La Bataille d'Urfa

La légende des Paladins et des Prophéties oubliées
 
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 [Chronique] Les sentiers de la Paternité..

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MessageSujet: [Chronique] Les sentiers de la Paternité..   Lun 16 Juil - 21:05

[size=85]Prologue..[/size]



Une page blanche attend sur un pupitre éclairé par une chandelle virevoltante. Nul ne sait depuis combien de temps elle gît là. Dans l'ombre les autres regardent l'ouvrage encore vierge en silence. Tous savent désormais qu'une destinée s'apprête à être forgée sur ce pupitre.

Alors, une main empoigne sa plume et commence à griffonner sur le papier. Et, au faire et à mesure des mots puis des phrases, la vie naît et avec elle un nouvel héritier de cette lignée. Et tous assistent à la naissance d'un des leurs tandis que la tisseuse de Destins poursuit son oeuvre...

Les pages se suivent et peu à peu les mots deviennent des images aux reflets de paysages rudes et montagneux. Un monde, une vie prend forme..
.

[align=center][/align]



Spoiler:
 
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MessageSujet: Re: [Chronique] Les sentiers de la Paternité..   Lun 16 Juil - 21:06

[size=85]Velika...[/size]


Thème :






Peut-on recoller ce qui a été pourtant si méticuleusement brisé, parfois même piétiné ? Les preux, les optimistes et les naïfs l'affirment en tout cas. Mais qu'en penserait un être désabusé, meurtri au plus profond de sa chair et de son esprit pour qui ces chimères telles que l'Espoir et la Rédemption ne sont que de lointaines lueurs blafardes hors d'atteinte.
Cependant, tout homme pouvant prendre en main son destin, pourquoi ne serait-il pas possible d'y tendre ? Mais alors, quel en serait le prix ? Car hélas rien ne se donne sans échange en retour. Le tribut à cette quête ne serait-il pas au final plus coûteux que ne l'est déjà la réalité actuelle. Et donc, cela en vaudrait-il réellement la peine ?
Les destins et les vies mortelles au final ne sont-elles pas prises au piège dans une vaste toile qu'est la Fatalité ? Comme une souricière où l'on injecterait de temps à autres quelques espoirs et rêves pour rendre le quotidien tolérable. Mais au final quelles issues reste t-il de ce cruel purgatoire ? Si tant et toujours il en demeure, ne serait-ce qu'une seule ce serait déjà tellement bien..


J'ai détruit tout ce que j'ai effleuré..
Souillé tout ce qui était beauté..
Tourné le dos à mes pairs..
Bafoué le nom de mon père.



L'homme leva les yeux vers le crépuscule naissant. C'est un moment qu'il trouvait symbolique car il lui renvoyait comme un échos sa propre situation, perdu entre les ténèbres et la lumière. Une errance aussi confortable qu'angoissante dans le fond, car une absence totale de repères auxquels se référer, s'appuyer ou se construire. Qu'étaient à présent les enseignements de son père ou même de ceux d'Ogodei ? Chaque fois qu'il osait ne serait-ce qu'à peine regarder en arrière son parcours, la nausée lui chavirait les boyaux. Mais la nausée n'était qu'un moyen que son corps ainsi que les tréfonds de son âme torturée employaient pour se faire entendre et se révolter. Révolté il l'était lui aussi. Mais cette révolte lui avait valu le déshonneur, l'humiliation et la perte de Son unique espoir.
Le bilan était bel et bien là, entre tous ses hauts le cœur. Et malgré sa force de caractère et l'armure qui caparaçonnait son âme, sa conscience avait choisi cet instant pour se rappeler à lui..


Désastreux..
Pitoyable..
Déshonorant..
Pathétique..


