... Alors, quand la porte fut suffisamment ouverte, ils contemplèrent honteux et impuissants le fruit de leurs actes. Une silhouette funeste s'extirpa des ombres et des volutes de fumées rougeâtres qui emplissaient la salle. L'imposante et lugubre créature brandit ensuite le sceptre qu'elle tenait et le pointa vers ses libérateurs.


L'ignorance doit-elle être considérée comme un crime ? Combien d'accidents et de faits tragiques eurent lieu par ce procédé. Trop sans doute. Mais comment le groupe d'aventuriers ou même l'ordre des Paladins aurait pu connaître la réelle histoire de ce lieux, et de ce qui y avait été scellé. L'Archimage avait bel et bien été tué durant cette bataille il y a longtemps et cet endroit servait bien de tombeau. Mais ce que tous ignoraient, ce secret que les survivants de cette époque emportèrent dans la tombe, c'est que durant cette guerre sévissait dans les rangs ennemis une créature aussi puissante que malfaisante. C'est cette abomination que l'archimage affronta et qui causa sa perte. En effet, le mage grièvement blessé ne parvint pas à éliminer ce monstre. Cependant, au prix d'un sacrifice très lourd et avec l'aide de ses alliés, il réussit à sceller la créature dans un tombeau caché profondément sous terre. Or, leur ennemi était si puissant qu'il fallait concevoir un sceau capable de l'emprisonner pour l'éternité. C'est ainsi qu'ayant recours à de tragiques procédés, il devint une créature n'ayant plus rien d'humain, afin de garder ce mal à jamais prisonnier. Une créature enchaînée et elle même contenue dans un sceau afin de protéger l'avenir de cette menace. Un gardien, un homme qui s'était sacrifié, et qui fut malheureusement abattu par ce groupe d'aventuriers décidément aussi malchanceux qu'ignorants. Et désormais, ce Mal allait être relâché...
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MessageSujet: Re: Décourir le monde..   Mer 11 Juil - 18:44

Part II :






....




Quelle pouvait bien être ce monstre enfermé derrière cette porte ? Et surtout que devaient-ils faire désormais ? Autant de questions et de doutes qui assaillirent chacun des membres du groupe. La louve ainsi que le félin se réfugièrent derrière leurs maîtres respectifs tandis que les protestations et les encouragements à détaler de la part de Skold étaient plus répétés...
On ne distinguait pas ou commençait l'armure et ou finissait la peau, à moins que tout ne soit lié dans ces chairs démoniaques. Haute comme un homme et demi, l'abomination fixait de ses orbites écarlates les individus présentés à elle. Elle dégageait quelque chose d'à la fois terrifiant et majestueux, comme si les ténèbres et la magie la plus impie possédait une forme de noblesse... Mais il semblait désormais évident que la confrontation était inévitable. Le choix de leur mort lui aussi paraissait impensable, l'horreur qui se tenait devant eux était habitée des plus noires desseins à leur sujet, il n'y avait aucun doute. Si il en demeurait toutefois quelques-uns, ils furent balayés quand d'un geste nonchalant de son sceptre elle attaqua les rangs des aventuriers. Le Paladin encaissa tant bien que mal la décharge, devant sa vie à un réflexe de survie et son fidèle écu. Toutefois l'impact le projeta en arrière et le fit renverser Kerwyn ainsi que Mariyanne.




Alors, pris de vaillance, d'orgueil ou perdu pour perdu le groupe riposta à la surprise de l'abomination. Une première flèche alla se planter dans son épaule, sans effet. Rian et Skold disparurent dans les ombres pendant ce temps. Kerwyn à présent debout préparait un sort offensif tandis que le couple du Paladin et de Mariyanne chargeait. L'épée du chevalier rencontra le sceptre de l'horreur dans un effroyable fracas. Le choc fut tel qu'il sembla au Paladin qu'on lui brûlait les bras de l'intérieur. En peu de temps il était déjà à genou sous la pression phénoménale de son adversaire qui le faisait d'avantage ployer par plaisir malsain. Mais il ne vit pas Mariyanne et sa lance bondir de l'autre côté pour tenter de l'empaler sur son flanc. Le fer rencontra la chair maudite et arracha à l'abomination un cri atroce. Elle relâcha sa pression sur le Paladin et tituba quelques pas. Surgirent alors des ombres Rian et Skold toutes dagues dehors. Leurs coups firent mouche. Et puis tout à coup deux silhouettes féroces se jetèrent sur la créature, lacérant, mordant les chairs. D'un geste furieux, elle balaya le loup et le chat de Myrddin mais ils furent aussitôt remplacés par le Paladin et Mariyanne ainsi qu'une volée de flèches de la part de Khalim. Harcelée de toute part notamment de ses arrières où les lames furtives du tandem Rian Skold ne manquaient pas d'infliger de nouvelles blessures la bataille semblait prendre un tournant presque optimiste. Puis, quand il eut achevé son incantation, une puissante décharge d'énergie déferla sur la créature. D'autres flèches accompagnèrent cet assaut ainsi que les lames jusqu'à ce que s'écroule l'horreur qu'ils avaient libérée...