Des images assaillirent son esprit en proie au doute, aux regrets et au chagrin. Des visages familiers, haïs, des êtres oubliés jusque là, et un seul visage aimé. Mais c'était là un phare trop maigre dans l'océan de tourments qui le rongeait. Il revit les visages d'anciennes cibles de contrats, des visages couverts de larmes qu'il avait fait couler. Il revit leur peur, leur colère, leur haine. Ils lui renvoyaient la même haine qu'il portait à ce qu'il était devenu. Mais hélas, il ne pouvait ni blâmer les dieux, ni le destin pour son sort. Car l'homme qu'il était devenu n'était que le résultat et la conséquence de ses propres choix.
Et donc, le seul et unique coupable pour cette situation de plus en plus intolérable n'était autre que lui même. Et, quand l'alcool cessait d'altérer son esprit ou qu'il croisait un miroir, ce constat s'imposait implacablement. Il n'avait alors que pour seul choix pensait-il que de se noyer dans l'alcool, la violence et les cuisses de filles de joie.


Le monde est contre moi..
Je serai contre le monde alors..
Verra qui vivra, tant pis pour les morts..
Puisque je ne serai toujours qu'un hors la loi..


Il ne put s'empêcher de penser au dernier courrier qu'il avait reçu. Il avait une fille. Jah' la lui avait caché toute ses années. Sans doute savait-elle que dans un ultime sursaut d'honneur il aurait tenté de les faire sortir du bordel où elles étaient. Sans doute y seraient-ils morts tous les trois dans la foulée. Mais quelque part, très égoïstement, il aurait préféré cette fin là. Il aurait eu l'espace d'un instant, entre le fer et le sang le sentiment d'être à nouveau un homme respectable, dont les actions étaient dictées par l'honneur et la justice. Et s'il avait fallu mourir, au moins l'aurait-il fait parmi les siens.
Mais au lieu de cela, il avait passé les dernières années à faire ce qu'il faisait depuis la dernière vingtaine, fuir. Fuir encore et toujours la réalité, ses responsabilités. Car l'échec avait un goût si amer et si familier qu'il préférait plus que tout l'éviter encore et encore..


Elle doit s'éloigner de moi..
Jamais je ne saurai être un bon père .
Elle mérite mieux que moi..
Je la damnerai comme j'ai damné sa mère..



Quel modèle était-il en réalité pour oser penser éduquer une fille ? Ses rapports avec la gente féminine se bornaient à les allumer grassement, parfois à les payer pour une étreinte sans amour. Sa vie était faîte de bagarres, de coups fourrés et de dangers urbains. La vertu n'était qu'un mot qu'il n'usait que rarement et pratiquait encore moins. Comment ?
Comment en était-il arrivé là se demandait-il, niant les évidences de ses choix passés. Choix le plus souvent faits par lâcheté que par altruisme ou courage. Et, une fois de plus, ce constat amer lui révulsa tripes et boyaux. Mais même en train de ployer sous la nausée, jamais il ne laissa perler une larme, malgré la douleur de son reflet dans une flaque proche.


"Quel homme suis-je devenu..?"
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MessageSujet: Re: [Chronique] Les sentiers de la Paternité..   Lun 16 Juil - 21:07

[size=85]Collines Célestes...




[/size]






Ses débuts en tant que père furent aussi laborieux que sa vie fut chaotique jusqu'à cette date. Il avait hérité d'une fille, une femme même. Oh elle avait les cheveux de sa mère, ses yeux au point qu'il en aurait presque lézardé sa carapace. Mais hélas elle avait aussi son caractère à lui. Têtue, obstinée et impulsive. Car il fallait être entêtée pour le suivre malgré tous les efforts qu'il déployait pour la semer ou la faire fuir. Ne voulant pas gâter ce fruit pas encore mur à son contact, souhaitant préserver cette part d'innocence en elle, il faisait chaque jour tout son possible pour se montrer plus odieux que la veille afin qu'elle se détourne de lui. Mais malgré l’ingéniosité dont il faisait preuve dans ce domaine - ce qui n'est pas peu dire - toujours elle le retrouvait. Et toujours elle parvenait à remonter sa piste, et s'acharnait à le suivre. A suivre son père. Les liens du sang on ce don d’échapper à toute pensée rationnelle. Car quels que soient les actes, les paroles.. le sang reste, immuable.


S'il n'était pas parvenu à le refouler et l'étouffer via son égo, il en aurait surement ressenti une ou deux bouffées de fierté, de la voir si pugnace et tenace. Pour ça, il n'avait aucun doute, elle était bel et bien de son sang. Mais devant ses lacunes tant en matière d'éducation que de conduites sociales, ce constat avait le don d'y mettre joyeusement quelques coups de pieds bien placés, dans son égo. D'où cette fuite déguisée en endossant le rôle de ce père indigne près à la vendre au premier bouge venu. Chaque jour il espérait que sa couche soit vide et que sa fille soit partie durant la nuit sans lui dire au revoir, pour enfin vivre sa vie. Une vie qu'il imaginait autrement plus saine et longue qu'à ses côtés.


Et puis il y eut Chebika...
Où en paternel stéréotypé il avait eu envie de tancer l'inconnu qui conversait avec elle, tout sourires et politesses exhibés. Mais plutôt que rompre le masque, il s'était vu chercher querelle auprès d'un inconnu sur le fond aussi belliqueux qu'il ne l'était en cet instant. Se serait-il douté que ce jeune Castanic nommé Kouran possédait pareille force ? Leur duel fut bref et violent. Le mercenaire regardait d'un air interdit son arme fendue en deux par le coup reçu, alors que son sang coulait par la vilaine entaille à son épaule...
Il y a un temps pour mentir, et un temps pour agir. Un pour fuir, et l'autre pour assumer. Ce soir là il y avait cette femme étrange et inflexible qu'il avait déjà rencontré plusieurs fois. Astrëa était son nom.
Alors, il rassembla ce qui lui restait d'honneur et de fierté, et accepta de s'en défaire pour cesser de fuir. Il osa même le temps d'un court entretien parler sans masques ni carapace à cette chevalière pour lui demander la seule chose qu'il semblait juste à cet instant. Que ce soit elle, et non lui, qui s'occupe de l'éducation d'Alshindara.


C'est une cruelle ironie qu'à fin d'être un meilleur père, il doive en ce jour renoncer à ses droits en tant que tel. Mais, pour la première fois depuis bien des années, il ne fuyait plus. Certes la honte le taraudait de devoir la confier à une autre personne. Mais son tempérament, sa tendance au chaos auraient conduit sa fille vers une voie qu'il ne lui souhaitait pas. Quelque part, il se plaisait à croire que c'est ce que sa mère aurait souhaité elle aussi. Peut-être venait il de franchir enfin un premier cap vers sa rédemption après tout..
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MessageSujet: Re: [Chronique] Les sentiers de la Paternité..   Mar 17 Juil - 20:37

Chebika..







Il y a des soirées où l'on se dit qu'on aurait du rester couché. Hélas, il y a des soirées tous les jours. Et, lorsqu'il regarda le corps nu couché à côté de lui, le mercenaire se dit que celle-ci se devait de figurer parmi les plus notables. Hardi, il aventura sa main cette peau nue. Peine perdue. Une tape sèche le rappela à l'ordre. La jeune femme se tourna vers lui, mi amusée mi courroucée.

"A-a-ab-absti-n-an-nance !" déclara t-elle pour la troisième fois depuis le dernier quart d'heure.