Mais la victoire ne fut qu'une courte chimère. Car alors qu'ils étaient sur le point de quitter cet endroit maudit, une sensation de malaise incomparable ébranla chacun d'eux. Quand il regardèrent derrière eux, ils virent se relever cette abomination et se lever à ses côtés une vraie cohortes de goules, de guerriers décharnés et créatures arrachées à la mort. Bientôt ce fut une véritable marée grouillante et putréfiée qui naquit dans la salle. Alors n'écoutant que ce que la raison suggérait, le groupe se mit à gravir les marches de l'immense escalier quatre par quatre. Derrière eux progressait toujours le flot de morts-vivants mais ils parvinrent à les distancer peu à peu. Hélas l'espoir est parfois fourbe et prompt à arracher facilement ce qu'il donne. Car devant le groupe en déroute se tenait désormais une barrière lumineuse qui interdisait le passage et la fuite en dehors de ces murs maudits. Et au loin résonnaient les gémissements et les pas des morts en marche. Panique, colère, angoisse tourmentèrent le petit groupe désormais pris au piège. Ils étaient acculés contre cette barrière infranchissable que ni l'épée ni les sortilèges de Kerwyn ne parvenaient à l'abattre. Le temps était alors venu de faire un choix ; attendre et mourir d'une manière atroce ou bien combattre. Alors le groupe brandit armes et magies, décidés quoi qu'il arrive de partir dignement.


Mais à ce moment là le Paladin fit un pas en avant. Sans autre forme d'explication il demande à sa compagne de lui prêter sa lance et à ses amis magiciens de lui conférer tout ce qu'ils possédaient en matière de protections magiques. Ses intentions ne laissaient aucun doute et furent promptement qualifiées de débiles par Skold. Certains ne dirent mot, sans pour autant cautionner cet acte peut-être comprirent-ils tout comme le suivant d'Einhasad qu'il n'y avait pas d'autre choix. Mariyanne resta silencieuse mais pressa fort le bras de son compagnon, comme une complainte muette. Mais mieux qui quiconque elle savait l'inflexibilité de ce dernier dans certaines situations et lui remit accompagnée d'un baiser fugace sa lance. Myrddin et Kerwyn exécutèrent leur tâche de leur côté tandis que le Paladin invoquait sur lui même diverses prières de protection contre le mal. Il se coupa volontairement la pomme de la main et macula la pointe de la lance de son sang en prononçant une autre prière, enchantant ainsi la lance contre les créatures des ténèbres. Aucun mot ne fut échangé durant les préparatifs, chacun avait compris ce qui allait devoir être accompli et ce que chacun aurait à faire quand tout commencerait. Et de plus en plus proche, le son de la marée grouillante se rapprochait toujours.


Alors, s'élançant à toute jambe, le Paladin dévala les escaliers à la rencontre de la cohorte maudite sous les yeux horrifiés de Mariyanne. Rian ainsi que Skold avaient quand à eux une nouvelle fois disparu on ne sait ou. Son fidèle écu en protection et la lance de sa douce pointée droit devant en appuis sur son bouclier à la manière des chevaliers lors des tournois, il se mit petit à petit à prendre d'avantage de vitesse, profitant de la pente sans jamais ralentir. Il entendait de plus en plus distinctement le bruit horrible de la légion de damnés qui s'approchait. Tout en courrant il s'efforçait de ne pas chuter, ne pas perdre l'équilibre ou d'abaisser ses armes, pas maintenant. Il fallait tenir, tenir encore jusqu'au bout, jusqu'à l'impact. Et puis bientôt il les vit enfin, ces maudites créatures, et tout derrière l'abomination qui les avait convoqués. Il fixa alors sa cible, son ennemi, et ne pensa plus au reste si ce n'est le souvenir persistant du sourire de sa bien aimé qui effleura une dernière fois son esprit. Car à présent le temps était venu de finir cet assaut. Alors il accéléra le pas et se mit à hurler des paroles tirées d'ouvrages sacrés. Ses compagnons restés plus loin entendirent ses paroles qui via l’écho de la crypte tonnaient comme l'orage. Myrddin reconnut alors d'anciennes incantations utilisées par certains prêtres et quelques paladins visant à châtier et exorciser les Ténèbres... Paniqué car connaissant ce qui risquait d'arriver il se mit lui aussi à dévaler les marches, imités des autres compagnons.