Grognant de dépit et de frustration, Nennius se tourna de son côté du lit. Les faits de la journée lui revinrent par vagues, certaines plus douloureuses que d'autres. Par où commencer ? Par le plus douloureux, mais force était de constater que ce critère ne l'avançait pas vraiment.
Il s'était rendu à Chebika ce soir là pour la réouverture de la taverne, promesse de boissons à prix défiant toute concurrence. Peut-être même trouverait-il un peu de répit entre les cuisses d'une fille du port. Mais au lieu de cela, il aperçut sa fille en train de converser avec un étranger, finement vêtu et aux manières bien lisses. Trop lisses pour être honnête. Et elle, ne voyait rien, bien sur. Maudissait-il ses élans de paternité dans ces moments là. Il alla boire sans se faire repérer, guettant les actions de sa fille auprès de cet inconnu. L'habile coquin semblait aussi adroit que maniéré. Ses efforts pour se rapprocher d'elle risquaient fort de se montrer payants à terme s'il continuait d'avoir le champ libre.


C'est alors que la solution vint sous la forme d'une hache. Un castanic en maraude était venu lui aussi se rincer le gosier à la taverne, cherchant histoires et bagarres. Un jeune loup comme il l'avait lui même été par le passé, bagarreur à souhait juste ce qu'il lui fallait tant pour créer un esclandre que se défouler. Et le castanic dépassa toutes ses attentes. Propageant l'agitation de leur querelle, bientôt un elfe torché de soieries s'y trouva mêlé. Puis une elfe. Vînt enfin Alshindara secondée de son prétendant du jour. Enfin toute cette agitation avait fini par l'ôter des filets de ce bellâtre intellectuel. Une sensation désagréable et piquante l'effleura quand il aperçut fugacement la honte et le dégoût qu'il inspirait à son propre sang alors qu'il s'évertuait à semer le chaos aux abords de la taverne. Quelque chose au fond de lui se perdit à souhaiter que ce duel l'emporte une bonne fois pour toute, loin de tout ça, pour qu'il rejoindre Jah'..


Le Castanic était bien plus fort qu'il n'y paraissait au premier abord. Et le vétéran eut beau déployer toutes les ressources à sa disposition, la hargne et la jeunesse de son adversaire le mirent à terre. Sa hache fendue par le centre, il resta interdit de stupeur, tandis que le sang s'échappait de la blessure qui balafrait son torse. Sa fille vint le soutenir à ce moment là. Malgré tout, malgré les horreurs qu'il lui avait dites, malgré son comportement irresponsable, elle l'aimait. C'était son père. Ni sa lâcheté, ni son caractère n'y changerait rien. Cette révélation fut plus douloureuse que le sang qui s'écoulait de sa poitrine. Et, alors qu'elle l'aidait à regagner la ville pour qu'il y soit soigné, il se rendit compte à quel point elle ressemblait à sa mère...
Il contempla l'arme brisée à ses pieds tandis qu'on refermait stoppait l'hémorragie. Elle lui rappelait son égo, sa fierté. Il les avait brisé tout aussi volontairement que son arme, par ses propres choix. Et ce qu'il entreprit alors de faire fut la décision la plus dure à ce jour. Il était las de fuir. Las de contourner les problèmes ainsi que ses propres démons sans oser les affronter. Il était père à présent qu'il le veuille ou non. Mais un mauvais père, déjà incapable de se gérer lui même...


"Va trouver la femme chevalier, la blonde.." demanda t-il à Alshindara.


Cette dernière obtempéra sans rechigner et lui amena Astrëa. Il lui demanda de le suivre à part et se heurta aussitôt à l'hostilité de sa sœur de de son ami. Il est vrai que la réputation du mercenaire n'était pas glorieuse, surtout concernant les femmes. Mais, blessé, il n'était clairement plus une menace pour la combattante aux cheveux d'or.
Une fois à l'abri des regards et des oreilles indiscrète, il put enfin lui parler, et cette fois-ci sans masque ni artifice. Pour la première fois depuis bien des années, il laissa de côté son rôle de mercenaire agressif pour converser avec franchise, et humilité. Les mots furent pénibles à trouver et à formuler, aussi tranchants que du verre dans la chair.


"Je te le demande avec tout le peu d'honneur qui me reste, Astrëa. Prends comme écuyère ma fille, elle est robuste et pas paresseuse. Apprends lui l'honneur, la justice. Si elle reste dans mon sillage, elle finira aussi mal que moi. Elle mérite pas ça.."


La femme chevalier hésita un instant, considéra la potentielle écuyère puis son paternel énigmatique. Est-ce par honneur, par devoir ou touchée par la requête de cette brute qui osa pour une fois se mettre à nu devant elle et faire preuve d'humilité ? Toujours est il qu'elle accepta. Et, bien qu'il dut devant témoins reconnaître qu'il était incompétent en matière d'éducation, le mercenaire fut soulagé d'un poids. Non pas celui e sa paternité. Mais soulagé de savoir qu'il ne conduirait pas sa fille sur le même chemin chaotique qu'il foulait depuis tant d'années. Peut-être avait il sans le savoir regagner un brin d'honneur et de dignité en jetant à bas sa propre fierté, gangrénée de déni qu'elle était. Sa blessure le faisait moins souffrir. Et pour la première fois depuis bien des années, il se sentait un peu apaisé et délivré de cette rage qui le consumait depuis vingt ans...
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MessageSujet: Re: [Chronique] Les sentiers de la Paternité..   Mar 17 Juil - 20:39

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MessageSujet: Re: [Chronique] Les sentiers de la Paternité..   Mar 17 Juil - 20:39

[align=right][/align][align=center][size=200]VS[/size][/align][align=left][/align]

















[size=85]Velika, Manoir Ninstorm..
[/size]









La silhouette voûté soupira avant de marteler l'imposante porte avec insistance. Un domestique de la respectable lignée vînt lui ouvrir, le nez retroussé devant l'allure et l'attitude de leur visiteur. L'homme avait visiblement déjà franchi la moitié de sa vie, ses cheveux tiraient sur le blanc et de profondes rides sillonnaient son visage marqué par les années comme autant de balafres. Sous ses airs patibulaires perlait toutefois en cette soirée un brin de lassitude, visiblement jugea le domestique ce dernier ne rendait pas cette visite par courtoisie mais par nécessité.


"J'dois voir Lars Ninstorm." déclara l'étranger.

"Maître Ninstorm est rentré il y a peu après une longue absence. Il est éreinté et a fort à faire sire."
répondit avec flegme le serviteur.

"Sa fille couche avec la mienne, entre autres saloperies. Faut qu'on parle de paternel raté à paternel merdique.." rétorqua Nennius.

"Oh.." ne sut dire le domestique, et à sa mine déconfite le bonhomme se rendit compte qu'il était au courant de tout.

"Putain tu l'sais et j'suis sur que tu lui as rien dit? Vous mouillez vos frocs d'lui dire la vérité en face j'parie !" s'emporta l'ancien mercenaire.


Et sur ce, le paternel furibond chassa sans ménagement le domestique qui lui barrait la route. Aussitôt qu'il foula le sol du manoir il se mit à hurler le nom de son propriétaire afin de le débusquer. N'hésitant pas à renverser et bousculer servantes comme jardiniers il était bien déterminé à trouver celui qu'il était venu chercher. Et il trouva d'ailleurs la résolution de cette quête quand au détour d'une pièce son visage rencontra un épais volume relié de cuir. Trébuchant, reculant de quelques pas sous la surprise et la perte d'équilibre, il leva les yeux vers son agresseur et découvrit un homme de haute stature qui le regardait froidement de ses opales couleur d’agate. Les mêmes yeux, le même regard froid et glacé que sa fille. Il n'avait nul besoin de se présenter pour que Nennius sache qui il avait en face de lui ; celui là même qu'il était venu débusquer : Lars Ninstorm.


Ce dernier replaça l'épais ouvrage où il l'avait pris, sans dire un mot, et sans même jeter ne serait-ce qu'un regard vers son homologue paternel. Pendant ce temps, au pas de la porte, les domestiques guettaient, inquiets, la scène.


"Laissez-nous. Il semble que notre hôte voulait me voir, et bien c'est fait à présent."
leur lança t-il calmement.