Pendant ce temps le Paladin mué en projectile continuait sa course folle vers la marée ennemi. Il continuait ses incantations au prix d'un effort supplémentaire qui le mettait petit à petit en apnée. Mais il continuait toujours de dévaler ces marches malgré ses jambes meurtries, ses bras si lourd qu’ils semblaient porter le monde et ses poumons désormais en feu qui lui lacéraient la poitrine. Et il avançait toujours, crachant les derniers mots de son incantation les dents serrées. La première ligne d'ennemis fut enfin à portée de lance. L'impact perfora leur défense avec une telle violence que des bouts de chairs putréfiées et d'os volèrent sur son chemin. Et il continuait toujours, les yeux fixés sur cette abomination. Devant celle-ci les rangs se resserrent pour devenir compact. Mais il ne ralentit point, au contraire. Luttant, puisant ses dernières forces il continua sa charge lance brandie... Les faciès horribles de ses ennemis se faisaient de plus en plus distincts que l'espace les séparant s'amenuisait à vue d'oeil. Un effroyable fracas emplit la crypte quand la lance percuta le mur de cadavres. Le groupe d'aventuriers qui dévalait à son tour la pente accéléra craignant d'arriver trop tard sur place.


L'impact avait une nouvelle fois fait voler en éclat les premiers rangs ennemis mais le Paladin avait perdu beaucoup de vitesse, et c'est une véritable marée grouillante qui tentait désormais de l'immobiliser. Tâchant coûte que coûte d'avancer a coup de bouclier et de lance pour se frayer un chemin, il fut bientôt immobilisé par leur nombre. Il sentait déjà les dents acérées parcourir son armure à la recherche de chair fraîche où les plonger. Alors tonnèrent les paroles sacrées du Sanctuaire. Une aura lumineuse, frêle et insolente vis à vis des ténèbres alentours naquit soudainement dans ces profondeurs autour du Paladin. La surprise et la douleur causées aux légions de damnés permirent au Paladin de se dégager et de reprendre un peu de vitesse. Sa lance enchantée par son sang et sa prière décima nombre d'ennemis. L'abomination était tout près à présent mais encore bien protégée...
Ses forces le quittaient, l'effort avait été violent et il n'avait plus assez d'élan pour percuter les rangs ennemis. Cependant sa tâche n'était pas encore accomplie, il le savait. Alors, il chargea à nouveau les rangs ennemis. L'abomination contemplait les vaines tentatives du mortel d'un regard dédaigneux. Mais sa vanité vola en éclat lorsque dans un ultime effort, après avoir une nouvelle fois invoqué le Sanctuaire le Paladin, blessé et titubant usa ses dernières forces pour projeter sa lance tel un javelot dans son flanc. La blessure arracha à l’être impie un cri de douleur et de rage. Chassant ses derniers laquais d'un geste furieux, elle se dirigea vers le corps du suivant d'Einhasad gisant sur le sol, évanoui...