Ceux-ci ne s'autorisèrent même pas le luxe d'hésiter et obéirent sur le champ. Après tout ils n'avaient pu repousser cet étranger, tandis que leur maître était quand à lui un homme aguerri. Une fois seuls, les deux hommes s'observèrent longuement, sans dire un mot. Et si Ninstorm scrutait son hôte avec une certaine curiosité, Nennius quand à lui bouillonnait de l'intérieur en voyant ce visage si proche de celui d'Astrëa. Et d'un coup, d'une seule poussée, toute sa rage s'embrasa à nouveau, mettant sur le compte de cet homme tous les tracas de sa famille. Car c'était lui qui avait éduqué Astrëa de telle sorte que jamais elle ne reçut l'affection dont elle avait besoin. C'était lui qui l'avait formaté, qui avait écrasé et broyé son innocence pour en faire une bête de devoir et de morale, avec ses principes à lui. C'était par sa faute qu'Astrëa avait succombé au pêché en prenant l'admiration d'Alshindara pour ce qu'elle avait toujours souhaité au fond d'elle : de l'attention, de l'affection...


"Je suis venu voir le seul père qui soit pire que moi."
cracha Nennius.

"Vraiment ?"
Répondit Ninstorm en plissant les yeux. "Vues vos manières et votre tenue, je présume que c'est là une cruelle offense. Et vous êtes venu jusque dans ma maison pour me dire tout ça ?" s'enquit-il.

"Non je suis venu te voir pour que tu reprennes ta fille en main, que tu répares tout le mal que tu lui as fait et qu'elle est en train de faire tout autour d'elle. Ta gamine mon gars, se tape ma propre fille, et elles invitent des étalons à leurs ébats !!" lui lança t-il avec fiel. "Et tout ça c'est d'ta faute !!!" cria Nennius

"... Je ne tolérerai pas d'accusations ou de diffamations au sein de ma propre maison, étranger !" répondit sèchement Lars, piqué au vif qu'on malmène ainsi sa lignée.

"Ah je sais, la vérité fait mal. T'crois que j'ai que ça à foutre sinon ?! Tu crois que ça m'enchante de me dire que chaque nuit, elles batifolent et se roulent dans cette débauche et qu'en plus.. qu'en plus.. elles prônent l'honneur et la droiture.. comme ce cher papa Ninstorm l'a inculqué à sa p'tite Astrëa !!"
cracha Nennius.

"Mensonges !" s'emporta à son tour Ninstorm, balayant une rangée de livres à portée sous la colère.

"J'ai appelé ton Astrëa 'ma fille'. Je l'ai prise dans mes bras comme telle, chose dont elle n'a jamais pu jouir. Jamais ! Trop occupé à en faire ton instrument pour voir que c'est rien d'autre qu'une gamine paumée qui ne veut qu'une chose : que son père lui dise qu'il l'aime !" cria Nennius.


C'étaient là les mots de trop. Et tel un barrage cédant sous une crue trop prompte, la colère se déversa dans la pièce et les deux hommes en vinrent aux mains. Chacun en tort. Chacun en père fautif. Et chacun en était conscient au fond de lui-même. Hélas, le cœur des hommes est si prompt à enfouir les vérités qui blessent sous une épaisse couche de mauvaise foi ou de déni. L'on eut même dit que si on avait pu faire un ciment aussi solide que cette couche là, les bâtiments construits pourraient être témoins jusqu'aux derniers jours de notre monde..
Quand à nos deux pères indignes, et bien après un échange aussi bref que brutal, où le sang fut versé. Ils s'observèrent à nouveau en silence. L'un avait la lèvre éclatée tandis que l'autre saignait sous la paupière. Et tous les deux comprirent alors qu'ils se renvoyaient chacun leur propre reflet déformé.


Si l'un était un modèle de droiture et de rigueur dans sa vie de tous les jours, l'autre savait louvoyer pour survivre, n'hésitant pas notamment dans le passé à utiliser tous les moyens utiles pour parvenir à ses fins, quit à laisser de côté son honneur. Et si l'un avait éduqué sa fille au point d'en faire un instrument, une prolongation de ses valeurs, l'autre avait longtemps ignoré l'existence de son enfant avait choisi de la faire élever par une autre de peur de la souiller. Mais au final, tous les deux avaient fait de lamentables choix. Car voici que leurs propres filles s'adonnaient à des plaisirs malsains et dégradants. Oh, le mercenaire par le passé avait certes couché avec plusieurs femmes en même temps, mais là il s'agissait de sa propre fille. Étonnant comme la morale varie selon les personnes concernées et leurs liens parfois, quand ce qui était excitant la veille devient écœurant le lendemain.


Et que penser de Ninstorm, qui apprenait là de la bouche d'un misérable gueux que sa fille, ses espoirs, se roulait dans la dépravation, à des années lumières de ses principes moraux. Et normalement des siens, à elle. Fragiles sont les châteaux, qu'ils soient de cartes ou de pierres, d'illusions ou de principes. Lars venait de voir en quelques minutes le nom de sa maison souillé, celui de sa fille relégué au même rang que des putains de tavernes, et ses espoirs ainsi que son admiration pour elle piétinés avec.. ingratitude. Que pouvait-il bien ressentir ? Sous ses opalines bleutées ne se lisait rien d'autres qu'une intense réflexion. Rien de plus. Mais cependant le malaise était palpable. Que faire de sa fille, et surtout quel sort réserver à sa concubine ? De colère il imagina bien des scénarios tout aussi flamboyants que sordides pour cette dernière. Mais il restait le problème de son paternel... Non, cela n'était pas digne de lui et de sa maison que de s'abaisser à de telles extrémités.


"On est que deux crétins... Deux mauvais pères pas foutus de tenir leurs gamines comme il faut. Et on y arrivera pas l'un sans l'autre.."
déclara Nennius dont cet aveu lui coutait, car il exprimait et exposait ainsi ses lacunes en tant que père, lacunes qu'il avait longtemps éludé.

".... Je reprendrai ma fille en main. Mais elles ne doivent plus jamais se revoir. Et je ne veux pas que leurs.. dévires soient ébruités.
" répondit Lars.

"Je me doute... T'es vraiment un con de pas lui avoir ouvert tes bras.. Tu sais qu'elle a failli pleurer quand je l'ai enlacé comme ma gamine..?" glissa sournoisement Nennius.

"Sors de ma maison."
cracha Ninstorm les dents serrées par la rage. "Tout de suite." enchaîna t-il.

"Les messagers passent, les mots restent, et la vérité trouve toujours son chemin.."
répondit Nennius en partant.


Et, quand le mercenaire fut parti, Ninstorm questionna ses domestiques qui furent contraints de lui dire la vérité. Et comme le lui avait dit Nennius, la vérité trouva son chemin par leurs bouches pour appuyer les faits que le père d'Alshindara lui avait révélé. On raconte qu'alors retentit un hurlement de colère qui ébranla le Manoir Ninstorm. La rage habitait aussi le cœur du mercenaire qui malgré les attentions de Mélandre ne parvenait pas cette fois ci à la contenir. Les dérives de sa fille la menaient sur un chemin dangereux en plus d'avilissant. La vérité ne sort semble t-il pas que de la bouche des innocents, car Zepha avait raison au final, à lui d'agir en père... Laisser Alshindara patauger dans ses erreurs en était une de plus. Il ne pouvait se permettre d'attendre qu'elle ouvre les yeux et grandisse. Il lui fallait la remettre dans la réalité, sans nul doute que cela serait douloureux pour l'un comme pour l'autre..
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MessageSujet: Re: [Chronique] Les sentiers de la Paternité..   Dim 24 Mai - 20:23

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