Le petit groupe arriva enfin au bout des marches, harassés aussi par sa course. Ils découvrirent avec horreur la créature à côté du corps du Paladin, sa main posée sur la tête de celui-ci. Mais alors qu'elle allait empoigner ce stupide mortel, une flèche se nicha dans son avant bras. L'ignorant elle tenta une nouvelle fois de saisir l'objet de son courroux. Une vague d'énergie projetée par Kerwyn l'en empêcha. Mais avant que l'abomination ne relève les yeux vers ces autres moucherons une boule de poil féroce bondit sur elle rejointe par une louve enragée. Flèches, crocs, griffes et magies s’abattirent sur l'horreur mais sans réel effet, aucun. Seule une blessure à son flanc semblait avoir réellement eu de l'effet sur ses chairs. Même les assauts conjugués de Skold et de Rian ne parvinrent à abattre leur ennemi. L'espoir vint de Mariyanne qui en allant auprès de son compagnon empoigna sa lance de rage et la planta dans l'abdomen de la créature. Cette fois-ci la blessure causa de réels dommages et indiqua au reste du groupe la marche à suivre.. Tous déchaînèrent leurs efforts pour permettre à Mariyanne de porter plusieurs coups puissants. Les flèches de Khalim et les sorts de Kerwyn pleuvaient sans relâche tandis que le reste du groupe couvrait Mariyanne et sa lance qui infligeait de plus en plus de dégâts à leur ennemi. A peine croyait-elle être débarrassée d'une vague d'ennemis qu'une autre la remplaçait aussitôt. Que ce soit un loup, un chat ou une volée de flèches on ne lui laissait aucun répit. Skold et Rian redoublaient d'adresse et de précision dans leurs assauts tandis que Mariyanne continuait de venger férocement le sort de son compagnon.


Et soudain la bête s'écroula. Nichée derrière sa nuque gisait la lame de Rian, plantée jusqu'à la garde. Ce dernier avait profité de la confusion de la bataille pour aller maculer son arme du sang du Paladin qui gisait sur le sol. L'abomination, focalisée uniquement sur Mariyanne et sa lance ne se douta de rien. Cette dernière planta son arme à plusieurs reprises dans le corps de l'abomination jusqu'à ce que Myrddin ne vienne l'interrompre jugeant qu'il était préférable de filer et d'emmener le paladin avant de nouvelles surprises. Ce dernier était par chance vivant constata Kerwyn. Mariyanne vint aussitôt auprès de lui et l'aida à le transporter. Rian et Skold scrutaient les alentours craignant eux aussi de nouveaux rebondissements. Leurs familiers aux aguets eux aussi Myrddin et Khalim escortèrent les porteurs du Paladin vers la sortie. L'impression de malaise demeurait toujours présente et continuait de nouer leurs tripes. Mais cette fois-ci la barrière n'était plus présente, et enfin la sortie se présentait à eux. Cependant, une fois le corps du Paladin installé, Kerwyn prit sur lui la décision d'utiliser ses pouvoirs afin de provoquer un éboulement et sceller l'endroit à tout jamais. Skold suggéra de brûler aussi toute la forêt en aval et les damnés qui y erraient. Peut-être que cette abomination était la source des évènements relatés dans la région, néanmoins Myrddin dit remarquer que les évènements tragiques qui eurent lieu ici auraient de longues répercutions comme les plaines dévastées vers Dion.




Ainsi quittèrent-ils ces lieux pour la cité de Rune afin de trouver un quelconque repos et soigner leurs blessures. Mis à part le Paladin il n'y avait miraculeusement que peu de blessures sévères. Mais une fois confié aux soins des prêtes et des guérisseurs ils découvrirent stupéfaits le prix de l'acte insensé de ce dernier. Bien que ces jours ne soient plus en danger, son corps et sa chair avait profondément été marqués par cet affrontement. Etait-ce là l'oeuvre maligne de cette créature ? Son pouvoir était-il tel qu'elle pouvait même voler le temps à ses victimes...? Car désormais les traits du Paladin s'étaient teintés de rides éparses, son visage paraissait plus âgé d'une dizaine d'années, ses tempes étaient devenues grisonnantes. Aucun prêtre ne put expliquer et encore moins inverser ce processus à présent et à jamais irréversible. Pauvre homme inspiré par des idéaux plus hauts que lui, plaçant sa propre personne après ses compagnons, après ses valeurs, pauvre âme dévouée à qui ont vola de précieuses années. Et au coeur de ses chairs vieillies et souillées par cette magie, le mal qui rongeait déjà son existence lui aussi évolua vers la maturité. Le temps est une notion capricieuse, prompte à glisser entre les doigts de ceux qui pensent avoir un contrôle sur lui, une richesse insoupçonnée qui allait très bientôt faire défaut au Paladin avant que celui n'ait accompli ce pourquoi il avait emprunté cette voie. Et pire encore il n'aura trouvé aucun successeur à ses valeurs, ni d'héritier à son sang...


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